Rencontre avec Laurence Tardieu

CDI Lycée, le 19/11/10

By Kate Garvey, 2nde 2

 

 

 

 

 

 

 

 

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orsque l’on découvre pour la première fois l’un de ses livres, il est très difficile d’imaginer Laurence Tardieu. Certes, ses histoires traitent de sujets assez tristes, voire obscurs par moments, mais ils ont pour la plupart d’entre eux une belle fin. A quel type de personne devions-nous donc nous attendre, classe de 2nde 2 que nous sommes, à recevoir ? Eh bien, la vérité est que nous avons tous été très heureux de faire la rencontre d’une femme souriante, intéressante et pleine d’une joie de vivre quasiment contagieuse.

L’écriture, pour Laurence, c’est être au-dedans mais également en-dehors : elle ne voit pas l’intérêt d’écrire ce qu’elle vit, cela lui paraît trop restreint, trop nombriliste. Ce qu’elle souhaite, à travers ses livres, c’est toucher ne serait-ce qu’une personne. Le plus beau compliment qu’une lectrice lui ait jamais faite était « Vous avez raconté mon histoire ». Au final, c’est cela qu’elle veut ; que les gens puissent se reconnaître dans ce qu’elle fait.

En moins de deux heures, nous étions tous devenus fans.

 Son parcours, un long fleuve pas toujours tranquille

    Laurence Tardieu a eu la chance, contrairement à certains auteurs, de savoir très tôt que son plus grand rêve, dans la vie, était d’écrire. Elle découvrit cela au travers de la lecture, qui était pour elle un nouvel horizon d’ouvert, un voyage lointain sans partir nulle part. Cette passion s’est ancrée en elle au cours de son enfance, et elle s’est dit, « Moi aussi, un jour, j’écrirai. ».

  Pourtant, ce souhait, cette envie qui brulait au fond d’elle, Laurence le garda pour elle jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans. Née d’une famille assez classique, elle avait toujours été bonne élève ; elle suivit au lycée une filière scientifique, et après son baccalauréat et la classe prépa, elle entra dans une école de commerce. Ayant eu son diplôme, elle alla voir ses parents et leur avoua ce qu’elle voulait vraiment faire de sa vie. Son père la regarda, et lui dit qu’elle avait six mois pour se trouver un travail et tenter de percer.

  Elle avait déjà rédigé de nombreux petits textes, tenait un journal depuis des années, mais écrire et publier un roman, c’est vraiment tout autre chose. Pour Laurence, écrire un livre, c’est découvrir un monde, en tâtonnant et avançant peu à peu, sans idée fixe en tête ; c’est vivre l’histoire en même temps que les personnages la vivent, construire un monument en partant de quelques cailloux, sans oublier la difficulté que représente le décalage entre ce que l’on ressent et les mots que l’on écrit. A l’âge de vingt-deux ans, elle eut l’immense déception d’être refusée par toutes les maisons d’édition auxquelles elle avait envoyé son premier ouvrage. A côté de la jubilation qu’elle avait éprouvée en l’écrivant, ce « non » général était réellement décourageant. Mais elle ne perdit pas espoir, car toutes ces déceptions mises à part, elle reçut deux lettres qui lui disaient que, même si ce qu’elle avait écrit n’était pas ce qu’ils recherchaient, elle avait une bonne plume, et qu’il était important qu’elle continuât. Ainsi, elle ne perdit pas toute confiance en son talent.

Se battre pour réaliser ses rêves

  Ses six mois écoulés, elle retourna travailler en entreprise ; mais sans écrire, elle étouffait. Elle négocia donc un congé sabbatique. Elle avait environ vingt-sept ans, n’avait pas d’enfants et était entièrement libre. Ainsi, elle arrêta tout pour l’écriture, pour cette passion qui la consumait et qu’elle avait besoin d’entretenir. Cette liberté de pouvoir écrire quand elle voulait, toute la journée si elle en avait envie, lui redonna l’énergie nécessaire pour publier son premier livre, « Comme un père », en 2002, dans une petite maison d’édition.  

  Elle s’est donc réellement battue pour réaliser ses rêves et pour en arriver là où elle est aujourd’hui. Cela lui a demandé de l’obstination, et a prouvé son désir de travailler afin de réussir. Bien sûr, l’écriture d’un livre, comme la vie, n’est pas un long fleuve tranquille ; l’écriture est avant tout de la réécriture, toujours chercher mieux, pour trouver les mots qui traduisent réellement les sentiments à exprimer. Laurence est disciplinée dans son écriture, et malgré les périodes de blocage, elle ne cesse de se battre. Elle a, comme tous ceux qui écrivent, ces doutes, ces peurs de ne pas être à la hauteur, de ne pas terminer l’histoire, de ne pas aller plus loin que la page blanche posée devant soi. Mais cette peur, elle le dit elle-même, est son moteur ; à partir du moment où l’on est trop sûr de ce que l’on écrit, on ne fait plus un avec le texte. Il faut avancer avec lui, surmonter les épreuves, et au final réussir à coucher sur papier une véritable histoire, un morceau de vie.

  Ces peurs, blocages et épreuves, elle ne les a heureusement pas affrontées seule, puisque son éditrice est un énorme soutien pour elle. Celle-ci est la personne en qui l’écrivain a assez de confiance pour faire la promotion du livre, mais aussi celle qui accompagne Laurence dans son cheminement vers le mot « fin ». Ainsi, même si le métier d’auteur est assez solitaire, elle n’est jamais réellement seule.

L’écriture, c’est musical

  Mais d’où vient son inspiration, puisqu’elle dit ne pas avoir d’histoire fixe en tête ? Pour Puisque rien ne dure, elle se souvient avoir eu, en quelque sorte, un flash très fort, et elle  a vu un homme au volant d’une voiture, une femme, seule, avec un énorme vide entre eux. Elle ne les connaissait pas, ne connaissait pas leur histoire, mais avec cette image en tête une première phrase est venue, puis une deuxième, et ainsi de suite. Elles sont venues, une par une, en prenant du rythme, entrainées par la pulsation et le balancement des phrases. L’écriture, c’est musical, pas cérébral, ou intellectuel, et les meilleures histoires demandent une énergie plus profonde, une force sortie du corps-même. Le roman s’est écrit ainsi. Oui, il s’est écrit. Avec de l’imprévisibilité. Laurence dirige l’histoire, mais au final celle-ci se débrouille toute seule. Elle ne comprend pas toujours d’où sort ce qu’elle a écrit, parfois cela peut prendre du temps.

  Au niveau « timing », Laurence aime écrire le matin ; elle trouve qu’elle a le cerveau plus clair. C’est à ce moment-là qu’elle avance le plus dans ce qu’elle fait. L’après-midi est plutôt consacrée au travail de mise en forme, trouver les bons termes, changer ne serait-ce qu’un mot, un adverbe, un article, un signe de ponctuation. Surtout la ponctuation d’ailleurs, elle adore ça. Vers 16h, elle reprend une vie de maman normale avec ses deux filles rentrées de l’école, mais le soir, lorsqu’elle est de nouveau libre, elle trouve des idées différentes, elle ose peut-être plus, découvre des faces cachées à ce qu’elle écrit, des tournures intéressantes. La nuit porterait-elle vraiment conseil… ?

Raconter la vie tout simplement

  Elle n’est pas découragée par la lenteur, ou la non-productivité ; elle peut écrire une ligne en six heures et cela ne la dérangera absolument pas. Son meilleur allié est son inconscient. Même si elle ne raconte pas sa vie à travers ses livres, elle est obsédée par son travail, et s’une manière ou d’un autre, ses sentiments transparaissent surement. Tout en elle y participe. Pour elle, un livre réussi en est un qui arrive à faire ressentir l’amour, la tristesse, qui arrive à faire pleurer et rire, qui exprime ce qu’est perdre quelqu’un ou vivre le plus beau jour de sa vie…qui raconte la vie, tout simplement.

  Lorsqu’elle écrit, elle est sévère avec elle-même ; elle a du mal à s’autoriser à éteindre l’ordinateur (oui, elle tape tout ce qu’elle écrit – elle y trouve plus de liberté), à sortir, se promener, respirer un peu. Elle ressent presque une sorte de culpabilité de ne pas être à son bureau, alors que cela est au contraire une occasion de dénicher de l’inspiration. Mais on peut tout de même la comprendre, car comme de nombreux auteurs dans notre société aujourd’hui, elle a peur de ne pas avoir assez de temps. De temps pour écrire, de temps pour réfléchir, de temps pour apprécier ce qu’elle fait…on ne sait pas.

  En tout cas, il est toujours magique de se perdre dans l’un de ses livres. Ils respirent la vie et vibrent du rythme passionné qu’elle inscrit au cœur de chacun d’entre eux. Elle n’a apparemment pas de secret, et là repose tout son charme ; elle ne sait surement même pas à quel point ce qu’elle fait est beau. Simple. Sincère. Pur. Et beau. Cette femme a réellement illuminé le CDI ce jour-là, et sa gentillesse, son innocence, sa patience et sa joie de vivre nous laissent un merveilleux souvenir d’elle.

  En lui souhaitant bonne chance et tout le bonheur du monde par la suite…elle le mérite bien.

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