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Un auteur vu de l’intérieur

samedi 1 mai 2010

L’écrivain Hafid Aggoune est venu nous rencontrer les  6 et 13 novembre 2009. A l’occasion de ces rencontres, il a rédigé deux monologues où il se met dans la tête des élèves. A notre tour d’imaginer ce qui se passe dans la tête d’un auteur face à trente et un adolescents. Voici l’auteur, vu de l’intérieur :

Allez, je vais me lancer. Pourquoi j’ai peur cette fois ? Je l’ai déjà fait des centaines de fois. Bon peut être pas autant, c’est vrai, mais je devrais pourtant y être habitué. Oh, l’angoisse. L’angoisse, l’angoisse. Elle monte, elle monte, la petite peste … C’est toujours la même chose. Allez, respire un bon coup. Va-y, lance-toi. N’aie pas peur, ils ne vont pas te manger. Ah, la petite qui essaye de se caser. Pas trop à droite, ni à gauche, un peu devant, mais pas trop. Whaou, ils sont nombreux. Allez calme-toi, ne stresse pas. Souris, ça va passer. Pense à ce discours que tu as préparé : « Bonjour, je m’appelle Hafid Aggoune et je suis écrivain ». Au moins, tu sais ce que tu vas leur dire. Eux aussi, tiens, ils ont tout préparé. Les questions, et tout. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu préparer ? Le professeur parle, me présente. Me présente ?! Alors je ne pourrais pas sortir « Bonjour, je m’appelle… » ? La petite boule dans ma gorge continue de grossir. Angoisse, quand tu me tiens …

Ah, c’est à moi. Ca y est, c’est à moi. Bon alors, qu’est-ce que je dis ? Aucune idée. Zen, calme. Inspiration, expiration. Allez. Je m’éclaircis la voix. La première question fuse. Je réfléchis un moment, puis je commence mon explication. Trente paires d’yeux, plus celles des deux professeurs, plus celle de la documentaliste me fixent alors. Emporté par ma passion et mon élan, je leur raconte tout. Horreur ! Ils prennent des notes ?! J’ai peut être parlé trop vite. Vite, vite, vite, mon débit de parole. Plus lent. Allez ! laisse leur le temps d’écrire ta vie …

Deuxième question. Quelle est l’origine de ma vocation ? Ah, c’est une question assez simple. J’ai toujours voulu devenir écrivain. Je peux le dire ? Hum … Oui, de toute façon, s’ils sont là, c’est bien pour me demander comment je suis devenu écrivain, non ? Ce sont les questions qu’on me pose souvent. Curiosité y oblige. Oui c’est vrai. Vais-je avouer que je tenais un journal intime au collège ? Ils vont se moquer de moi, non ? Enfin, c’est du passé, un passé qui m’a marqué quand même. Ils sont bien élevés, ils ne vont pas se moquer. Allez, je leur dis et puis tant pis pour la suite. Après tout, je ne risque rien. Encore une fois, je me laisse emporter par mon élan. C’est qu’ils ont l’air d’écouter en plus. Je m’arrête un peu, de peur qu’ils n’aient pas le temps d’écouter et d’écrire en même temps. Faudrait pas qu’ils s’endorment non plus. Encore un petit effort. Les questions fusent de plus en plus vite. Ah, cette question là est intéressante. Qui sont mes écrivains et livres préférés ? J’ai tout préparé, tout apporté … heureusement, je dois dire.

L’heure est déjà passée. Oh mon Dieu ! Je ne m’en étais pas rendu compte. Ils sont sympathiques finalement, ces élèves. Je reviendrais bien les voir. Attentifs, un peu sérieux quand même. J’espère que j’ai été clair … et précis. A voir leurs têtes j’ai l’impression que oui. Tant mieux. Je n’ai plus cette petite boule au fond de ma gorge, c’est bon signe, non ? Il me reste encore des choses à régler. Mais maintenant que je me suis dis que j’allais les revoir, cette idée ne cesse de me trotter dans la tête. Alors peut être que finalement, je reviendrais les voir ? Qui sait ?

Mélanie P.,
Sucy-en-Brie, le 8 février 2010

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Dans la tête d’un(e) élève

samedi 1 mai 2010

Après avoir échangé avec les deux classes de seconde puis les avoir accompagné à la librairie « Arthur » à Nogent, Hafid Aggoune a écrit deux monologues pour ces élèves.

Nous les publions ici avec son aimable autorisation.

« Un auteur parmi les livres »

Rencontre avec Hafid Aggoune les 6 et 13 novembre 2009

Lycée Albert de Mun – Nogent sur Marne –  élèves de 2nde  

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MONOLOGUES

 

    1.      Intérieur intérieur

 

Ah non, pas devant ! Sur le côté, deuxième ou troisième rang… ni cachée ni trop exposée…


C’est lui ? Il a un air sérieux… mais ça va, il sourit. Pas cette chaise, c’est là où… tant pis, j’aurais pu m’installer plus vite au lieu de rêvasser comme d’habitude. Et voilà, je me retrouve devant, sur le côté mais devant quand même…
Est-ce qu’il aurait imaginé, en commençant à écrire, qu’il viendrait dans les classes parler de son travail ? Non. Je n’ose pas. Putain qu’est-ce que je suis timide ! ça me perdra ! C’est une bonne question pourtant. Il a l’habitude des questions, mauvaises ou toutes simples, naïves, idiotes parfois… il n’a pas l’air de juger, rien de prétentieux, plutôt gentil… qu’est-ce que je risque ? Absolument rien. La classe ne va pas exploser, je ne vais pas me retrouver nue au milieu de la pièce, mes cheveux ne vont pas devenir rouges, mes chaussures ne vont pas se transformer en pantoufles comme dans ce rêve horrible où je me retrouve devant le portail du lycée déchaussée et en peignoir et sacrément à la bourre, obligée d’aller en cours telle quelle…

Non, je ne risque rien à lever le doigt. Etre là devant l’écrivain n’a rien à voir avec la préparation classe, quand les questions fusaient et que nous nous demandions toutes et tous sans frein qu’est-ce que c’est d’écrire des livres, d’aimer la littérature, d’être sauvé par la lecture, d’apprendre à vivre par l’écriture comme il dit… Rien à voir sur le moment. On ne nous a pas prévenu de ce trouble, de cette paralysie, de cet élan coupé quand il serait là, devant nous, passionné par sa vie. Moi aussi, j’aimerais être une femme passionnée par ma vie, passionnée tout court…
Il dit qu’il était timide et calme étant petit, puis un adolescent discret au regard aiguisé sur les choses… ses mots me rassurent. Oui, ça me fait du bien de l’entendre dire cela, qu’on peut mettre du temps à devenir soi, la gestation, la maturité, l’éclosion. De belles images. Prendre le temps. Grandir. Avec les livres. Calme comme une page. Tranchant comme son bord…
Alors, je la pose cette question ? Elle n’a rien de débile, personne ne va rire. Ils y arrivent bien les autres et personne n’est mort.. Rien de honteux. Vraiment. Juste à lever la main dans un silence. Ne pas rougir. Ouvrir la bouche comme quelqu’un de normal. Prendre la parole. La prendre. Oser. Dire… « Monsieur… », non pas monsieur, dire tout de suite, lancer la question, directement, dans le mouvement de l’instant, sans cassure : Est-ce que vous auriez imaginé, en commençant à écrire, venir dans les classes parler de votre travail ? Trop construit, trop « élève sérieuse »…
« En imaginant le métier d’écrivain, est-ce que vous pensiez venir parler de votre travail devant des élèves » Non plus…Allez ma fille ! Du courage, du courage, du courage ! Bon… « Au début, vous imaginiez venirparler de votre écriture comme aujourd’hui ? » Là, c’est bien, simple et concis. Oui, c’est beaucoup mieux… Oublier son regard, le regarder sans le voir, comme une professionnelle, directe, franche, journalistique, droite, fière, sûre de moi, la voix claire…
Allez je me lance…

Hafid Aggoune

Paris, le 7 décembre 2009

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MONOLOGUES

 

    2.      Intérieur extérieur :

 

Elle est encore loin cette librairie ? Pourvu que je ne passe pas au tableau en maths… il faut que je me couche plus tôt.

Tiens c’est drôle… comme quoi les souvenirs ne préviennent pas : ça me rappelle la sortie au théâtre en cinquième… mon premier baiser sur la bouche d’une fille, le goût de sa langue, sucrée et douce, fraîche, caressante… On était là sur le trottoir, comme aujourd’hui, elle avec une copine, derrière Paul et moi. On a un peu traîné par rapport au groupe. Au croisement de deux ruelles, juste avant d’arriver, elle a choppé ma main et c’est arrivé comme un pot de fleur tombé d’un balcon ! Sa bouche a pris la mienne. Le temps était suspendu… Dans la salle, je ne pensais qu’à la chercher du regard, au goût sur mes lèvres, son corps contre le mien. Plongé dans le noir de la salle, je n’avais pas l’impression d’être au théâtre (d’ailleurs je ne me souviens pas du tout de la pièce programmée).

Sous mes paupières, un écran imaginaire faisait défiler le moment que je venais de vivre, mais, étrangement, tout apparaissait comme s’il s’était déroulé il y a mille ans. Je n’avais plus de repère alors je cherchais son visage parmi les silhouettes des élèves. Je ne la voyais pas. A la tombée du rideau, j’ai cru l’apercevoir au moment des saluts des comédiens. J’avais envie de revivre l’instant du baiser, mieux le vivre, ralentir, mettre pause.

Pourquoi était-ce passé si vite ? Pourquoi les belles choses sont si éphémères ? Peut-être est-ce cela que l’écrivain tente de ressusciter par les mots : se replonger dans des instants oublier, rendre hommage à la beauté de nos vies, à ces détails gravés dans nos mémoires pour les faire revivre, scintiller au soleil pour toujours aux yeux du monde ? J’aimerai lui parler de ça dans la librairie, avoir cette discussion, lui demander comment il fait lui pour mettre le passé sur nos lèvres…

Nous arrivons chez Arthur. C’est grand, convivial, chaleureux… la libraire est sympa, elle explique tout et moi je ne pense qu’à ce baiser perdu qui surpasse tous les suivants par la perte et le sentiment de ne jamais pouvoir le goûter à nouveau… le premier… et pourtant il est là, dans un coin de ma peau… Mon dieu, quel fichu romantique je fais ! Moi qu’on imagine si froid, si moqueur, si sûr de moi… Pourquoi marcher dans la rue, venir dans cette librairie en groupe me replonge dans un souvenir jamais réapparu auparavant ? Quel sordide mécanisme de la mélancolie me met dans cet état intérieur ? Trouverais-je, comme l’écrivain, la réponse dans les livres ?

Il a l’air si fort de sa littérature, si remplie d’elle, si émue par elle : Elle… Comment peut-on se laisser émouvoir comme je le fais ? J’ai honte de moi… Lui demander conseil. Quel livre pour un pauvre garçon malade subitement prisonnier dans un instant du passé ? Si lire lui a sauvé la vie, peut-il en être de même pour un autre… pour moi, là maintenant ? Dans tous ces livres, il y en a qui parviendra à extraire la douleur de mes pensées… oui, mais lequel ?

Lui demander à lui… il doit savoir. A dû vivre ça. Peut m’aider. Donner une idée. J’ai beau parcourir les titres, les noms d’auteurs, lire la quatrième… Quel est le livre qui sauvera ce baiser oublié qui ne s’oublie pas et le reste à venir ?

 

Hafid Aggoune

Paris, le 7 décembre 2009

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Interview de Hafid Aggoune

samedi 13 février 2010

 

Photo venant du site « www.tilawin.fr »

Quelles études avez-vous faites ?

 J’ai fait mon collège et mon lycée à Saint-Étienne, puis je suis allé à Lyon pour une année de psychologie. Lassé par cette branche, j’ai entamé des études d’histoire de l’art et de lettres modernes en parallèle. Après avoir obtenu mes licences, je suis parti à Aix-en-Provence pour un D.U.T. des métiers du livre à la Cité du Livre.

Existe-t-il des études particulières pour devenir auteur?

 Je ne pense pas qu’il en existe. C’est mon observation du monde, mes conversations avec les autres, mes rêveries qui me donnent les bases de mes romans.

Quelle est l’origine de votre vocation?

 J’ai ressenti très tôt le besoin d’écrire, vers la fin de ma 3ème. Mes premiers écrits furent des poèmes et un journal intime. Doucement, plus je grandissais, plus je voulais en faire le métier de mon existence.

Vivez-vous de vos livres?

 J’arrive à en vivre en complétant mes revenus littéraires avec des cours de soutien et de lecture que je donne aussi par plaisir à des jeunes .

Quels genres de livres écrivez-vous?

 J’ai écris quatre romans, le premier et le deuxième Les Avenirs et Quelle nuit sommes-nous ? qui ont obtenu respectivement le Prix de l’Armitière et le Prix Fénelon (prix récompensant le premier roman, obtenu aussi par Patrick Modiano et Jean-Marie Le Clézio), et le Prix de la Ville de Limoges. Le troisième Premières heures au Paradis publié chez Denoël et le quatrième Rêve 78 publié chez Gallimard dans la collection Joëlle Losfeld.

Est-ce facile de se faire éditer?

 Il est très difficile de se faire éditer quand on ne connaît pas le fonctionnement des milieux littéraires. En ayant été stagiaire dans une grande maison d’édition et en ayant fait les métiers du livre, je n’ai heureusement que peu rencontré ce problème que connaît tout jeune auteur. J’ai donc envoyé mon manuscrit à une trentaine d’éditeurs et j’ai eu la chance d’être accepté par plusieurs dont Farragot, une petite maison d’édition traditionnelle avec de très beaux textes qui a malheureusement déposé le bilan et qui fut mon premier éditeur.

D’où tirez-vous votre inspiration?

 Je me pose sans arrêt des questions, auxquelles je cherche de bonnes réponses ce qui me permet de repartir sur de nouvelles questions. Je m’inspire aussi de ma propre existence comme dans Rêve 78 qui est un texte intimiste à caractère autobiographique. J’aime aussi marcher dans les rues en regardant la vie qui passe. Je la tire aussi des films voire même de la musique que j’écoute car j’essaye de faire en sorte que ma prose soit la plus poétique possible, un peu la manière de Flaubert, son « gueuloir » mis à part. Je peux aussi la prendre dans mes lectures.

 Combien de temps prenez-vous pour écrire un livre ?

 Mon premier livre Les avenirs a pris dix ans. Je l’ai commencé lors de ma première année en faculté et ai terminé sa version finale dix ans plus tard. Mais en moyenne écrire un livre me prend de six à dix-huit mois. J’ai besoin de beaucoup de temps pour passer du rêve au concret, j’imprime mes premiers jets et passe des heures et des heures à les corriger au stylo. Il m’arrive de changer une page entière si une sonorité dans une phrase ne me convient pas.

Quels sont les rapports avec votre éditeur ?

 J’ai de bon rapport avec mes éditeurs, je considère qu’un éditeur se doit d’être presque comme une famille pour l’auteur. Un bon éditeur défendra un de ses livres, comme une mère défendra son enfant. Je préfère les éditeurs « de la vieille école » qui privilégient la qualité des livres à la quantité vendus.

Quels sont vos auteurs préférés ?

 Dans le désordre, je dirai Marguerite Duras, Jack London, Haruki Murakami, Lorette Nobécourt, Pierre Bettencourt, Bernard-Marie Koltès, Edmond Jabès, Albert Cossery, Fedor Dostoïevski, Friedrich Nietzsche, Stendhal et Albert Cohen.

Est-ce qu’un prix littéraire facilite la vie ?

 Pour un jeune auteur, recevoir un prix littéraire pour son premier roman est très important. Un prix littéraire permet aussi souvent de vendre plus de livres comme un prix d’une librairie ou un grand prix comme le Goncourt ou le Médicis. Un prix littéraire offert par un jury de lecteurs est je pense le plus gratifiant pour un auteur car ce sont les lecteurs qui le lui offrent presque directement.

Dans quelles conditions matérielles écrivez-vous ?

 J’écris le plus souvent la nuit, par jets sur l’ordinateur. Puis quand j’ai fini le livre sans l’avoir même relu sur l’écran, je l’imprime. C’est là la phase qui me prend le plus de temps, celle des corrections que je fais à la main.

Gardez-vous vos brouillons ? Accepteriez-vous de les publier ?

 Oui je garde mes brouillons, ainsi que la version corrigée par mon éditeur. Je fais aussi des brouillons sur mon téléphone, et essaie en les relisant d’être mon lecteur averti.

Avez-vous décidé d’écrire pour raconter une histoire précise, dans votre premier roman?

 Dans mon premier roman l’écriture était plus une pulsion qu’un désir de raconter une histoire. C’est pour cela que je l’ai autant retravaillé et qu’au cours des dix ans que m’a pris l’écriture de Les Avenirs, il m’est arrivé de changer plusieurs fois le fond même de l’histoire.

Quelle vision du métier d’écrivain aviez-vous?

 Quand j’étais adolescent, je voyais l’écrivain comme une sorte de sorcier capable d’écrire des chefs d’œuvre en quelques heures. Maintenant que je le suis devenu, je me rends compte de la souffrance d’être devant la page blanche. On est comme une sorte de funambule.

« Le travail le plus dur pour un écrivain est celui de faire sa propre critique. »

 

Élise WILBROD et Simon-Pierre BENSOUSSAN


Interview de Hafid Aggoune

mardi 9 février 2010

                                                                         
Beau, jeune et talentueux, Hafid Aggoune représente la littérature mature, accomplie, et poétique. Il est né en 1973 à Saint-Étienne. Après Les Avenirs, Quelle nuit sommes-nous et Premières heures au paradis, l’auteur a sorti dernièrement Rêve 78 dans lequel il confie aux lecteurs toute une partie de sa vie qu’il explique dans la description de la photo en couverture. Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions sur sa vie, son inspiration, ses rêves…

ADM : Combien de temps avez-vous mis pour écrire vos deux premiers romans ?

Hafid Aggoune : Pour Les Avenirs, j’ai mis dix ans en tout pour arriver à la version finale de mon livre. Je l’ai commencé au tout début de mes études, à vingt ans. Pendant quelques temps, j’ai fait des études en travaillant et en même temps, j’écrivais ce roman. A la fin de mes études, on m’a appelé pour me proposer un poste de gardien d’une île et d’un hôpital désaffecté. Pendant 9 mois, j’ai beaucoup avancé sur ce livre, et la tranquillité de l’île à Venise m’a permis de trouver le courage d’avancer sur mon premier roman et l’inspiration pour le deuxième. A trente ans, j’ai fini l’écriture de ce premier livre.
Pour Quelle nuit sommes-nous ? , j’ai mis beaucoup moins de temps à l’écrire : je l’ai écrit en six mois, il est paru en 2005.

ADM : En parlant de vos études, lesquelles avez-vous faites ?

H.A : J’ai commencé par faire une année de psychologie, puis une licence en lettres modernes et en histoire de l’art, pendant laquelle j’ai commencé à écrire Les Avenirs. Ensuite, j’ai fait un DUT sur les métiers du livre à Aix-en-Provence sur les métiers des livres, pendant deux ans.

ADM : Comment vous êtes vous fait éditer ?

H.A : Tout d’abord, j’ai envoyé mon premier manuscrit à une trentaine d’éditeurs après m’être installé à Paris. Deux éditeurs m’ont répondu, Farrago, un petit éditeur et Denoël. Cependant, j’ai préféré conclure avec Farrago, car c’est une maison d’édition qui est plus dans l’aspect littéraire que dans l’aspect commercial. Je suis un amoureux de la littérature et j’ai signé pour trois livres avec eux. Cependant après deux livres, Farrago a déposé le bilan. J’ai donc signé un nouveau contrat de trois livres avec Denoël. Il m’en reste donc encore deux avec eux. J’ai édité mon dernier roman aux éditions Gallimard. Il ne faut pas oublier que l’écrivain est dépendant de l’éditeur.

ADM : Quel est le sujet de ce dernier roman ?

H.A : Ce dernier roman est une fiction autobiographique qui décrit une photo de ma mère et moi tout en racontant une petite partie de mon enfance.

ADM : D’où vous vient votre inspiration et quels sont vos intérêts ?

H.A : J’ai toujours aimé la philosophie, et tout naturellement, dès le lycée, j’y ai voué un intérêt intime. J’aime donner à la prose un style poétique et des thèmes philosophiques. Je construis mes livres tel un cinéaste. Je vis l’évolution du personnage au fur et à mesure de mon écriture. Je m’inspire beaucoup de la façon de travailler de David Lynch qui arrive à décrire des choses très complexes avec des choses très simples. Ma façon de travailler n’est pas rationnelle dans mon inspiration mais dans le style de mon écriture. J’ai travaillé pendant un an dans des petits boulots pour connaître la vie. C’est important pour entretenir l’imaginaire. L’écrivain a les clés du monde, il rêve du monde et s’extrait du réel.

ADM : Quelle est votre vision du métier d’écrivain ?

H.A : Pour moi, un écrivain doit souffrir pour son art, ne vivre que pour son écriture, connaître la faim, la pauvreté, les changements de situations,…
J’ai connus des périodes pendant lesquelles mon réfrigérateur était vide et ou le chauffage me manquait et ou j’étais livreur de pizza ou réceptionniste, mais bizarrement durant cette période, j’étais vraiment heureux.
Ce qui me plait, ce sont les changements de situations, je n’ai pas de situation stable et définie. Par exemple, comme je vous l’ai dit, je peux vivre dans la misère et peut de temps après me retrouver tout frais payés dans des palaces pour assurer la promotion d’un de mes livres.

ADM : Avez-vous reçu des prix littéraires ?

 H.A : J’ai reçu trois prix littéraires : le prix Fénéon de littérature – avec lequel j’ai reçu une récompense de 6 600€ -et le prix de l’Armitière pour Les Avenirs, ainsi que le prix de Limoge pour Quelle nuit sommes-nous ?

ADM : Dans quelles conditions et de quelle manière écrivez vous ?

H.A : Je peux écrire n’importe où, que ce soit chez moi, à mon bureau ou même dans la rue. J’ai toujours un petit carnet sur moi pour y noter des idées qui me viendraient à n’importe quel moment ou alors je les inscris dans mon téléphone portable. Vive la technologie ! [rires]
Mais il est vrai que j’aime beaucoup écrire installé à la terrasse d’un café avec un pastis lorsque les premiers rayons de soleil apparaissent… [rires]
Sinon, en ce qui concerne ma manière d’écrire, j’utilise le même processus que les cinéastes : je crée mes personnages par une situation précise, puis je vis leur évolution, les suis et écris le tout. Je ne sais pas où je vais. Pour moi, c’est cela la magie de l’écriture : partir de quelque chose de simple et qu’il devienne complexe, ne pas suivre de plan…
Je n’ai pas peur de la « page blanche » mais j’aime cette situation car elle me procure un sentiment de liberté totale.

ADM : Pour finir, avez-vous des œuvres qui vous ont particulièrement touché ?

H.A : Sur la manière d’écrire, il y a évidemment Ecrire de Marguerite Duras et Ecrit dans le vide de Bettancourt. Des écrivains modernes tels que Lorette Nobecourt ou Koltès me transportent dans la magie littéraire. Enfin je ne peux et ne dois oublier mes classiques, Stendhal, Flaubert et Dostoïevski qui ont marqué ma façon d’écrire. Enfin La ballade de l’impossible de Murakami montre l’apprentissage de la vie, qu’il faut devenir la personne qui nous rendra heureux.

La lecture de livres nous remplit l’esprit et nous fait ressentir pleinement la vie.

ADM : Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes lycéens ?

H.A : Ne cessez jamais de lire. La lecture vous permet une liberté de penser et de rêver. Et voyagez. On ne connaît la vie que lorsque l’on connaît le monde.

 

Propos recueillis par Eva Viana, Valentine Tournier et Hélèna Jestin

 

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Interview Hafid Aggoune

mardi 2 février 2010

Introduction

            Hafid Aggoune est né en 1973 à Saint Etienne. Il à écrit plusieurs romans dont Les avenirs  publié en 2004 qui à reçu deux prix littéraires à savoir : le prix Félix Fénéon 2005 et le prix de l’Armitière 2004.

 Quelles études avez vous faîtes ?

« Je suis très polyvalent, j’ai fais beaucoup d’études différentes : j’ai commencé par étudier la psychologie, puis j’ai obtenu une licence de lettres modernes et d’histoire de l’art. Je suis allé à Aix-en-Provence pour apprendre les métiers du livre par le biais du D.U.T. En même temps j’ai débuté l’écriture de mon premier roman. »

 Vivez-vous de vos livres ?

« A vrai dire, pas vraiment. Etant jeune j’ai été contraint de pratiquer toutes sortes de petits boulots pour me payer mes études car je ne suis pas né dans une famille aisée. Maintenant même si je touche des à-valoir pour mes livres je suis dans l’obligation de donner des cours de soutien pour vivre décemment. »

 Quels genres de livres écrivez-vous ?

« Dans mes romans j’aborde des thèmes philosophiques en m’inspirant du Livre des questions d’Edmond Jabès tout en usant d’un style poétique. »

 Est-ce facile d’éditer ?

« Jouissant de connaissances sur les métiers du livre j’ai su à quelles maisons d’éditions m’adressé lorsque j’ai voulu envoyer mes écrits. Pour la suite j’ai fait comme tout le monde j’ai envoyé mes manuscrits par la poste à une trentaine de maisons. Deux m’ont répondu : Farrago et Denoël. Farrago étant une maison qui correspondait plus à mes attentes car c’est une petite maison qui publie des textes de penseurs j’ai donné suite à leur accord. Par la suite Farrago à fait faillite je me suis donc tourné vers Denoël que je n’avais pas oublié. »

 Combien de temps prenez-vous pour écrire un livre ?

« Pour mon premier ouvrage : Les avenirs j’ai consacré dix ans à sa rédaction alors que pour les suivants j’ai mit moins de deux ans pour chacun d’entre eux. »  

 Quels sont vos auteurs préférés ?

« J’ai un grand respect pour : Jack London (Martin Eden), Marguerite Duras (Ecrire), Murakami (La balade de l’impossible), Lorette Nobecourt (La conversation), Pierre Bettencourt (Ecrit dans le vide), Stendhal (Le rouge et le noir), Koltès (Dans la solitude des champs de coton), et Maurice Blanchot. »

Dans quelles conditions écrivez-vous ?

« J’écris le plus souvent la nuit sur mon ordinateur. J’aime écrire la nuit car elle est calme et m’inspire, de plus je n’écris pas avec des plans précis comme le ferai Flaubert par exemple. Je laisse mes personnages m’emmener dans leur histoire je me laisse guider par eux. »

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Interview d’Hafid Haggoune

mardi 26 janvier 2010

Photo prise par Simon-Pierre 2009

Photo prise par Simon-Pierre 2009

 

 

Biographie : Interview :

Hafid Aggoune est né le 17 mars 1973, à Saint-Etienne. D’origine kabyle et espagnole par son père et berbère marocain et juive par sa mère, Hafid Aggoune a reçu une éducation basée sur la laïcité, l’amour et la persévérance. Après son bac, il quitte Saint-Etienne pour Lyon. Il finance ses études avec différents petits emplois. Parallèlement, il écrit de la poésie et un important journal intime pendant cinq ans. Licencié en lettres modernes et en histoire de l’art et titulaire d’un DUT Métiers du livre, Hafid Aggoune a vécu à Aix-en-Provence, Venise et Paris où il a choisi de s’installer. En 2004, il publie Les Avenirs, son premier roman, très bien accueilli par la critique et les libraires. En 2005, Hafid publie son deuxième roman, Quelle nuit sommes nous ?, toujours chez Farrago. Il revient en 2007 avec Premières heures au paradis chez Denoël. Sa dernière publication, en 2009 est une sorte de roman autobiographique, Rêve 78.

 

Elèves : Quelles études avez-vous faites ?

Hafid Aggoune : J’ai fait des études à Lyon, puis une année de psychologie, et une licence de lettres modernes pendant trois ans. Ensuite, pour le plaisir d’apprendre, j’ai fait des études d’histoire de l’art, suivies d’un DUT de deux ans à Aix-en-Provence à la Cité du livre. C’est durant ces deux années que j’ai découvert le métier de libraire, de documentaliste, de bibliothécaire et d’éditeur.

E : Quelle est l’origine de votre vocation ?

H.A : J’ai toujours voulu être écrivain. Amoureux de la littérature, j’ai commencé à écrire des poèmes et un journal intime dès la fin du collège, ce qui m’a permis de rechercher mon style.

E : Vivez-vous de vos livres ?

H.A : Je donne des cours de soutien en français et en latin pour compenser mon métier d’écrivain. En effet, j’aime initier les jeunes enfants à la lecture et partager mon savoir.

E : Combien de temps prenez vous pour écrire un livre ?

H.A : Je ne peux pas répondre précisément, cela dépend du livre, de l’inspiration, du temps… J’ai mis dix ans à écrire Les Avenirs, alors que je n’ai mis que six mois pour Quelle nuit sommes-nous ?.

E : Quel genre de livres écrivez-vous ?

H.A : J’écris des romans dans un style poétique en m’inspirant de thèmes philosophiques. Dans mon esprit d’écriture, je pense avant tout à la mélodie de mes phrases. Voilà pourquoi, comme Flaubert, je m’essaye à la lecture à haute voix.

E : Est-ce facile d’éditer ?

H.A : Le premier livre est très difficile à éditer, mais une fois ce cap passé, tout devient plus simple, si ce n’est qu’il faut essayer de garder les livres le plus longtemps possible en librairie. Je dois avouer que je m’en suis assez bien sorti jusqu’à maintenant. En effet, mon premier livre, Les Avenirs, a été accepté par deux maisons d’éditions, sur les trente à qui je l’avais proposé. J’ai choisi Farrago, car cela correspondait mieux à ce que je recherchais. Je suis conscient de ma chance, puisque très peu de premiers romans sont acceptés : Gallimard ne publie que 5 ou 6 premiers romans par an sur les 6 000 demandes ! Cependant, je sais qu’un jour, on me refusera un de mes livres. J’espère seulement que ça ne sera pas tout de suite.

E : Est-ce qu’un prix littéraire facilite la vie ?

H.A : J’ai obtenu tout d’abord le prix Félix Fénéon, accompagné d’une somme de 6600€,, ainsi que le prix Armitière pour mon premier roman. Cette récompense m’a beaucoup aidé et recevoir un prix, même s’il n’est pas connu donne du courage et de la confiance en sois. Cependant, contrairement à d’autres auteurs, je n’ai pas pour but d’avoir un prix, j’écris avant tout pour le plaisir. J’ai par la suite obtenu le prix de la Nuit de Limoges pour Quelle nuit sommes-nous ?

E : Avant d’écrire, faîtes-vous un plan précis de votre histoire ?

H.A : Non, je suis incapable d’être rationnel, je vis l’histoire en même temps que mes personnages. Quand je commence l’écriture d’un roman, je ne sais pas où je vais, je ne connais pas la fin.

E : Dans quelles conditions matérielles écrivez-vous ?

H.A : J’écris la plupart du temps la nuit, et sur mon ordinateur. J’ai essayé tous les supports : la machine à écrire, l’ordinateur, le téléphone ; mais je retravaille toujours au stylo. Je garde en général mes brouillons retravaillés au stylo, mais toujours la version retravaillée avec l’éditeur.

E : Faîtes-vous lire vos livres avant de les envoyer aux éditeurs ?

H.A : J’ai fait lire la première version des Avenirs à mon professeur de lettres ; mais aujourd’hui, j’ai confiance en mon travail et ne le fais lire à personne. Mais si vous souhaitez publier un livre, ne le faîte pas lire à un de vos proches qui n’oserait pas vous faire part de vos défauts, plutôt à une personne que vous ne connaissez pas vraiment.

E : Quels sont vos auteurs préférés ?

H.A : Je ne les citerais pas tous, ils sont très nombreux, mais certains livres m’ont particulièrement touchés, comme La ballade de l’impossible, de Murakami ; Martin Eden, de Jack London ; La conversation, de Lorette Nobécourt que j’ai d’ailleurs rencontrée. J’apprécie aussi énormément le recueil poétique de Bettancourt, Ecrit dans le vide ; ainsi que le roman de Koltès, La solitude des champs de coton.

E : Comment voyez-vous l’avenir du livre ?

H.A : Je pense que le livre électronique va se développer. En ce qui me concerne, je l’ai essayé, et je me suis avéré incapable de lire sur un écran. Cela me fatigue les yeux.

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