Le déchêné

Journal du collège Les Chênes Rouges de Saint Germain du Plain (71)

Conférence sur la Résistance* et la déportation pour les élèves de 3ème

Femmes travaillant dans le camp de Ravensbrück

Femmes travaillant dans le camp de Ravensbrück (image extraite du site jewishgen.org)

 C’est avec émotion que nous avons accueilli vendredi 12 mars après-midi Madame Alice Crost-Genty au collège. Pendant près de deux heures, devant une assemblée d’une centaine d’élèves, cette Dame qui aurait pu être leur arrière grand-mère a évoqué sa douloureuse expérience de la seconde guerre mondiale.

Elle raconte que dès son plus jeune âge, son père, chaque jour, parlait à ses enfants de l’horreur des tranchées, de la guerre et de son attachement à la liberté. Ainsi lors de la défaite de la France en juin 1940 face à l’armée allemande, sa famille n’accepte pas l’armistice et le régime de Vichy* du Maréchal Pétain. Dans leur maison située à proximité de la ligne de démarcation*, ils vont héberger tous ceux qui fuient la zone occupée : Alsaciens, Lorrains, prisonniers évadés, objecteurs de conscience*, Juifs. Rapidement une filière d’évasion est organisée par le commissaire divisionnaire Baud de Bourg-en-Bresse.

A partir novembre 1942 et de l’occupation de la zone libre par l’armée allemande, la Résistance s’intensifie et de nombreux réfractaires* au STO* comme son frère Raymond rejoignent le maquis*. Madame Genty qui n’a que 21 ans est chargée de transmettre des informations à un maquis retranché dans les bois. C’est elle qui porte le message annonçant l’organisation du sabotage d’un train qui devait transporter une trentaine de Résistants de la prison de Lons-le-Saunier en Allemagne. L’opération échoue, Madame Genty est dénoncée et activement recherchée par la Gestapo*. Après s’être cachée une quinzaine de jours à Lyon, elle est arrêtée, subit un interrogatoire brutal puis est internée au Fort de Romainville en région parisienne avant d’être déportée au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück en Poméranie du Nord près de la mer Baltique.

Après un transfert de trois jours sans eau, sans nourriture dans un wagon à bestiaux, elle découvre le camp situé dans une région inhospitalière, froide et marécageuse, plantée de pins. Les vociférations des nazis, la peur des chiens, les coups de schlague*, les Kapos* « des brutes sanguinaires » et ces milliers de femmes de vingt nationalités différentes, rasées, décharnées dans leur tenue rayée. Madame Genty nous a apporté sa « robe » de déportée sur laquelle ont été cousus son numéro de matricule 38 820 et le triangle rouge des prisonniers politiques.

 

Elle témoigne : les blocks*, les châlits*, les poux, la faim (un « café » le matin, 100g de pain pour la journée et une soupe de rutabagas le soir), la dysenterie, le typhus et la charrette qui passe chaque matin pour emporter les cadavres vers le four crématoire ; cette journée de Pâques quand vingt d’entre elles ont dû décharger des wagons et enterrer dans des fosses communes les corps de Tziganes* gazés à Auschwitz .

En juin 1944, elle est transférée dans un Kommando* en Tchécoslovaquie dans la région des Sudètes, 12 heures de travail par jour dans une usine d’armement Siemens, après le rude hiver 1944-1945 la libération est proche, des Canadiens les libèrent le jour de la capitulation allemande le 8 mai 1945. Avec émotion, elle évoque la mémoire de grandes résistantes comme Simone Michel-Levy pendue au camp de Flossenbürg pour avoir saboté une machine qui fabriquait des cartouches, de toutes celles et tous ceux qui comme son frère déporté au camp de Neuengamme ne sont pas revenus de l’enfer.

Le camp de Ravensbrück après sa libération (image extraite du site jewishgen.org)

Enfin, le difficile retour à une vie ordinaire, le soutien des associations de résistants et déportés, sa deuxième famille comme elle le dit, et sa volonté intacte de témoigner et de résister à toute forme d’oppression.

Merci pour ce précieux témoignage,

M.Lolliot

Une pensée toute particulière à Monsieur Georges Bonjour, Monsieur Louis et Monsieur Jean-Pierre Tortillet qui sont venus témoigner plusieurs fois au collège.

Lexique

  • Block : baraque des détenus.

  • Châlit : cadre de bois, recouvert d’une paillasse sur laquelle dormaient les déportés.

  • Gestapo : Police politique allemande qui traque les Juifs et tous les opposants au nazisme.

     

  • Kapo : détenu de droit commun responsable de l’encadrement des détenus.

     

  • Kommando : Equipe de travail qui dépend d’un camp de concentration.

     

  • Ligne de démarcation : Ligne qui séparait la zone libre de la zone occupée sous l’occupation allemande.

     

  • Maquis : Zone difficile d’accès où se cachaient les résistants (maquisards), nom donné à ces groupes de résistants.

     

  • Objecteur de conscience : personne qui refuse d’effectuer son service militaire.

     

  • Réfractaire : Qui refuse de se soumettre. Exemple : les réfractaires au STO

     

  • Régime de Vichy : Régime politique autoritaire dirigé par le Maréchal Pétain à Vichy de 1940 à 1944 et qui a collaboré avec Hitler.

     

  • Résistance : Lutte contre l’occupant ou lorsqu’elle est allemande contre le pouvoir nazi.

    En France, la résistance est dirigée par le Général de Gaulle.

     

  • Schlague : Tuyau de caoutchouc pour frapper les détenus.

     

  • STO : Service du Travail Obligatoire, obligation pour les jeunes de 21 à 23 ans d’aller travailler en Allemagne à partir de 1943.

     

  • Tzigane : Peuple nomade d’Europe de l’Est exterminé par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.

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