Dans la tête d’un(e) élève

samedi 1 mai 2010

Après avoir échangé avec les deux classes de seconde puis les avoir accompagné à la librairie « Arthur » à Nogent, Hafid Aggoune a écrit deux monologues pour ces élèves.

Nous les publions ici avec son aimable autorisation.

« Un auteur parmi les livres »

Rencontre avec Hafid Aggoune les 6 et 13 novembre 2009

Lycée Albert de Mun – Nogent sur Marne –  élèves de 2nde  

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MONOLOGUES

 

    1.      Intérieur intérieur

 

Ah non, pas devant ! Sur le côté, deuxième ou troisième rang… ni cachée ni trop exposée…


C’est lui ? Il a un air sérieux… mais ça va, il sourit. Pas cette chaise, c’est là où… tant pis, j’aurais pu m’installer plus vite au lieu de rêvasser comme d’habitude. Et voilà, je me retrouve devant, sur le côté mais devant quand même…
Est-ce qu’il aurait imaginé, en commençant à écrire, qu’il viendrait dans les classes parler de son travail ? Non. Je n’ose pas. Putain qu’est-ce que je suis timide ! ça me perdra ! C’est une bonne question pourtant. Il a l’habitude des questions, mauvaises ou toutes simples, naïves, idiotes parfois… il n’a pas l’air de juger, rien de prétentieux, plutôt gentil… qu’est-ce que je risque ? Absolument rien. La classe ne va pas exploser, je ne vais pas me retrouver nue au milieu de la pièce, mes cheveux ne vont pas devenir rouges, mes chaussures ne vont pas se transformer en pantoufles comme dans ce rêve horrible où je me retrouve devant le portail du lycée déchaussée et en peignoir et sacrément à la bourre, obligée d’aller en cours telle quelle…

Non, je ne risque rien à lever le doigt. Etre là devant l’écrivain n’a rien à voir avec la préparation classe, quand les questions fusaient et que nous nous demandions toutes et tous sans frein qu’est-ce que c’est d’écrire des livres, d’aimer la littérature, d’être sauvé par la lecture, d’apprendre à vivre par l’écriture comme il dit… Rien à voir sur le moment. On ne nous a pas prévenu de ce trouble, de cette paralysie, de cet élan coupé quand il serait là, devant nous, passionné par sa vie. Moi aussi, j’aimerais être une femme passionnée par ma vie, passionnée tout court…
Il dit qu’il était timide et calme étant petit, puis un adolescent discret au regard aiguisé sur les choses… ses mots me rassurent. Oui, ça me fait du bien de l’entendre dire cela, qu’on peut mettre du temps à devenir soi, la gestation, la maturité, l’éclosion. De belles images. Prendre le temps. Grandir. Avec les livres. Calme comme une page. Tranchant comme son bord…
Alors, je la pose cette question ? Elle n’a rien de débile, personne ne va rire. Ils y arrivent bien les autres et personne n’est mort.. Rien de honteux. Vraiment. Juste à lever la main dans un silence. Ne pas rougir. Ouvrir la bouche comme quelqu’un de normal. Prendre la parole. La prendre. Oser. Dire… « Monsieur… », non pas monsieur, dire tout de suite, lancer la question, directement, dans le mouvement de l’instant, sans cassure : Est-ce que vous auriez imaginé, en commençant à écrire, venir dans les classes parler de votre travail ? Trop construit, trop « élève sérieuse »…
« En imaginant le métier d’écrivain, est-ce que vous pensiez venir parler de votre travail devant des élèves » Non plus…Allez ma fille ! Du courage, du courage, du courage ! Bon… « Au début, vous imaginiez venirparler de votre écriture comme aujourd’hui ? » Là, c’est bien, simple et concis. Oui, c’est beaucoup mieux… Oublier son regard, le regarder sans le voir, comme une professionnelle, directe, franche, journalistique, droite, fière, sûre de moi, la voix claire…
Allez je me lance…

Hafid Aggoune

Paris, le 7 décembre 2009

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MONOLOGUES

 

    2.      Intérieur extérieur :

 

Elle est encore loin cette librairie ? Pourvu que je ne passe pas au tableau en maths… il faut que je me couche plus tôt.

Tiens c’est drôle… comme quoi les souvenirs ne préviennent pas : ça me rappelle la sortie au théâtre en cinquième… mon premier baiser sur la bouche d’une fille, le goût de sa langue, sucrée et douce, fraîche, caressante… On était là sur le trottoir, comme aujourd’hui, elle avec une copine, derrière Paul et moi. On a un peu traîné par rapport au groupe. Au croisement de deux ruelles, juste avant d’arriver, elle a choppé ma main et c’est arrivé comme un pot de fleur tombé d’un balcon ! Sa bouche a pris la mienne. Le temps était suspendu… Dans la salle, je ne pensais qu’à la chercher du regard, au goût sur mes lèvres, son corps contre le mien. Plongé dans le noir de la salle, je n’avais pas l’impression d’être au théâtre (d’ailleurs je ne me souviens pas du tout de la pièce programmée).

Sous mes paupières, un écran imaginaire faisait défiler le moment que je venais de vivre, mais, étrangement, tout apparaissait comme s’il s’était déroulé il y a mille ans. Je n’avais plus de repère alors je cherchais son visage parmi les silhouettes des élèves. Je ne la voyais pas. A la tombée du rideau, j’ai cru l’apercevoir au moment des saluts des comédiens. J’avais envie de revivre l’instant du baiser, mieux le vivre, ralentir, mettre pause.

Pourquoi était-ce passé si vite ? Pourquoi les belles choses sont si éphémères ? Peut-être est-ce cela que l’écrivain tente de ressusciter par les mots : se replonger dans des instants oublier, rendre hommage à la beauté de nos vies, à ces détails gravés dans nos mémoires pour les faire revivre, scintiller au soleil pour toujours aux yeux du monde ? J’aimerai lui parler de ça dans la librairie, avoir cette discussion, lui demander comment il fait lui pour mettre le passé sur nos lèvres…

Nous arrivons chez Arthur. C’est grand, convivial, chaleureux… la libraire est sympa, elle explique tout et moi je ne pense qu’à ce baiser perdu qui surpasse tous les suivants par la perte et le sentiment de ne jamais pouvoir le goûter à nouveau… le premier… et pourtant il est là, dans un coin de ma peau… Mon dieu, quel fichu romantique je fais ! Moi qu’on imagine si froid, si moqueur, si sûr de moi… Pourquoi marcher dans la rue, venir dans cette librairie en groupe me replonge dans un souvenir jamais réapparu auparavant ? Quel sordide mécanisme de la mélancolie me met dans cet état intérieur ? Trouverais-je, comme l’écrivain, la réponse dans les livres ?

Il a l’air si fort de sa littérature, si remplie d’elle, si émue par elle : Elle… Comment peut-on se laisser émouvoir comme je le fais ? J’ai honte de moi… Lui demander conseil. Quel livre pour un pauvre garçon malade subitement prisonnier dans un instant du passé ? Si lire lui a sauvé la vie, peut-il en être de même pour un autre… pour moi, là maintenant ? Dans tous ces livres, il y en a qui parviendra à extraire la douleur de mes pensées… oui, mais lequel ?

Lui demander à lui… il doit savoir. A dû vivre ça. Peut m’aider. Donner une idée. J’ai beau parcourir les titres, les noms d’auteurs, lire la quatrième… Quel est le livre qui sauvera ce baiser oublié qui ne s’oublie pas et le reste à venir ?

 

Hafid Aggoune

Paris, le 7 décembre 2009

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Interview de Hafid Aggoune

mardi 9 février 2010

                                                                         
Beau, jeune et talentueux, Hafid Aggoune représente la littérature mature, accomplie, et poétique. Il est né en 1973 à Saint-Étienne. Après Les Avenirs, Quelle nuit sommes-nous et Premières heures au paradis, l’auteur a sorti dernièrement Rêve 78 dans lequel il confie aux lecteurs toute une partie de sa vie qu’il explique dans la description de la photo en couverture. Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions sur sa vie, son inspiration, ses rêves…

ADM : Combien de temps avez-vous mis pour écrire vos deux premiers romans ?

Hafid Aggoune : Pour Les Avenirs, j’ai mis dix ans en tout pour arriver à la version finale de mon livre. Je l’ai commencé au tout début de mes études, à vingt ans. Pendant quelques temps, j’ai fait des études en travaillant et en même temps, j’écrivais ce roman. A la fin de mes études, on m’a appelé pour me proposer un poste de gardien d’une île et d’un hôpital désaffecté. Pendant 9 mois, j’ai beaucoup avancé sur ce livre, et la tranquillité de l’île à Venise m’a permis de trouver le courage d’avancer sur mon premier roman et l’inspiration pour le deuxième. A trente ans, j’ai fini l’écriture de ce premier livre.
Pour Quelle nuit sommes-nous ? , j’ai mis beaucoup moins de temps à l’écrire : je l’ai écrit en six mois, il est paru en 2005.

ADM : En parlant de vos études, lesquelles avez-vous faites ?

H.A : J’ai commencé par faire une année de psychologie, puis une licence en lettres modernes et en histoire de l’art, pendant laquelle j’ai commencé à écrire Les Avenirs. Ensuite, j’ai fait un DUT sur les métiers du livre à Aix-en-Provence sur les métiers des livres, pendant deux ans.

ADM : Comment vous êtes vous fait éditer ?

H.A : Tout d’abord, j’ai envoyé mon premier manuscrit à une trentaine d’éditeurs après m’être installé à Paris. Deux éditeurs m’ont répondu, Farrago, un petit éditeur et Denoël. Cependant, j’ai préféré conclure avec Farrago, car c’est une maison d’édition qui est plus dans l’aspect littéraire que dans l’aspect commercial. Je suis un amoureux de la littérature et j’ai signé pour trois livres avec eux. Cependant après deux livres, Farrago a déposé le bilan. J’ai donc signé un nouveau contrat de trois livres avec Denoël. Il m’en reste donc encore deux avec eux. J’ai édité mon dernier roman aux éditions Gallimard. Il ne faut pas oublier que l’écrivain est dépendant de l’éditeur.

ADM : Quel est le sujet de ce dernier roman ?

H.A : Ce dernier roman est une fiction autobiographique qui décrit une photo de ma mère et moi tout en racontant une petite partie de mon enfance.

ADM : D’où vous vient votre inspiration et quels sont vos intérêts ?

H.A : J’ai toujours aimé la philosophie, et tout naturellement, dès le lycée, j’y ai voué un intérêt intime. J’aime donner à la prose un style poétique et des thèmes philosophiques. Je construis mes livres tel un cinéaste. Je vis l’évolution du personnage au fur et à mesure de mon écriture. Je m’inspire beaucoup de la façon de travailler de David Lynch qui arrive à décrire des choses très complexes avec des choses très simples. Ma façon de travailler n’est pas rationnelle dans mon inspiration mais dans le style de mon écriture. J’ai travaillé pendant un an dans des petits boulots pour connaître la vie. C’est important pour entretenir l’imaginaire. L’écrivain a les clés du monde, il rêve du monde et s’extrait du réel.

ADM : Quelle est votre vision du métier d’écrivain ?

H.A : Pour moi, un écrivain doit souffrir pour son art, ne vivre que pour son écriture, connaître la faim, la pauvreté, les changements de situations,…
J’ai connus des périodes pendant lesquelles mon réfrigérateur était vide et ou le chauffage me manquait et ou j’étais livreur de pizza ou réceptionniste, mais bizarrement durant cette période, j’étais vraiment heureux.
Ce qui me plait, ce sont les changements de situations, je n’ai pas de situation stable et définie. Par exemple, comme je vous l’ai dit, je peux vivre dans la misère et peut de temps après me retrouver tout frais payés dans des palaces pour assurer la promotion d’un de mes livres.

ADM : Avez-vous reçu des prix littéraires ?

 H.A : J’ai reçu trois prix littéraires : le prix Fénéon de littérature – avec lequel j’ai reçu une récompense de 6 600€ -et le prix de l’Armitière pour Les Avenirs, ainsi que le prix de Limoge pour Quelle nuit sommes-nous ?

ADM : Dans quelles conditions et de quelle manière écrivez vous ?

H.A : Je peux écrire n’importe où, que ce soit chez moi, à mon bureau ou même dans la rue. J’ai toujours un petit carnet sur moi pour y noter des idées qui me viendraient à n’importe quel moment ou alors je les inscris dans mon téléphone portable. Vive la technologie ! [rires]
Mais il est vrai que j’aime beaucoup écrire installé à la terrasse d’un café avec un pastis lorsque les premiers rayons de soleil apparaissent… [rires]
Sinon, en ce qui concerne ma manière d’écrire, j’utilise le même processus que les cinéastes : je crée mes personnages par une situation précise, puis je vis leur évolution, les suis et écris le tout. Je ne sais pas où je vais. Pour moi, c’est cela la magie de l’écriture : partir de quelque chose de simple et qu’il devienne complexe, ne pas suivre de plan…
Je n’ai pas peur de la « page blanche » mais j’aime cette situation car elle me procure un sentiment de liberté totale.

ADM : Pour finir, avez-vous des œuvres qui vous ont particulièrement touché ?

H.A : Sur la manière d’écrire, il y a évidemment Ecrire de Marguerite Duras et Ecrit dans le vide de Bettancourt. Des écrivains modernes tels que Lorette Nobecourt ou Koltès me transportent dans la magie littéraire. Enfin je ne peux et ne dois oublier mes classiques, Stendhal, Flaubert et Dostoïevski qui ont marqué ma façon d’écrire. Enfin La ballade de l’impossible de Murakami montre l’apprentissage de la vie, qu’il faut devenir la personne qui nous rendra heureux.

La lecture de livres nous remplit l’esprit et nous fait ressentir pleinement la vie.

ADM : Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes lycéens ?

H.A : Ne cessez jamais de lire. La lecture vous permet une liberté de penser et de rêver. Et voyagez. On ne connaît la vie que lorsque l’on connaît le monde.

 

Propos recueillis par Eva Viana, Valentine Tournier et Hélèna Jestin

 

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Interview Hafid Aggoune

mardi 2 février 2010

Introduction

            Hafid Aggoune est né en 1973 à Saint Etienne. Il à écrit plusieurs romans dont Les avenirs  publié en 2004 qui à reçu deux prix littéraires à savoir : le prix Félix Fénéon 2005 et le prix de l’Armitière 2004.

 Quelles études avez vous faîtes ?

« Je suis très polyvalent, j’ai fais beaucoup d’études différentes : j’ai commencé par étudier la psychologie, puis j’ai obtenu une licence de lettres modernes et d’histoire de l’art. Je suis allé à Aix-en-Provence pour apprendre les métiers du livre par le biais du D.U.T. En même temps j’ai débuté l’écriture de mon premier roman. »

 Vivez-vous de vos livres ?

« A vrai dire, pas vraiment. Etant jeune j’ai été contraint de pratiquer toutes sortes de petits boulots pour me payer mes études car je ne suis pas né dans une famille aisée. Maintenant même si je touche des à-valoir pour mes livres je suis dans l’obligation de donner des cours de soutien pour vivre décemment. »

 Quels genres de livres écrivez-vous ?

« Dans mes romans j’aborde des thèmes philosophiques en m’inspirant du Livre des questions d’Edmond Jabès tout en usant d’un style poétique. »

 Est-ce facile d’éditer ?

« Jouissant de connaissances sur les métiers du livre j’ai su à quelles maisons d’éditions m’adressé lorsque j’ai voulu envoyer mes écrits. Pour la suite j’ai fait comme tout le monde j’ai envoyé mes manuscrits par la poste à une trentaine de maisons. Deux m’ont répondu : Farrago et Denoël. Farrago étant une maison qui correspondait plus à mes attentes car c’est une petite maison qui publie des textes de penseurs j’ai donné suite à leur accord. Par la suite Farrago à fait faillite je me suis donc tourné vers Denoël que je n’avais pas oublié. »

 Combien de temps prenez-vous pour écrire un livre ?

« Pour mon premier ouvrage : Les avenirs j’ai consacré dix ans à sa rédaction alors que pour les suivants j’ai mit moins de deux ans pour chacun d’entre eux. »  

 Quels sont vos auteurs préférés ?

« J’ai un grand respect pour : Jack London (Martin Eden), Marguerite Duras (Ecrire), Murakami (La balade de l’impossible), Lorette Nobecourt (La conversation), Pierre Bettencourt (Ecrit dans le vide), Stendhal (Le rouge et le noir), Koltès (Dans la solitude des champs de coton), et Maurice Blanchot. »

Dans quelles conditions écrivez-vous ?

« J’écris le plus souvent la nuit sur mon ordinateur. J’aime écrire la nuit car elle est calme et m’inspire, de plus je n’écris pas avec des plans précis comme le ferai Flaubert par exemple. Je laisse mes personnages m’emmener dans leur histoire je me laisse guider par eux. »

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Interview d’Hafid Haggoune

mardi 26 janvier 2010

Photo prise par Simon-Pierre 2009

Photo prise par Simon-Pierre 2009

 

 

Biographie : Interview :

Hafid Aggoune est né le 17 mars 1973, à Saint-Etienne. D’origine kabyle et espagnole par son père et berbère marocain et juive par sa mère, Hafid Aggoune a reçu une éducation basée sur la laïcité, l’amour et la persévérance. Après son bac, il quitte Saint-Etienne pour Lyon. Il finance ses études avec différents petits emplois. Parallèlement, il écrit de la poésie et un important journal intime pendant cinq ans. Licencié en lettres modernes et en histoire de l’art et titulaire d’un DUT Métiers du livre, Hafid Aggoune a vécu à Aix-en-Provence, Venise et Paris où il a choisi de s’installer. En 2004, il publie Les Avenirs, son premier roman, très bien accueilli par la critique et les libraires. En 2005, Hafid publie son deuxième roman, Quelle nuit sommes nous ?, toujours chez Farrago. Il revient en 2007 avec Premières heures au paradis chez Denoël. Sa dernière publication, en 2009 est une sorte de roman autobiographique, Rêve 78.

 

Elèves : Quelles études avez-vous faites ?

Hafid Aggoune : J’ai fait des études à Lyon, puis une année de psychologie, et une licence de lettres modernes pendant trois ans. Ensuite, pour le plaisir d’apprendre, j’ai fait des études d’histoire de l’art, suivies d’un DUT de deux ans à Aix-en-Provence à la Cité du livre. C’est durant ces deux années que j’ai découvert le métier de libraire, de documentaliste, de bibliothécaire et d’éditeur.

E : Quelle est l’origine de votre vocation ?

H.A : J’ai toujours voulu être écrivain. Amoureux de la littérature, j’ai commencé à écrire des poèmes et un journal intime dès la fin du collège, ce qui m’a permis de rechercher mon style.

E : Vivez-vous de vos livres ?

H.A : Je donne des cours de soutien en français et en latin pour compenser mon métier d’écrivain. En effet, j’aime initier les jeunes enfants à la lecture et partager mon savoir.

E : Combien de temps prenez vous pour écrire un livre ?

H.A : Je ne peux pas répondre précisément, cela dépend du livre, de l’inspiration, du temps… J’ai mis dix ans à écrire Les Avenirs, alors que je n’ai mis que six mois pour Quelle nuit sommes-nous ?.

E : Quel genre de livres écrivez-vous ?

H.A : J’écris des romans dans un style poétique en m’inspirant de thèmes philosophiques. Dans mon esprit d’écriture, je pense avant tout à la mélodie de mes phrases. Voilà pourquoi, comme Flaubert, je m’essaye à la lecture à haute voix.

E : Est-ce facile d’éditer ?

H.A : Le premier livre est très difficile à éditer, mais une fois ce cap passé, tout devient plus simple, si ce n’est qu’il faut essayer de garder les livres le plus longtemps possible en librairie. Je dois avouer que je m’en suis assez bien sorti jusqu’à maintenant. En effet, mon premier livre, Les Avenirs, a été accepté par deux maisons d’éditions, sur les trente à qui je l’avais proposé. J’ai choisi Farrago, car cela correspondait mieux à ce que je recherchais. Je suis conscient de ma chance, puisque très peu de premiers romans sont acceptés : Gallimard ne publie que 5 ou 6 premiers romans par an sur les 6 000 demandes ! Cependant, je sais qu’un jour, on me refusera un de mes livres. J’espère seulement que ça ne sera pas tout de suite.

E : Est-ce qu’un prix littéraire facilite la vie ?

H.A : J’ai obtenu tout d’abord le prix Félix Fénéon, accompagné d’une somme de 6600€,, ainsi que le prix Armitière pour mon premier roman. Cette récompense m’a beaucoup aidé et recevoir un prix, même s’il n’est pas connu donne du courage et de la confiance en sois. Cependant, contrairement à d’autres auteurs, je n’ai pas pour but d’avoir un prix, j’écris avant tout pour le plaisir. J’ai par la suite obtenu le prix de la Nuit de Limoges pour Quelle nuit sommes-nous ?

E : Avant d’écrire, faîtes-vous un plan précis de votre histoire ?

H.A : Non, je suis incapable d’être rationnel, je vis l’histoire en même temps que mes personnages. Quand je commence l’écriture d’un roman, je ne sais pas où je vais, je ne connais pas la fin.

E : Dans quelles conditions matérielles écrivez-vous ?

H.A : J’écris la plupart du temps la nuit, et sur mon ordinateur. J’ai essayé tous les supports : la machine à écrire, l’ordinateur, le téléphone ; mais je retravaille toujours au stylo. Je garde en général mes brouillons retravaillés au stylo, mais toujours la version retravaillée avec l’éditeur.

E : Faîtes-vous lire vos livres avant de les envoyer aux éditeurs ?

H.A : J’ai fait lire la première version des Avenirs à mon professeur de lettres ; mais aujourd’hui, j’ai confiance en mon travail et ne le fais lire à personne. Mais si vous souhaitez publier un livre, ne le faîte pas lire à un de vos proches qui n’oserait pas vous faire part de vos défauts, plutôt à une personne que vous ne connaissez pas vraiment.

E : Quels sont vos auteurs préférés ?

H.A : Je ne les citerais pas tous, ils sont très nombreux, mais certains livres m’ont particulièrement touchés, comme La ballade de l’impossible, de Murakami ; Martin Eden, de Jack London ; La conversation, de Lorette Nobécourt que j’ai d’ailleurs rencontrée. J’apprécie aussi énormément le recueil poétique de Bettancourt, Ecrit dans le vide ; ainsi que le roman de Koltès, La solitude des champs de coton.

E : Comment voyez-vous l’avenir du livre ?

H.A : Je pense que le livre électronique va se développer. En ce qui me concerne, je l’ai essayé, et je me suis avéré incapable de lire sur un écran. Cela me fatigue les yeux.

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