Interview de Hafid Aggoune

mardi 9 février 2010

                                                                         
Beau, jeune et talentueux, Hafid Aggoune représente la littérature mature, accomplie, et poétique. Il est né en 1973 à Saint-Étienne. Après Les Avenirs, Quelle nuit sommes-nous et Premières heures au paradis, l’auteur a sorti dernièrement Rêve 78 dans lequel il confie aux lecteurs toute une partie de sa vie qu’il explique dans la description de la photo en couverture. Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions sur sa vie, son inspiration, ses rêves…

ADM : Combien de temps avez-vous mis pour écrire vos deux premiers romans ?

Hafid Aggoune : Pour Les Avenirs, j’ai mis dix ans en tout pour arriver à la version finale de mon livre. Je l’ai commencé au tout début de mes études, à vingt ans. Pendant quelques temps, j’ai fait des études en travaillant et en même temps, j’écrivais ce roman. A la fin de mes études, on m’a appelé pour me proposer un poste de gardien d’une île et d’un hôpital désaffecté. Pendant 9 mois, j’ai beaucoup avancé sur ce livre, et la tranquillité de l’île à Venise m’a permis de trouver le courage d’avancer sur mon premier roman et l’inspiration pour le deuxième. A trente ans, j’ai fini l’écriture de ce premier livre.
Pour Quelle nuit sommes-nous ? , j’ai mis beaucoup moins de temps à l’écrire : je l’ai écrit en six mois, il est paru en 2005.

ADM : En parlant de vos études, lesquelles avez-vous faites ?

H.A : J’ai commencé par faire une année de psychologie, puis une licence en lettres modernes et en histoire de l’art, pendant laquelle j’ai commencé à écrire Les Avenirs. Ensuite, j’ai fait un DUT sur les métiers du livre à Aix-en-Provence sur les métiers des livres, pendant deux ans.

ADM : Comment vous êtes vous fait éditer ?

H.A : Tout d’abord, j’ai envoyé mon premier manuscrit à une trentaine d’éditeurs après m’être installé à Paris. Deux éditeurs m’ont répondu, Farrago, un petit éditeur et Denoël. Cependant, j’ai préféré conclure avec Farrago, car c’est une maison d’édition qui est plus dans l’aspect littéraire que dans l’aspect commercial. Je suis un amoureux de la littérature et j’ai signé pour trois livres avec eux. Cependant après deux livres, Farrago a déposé le bilan. J’ai donc signé un nouveau contrat de trois livres avec Denoël. Il m’en reste donc encore deux avec eux. J’ai édité mon dernier roman aux éditions Gallimard. Il ne faut pas oublier que l’écrivain est dépendant de l’éditeur.

ADM : Quel est le sujet de ce dernier roman ?

H.A : Ce dernier roman est une fiction autobiographique qui décrit une photo de ma mère et moi tout en racontant une petite partie de mon enfance.

ADM : D’où vous vient votre inspiration et quels sont vos intérêts ?

H.A : J’ai toujours aimé la philosophie, et tout naturellement, dès le lycée, j’y ai voué un intérêt intime. J’aime donner à la prose un style poétique et des thèmes philosophiques. Je construis mes livres tel un cinéaste. Je vis l’évolution du personnage au fur et à mesure de mon écriture. Je m’inspire beaucoup de la façon de travailler de David Lynch qui arrive à décrire des choses très complexes avec des choses très simples. Ma façon de travailler n’est pas rationnelle dans mon inspiration mais dans le style de mon écriture. J’ai travaillé pendant un an dans des petits boulots pour connaître la vie. C’est important pour entretenir l’imaginaire. L’écrivain a les clés du monde, il rêve du monde et s’extrait du réel.

ADM : Quelle est votre vision du métier d’écrivain ?

H.A : Pour moi, un écrivain doit souffrir pour son art, ne vivre que pour son écriture, connaître la faim, la pauvreté, les changements de situations,…
J’ai connus des périodes pendant lesquelles mon réfrigérateur était vide et ou le chauffage me manquait et ou j’étais livreur de pizza ou réceptionniste, mais bizarrement durant cette période, j’étais vraiment heureux.
Ce qui me plait, ce sont les changements de situations, je n’ai pas de situation stable et définie. Par exemple, comme je vous l’ai dit, je peux vivre dans la misère et peut de temps après me retrouver tout frais payés dans des palaces pour assurer la promotion d’un de mes livres.

ADM : Avez-vous reçu des prix littéraires ?

 H.A : J’ai reçu trois prix littéraires : le prix Fénéon de littérature – avec lequel j’ai reçu une récompense de 6 600€ -et le prix de l’Armitière pour Les Avenirs, ainsi que le prix de Limoge pour Quelle nuit sommes-nous ?

ADM : Dans quelles conditions et de quelle manière écrivez vous ?

H.A : Je peux écrire n’importe où, que ce soit chez moi, à mon bureau ou même dans la rue. J’ai toujours un petit carnet sur moi pour y noter des idées qui me viendraient à n’importe quel moment ou alors je les inscris dans mon téléphone portable. Vive la technologie ! [rires]
Mais il est vrai que j’aime beaucoup écrire installé à la terrasse d’un café avec un pastis lorsque les premiers rayons de soleil apparaissent… [rires]
Sinon, en ce qui concerne ma manière d’écrire, j’utilise le même processus que les cinéastes : je crée mes personnages par une situation précise, puis je vis leur évolution, les suis et écris le tout. Je ne sais pas où je vais. Pour moi, c’est cela la magie de l’écriture : partir de quelque chose de simple et qu’il devienne complexe, ne pas suivre de plan…
Je n’ai pas peur de la « page blanche » mais j’aime cette situation car elle me procure un sentiment de liberté totale.

ADM : Pour finir, avez-vous des œuvres qui vous ont particulièrement touché ?

H.A : Sur la manière d’écrire, il y a évidemment Ecrire de Marguerite Duras et Ecrit dans le vide de Bettancourt. Des écrivains modernes tels que Lorette Nobecourt ou Koltès me transportent dans la magie littéraire. Enfin je ne peux et ne dois oublier mes classiques, Stendhal, Flaubert et Dostoïevski qui ont marqué ma façon d’écrire. Enfin La ballade de l’impossible de Murakami montre l’apprentissage de la vie, qu’il faut devenir la personne qui nous rendra heureux.

La lecture de livres nous remplit l’esprit et nous fait ressentir pleinement la vie.

ADM : Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes lycéens ?

H.A : Ne cessez jamais de lire. La lecture vous permet une liberté de penser et de rêver. Et voyagez. On ne connaît la vie que lorsque l’on connaît le monde.

 

Propos recueillis par Eva Viana, Valentine Tournier et Hélèna Jestin

 

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