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1944 – 2016 : Sur les traces des libérateurs de Toulon…

          Jeudi 31 mars, à 8 h 00 du matin, 40 élèves des classes de 3ème (5 élèves par classes) du Collège Peiresc encadrés par neuf accompagnateurs (trois membres d’association d’anciens combattants dont le colonel Baldet, président du comité du Souvenir français de Toulon, trois professeurs d’histoire géographie, une assistante de vie scolaire accompagnant une élève mal-voyante et deux personnels du Canopé du Var aidant les élèves à réaliser un reportage sur la sortie) montaient dans un bus fourni par le Souvenir français. Durant cette journée, ces élèves et leurs accompagnateurs allaient participer à une sortie pédagogique sur des lieux de mémoire où s’étaient déroulés des événements précédant et suivant le débarquement des Alliés en Provence le 15 août 1944.
Cette sortie avaient été précédée de huit conférences données par le colonel Baldet sur « La bataille et la libération de Toulon » aux élèves des huit classes de troisième du collège entre le 19 et 29 janvier et par la visite par ces mêmes élèves d’une exposition sur « La libération de la Provence » installée dans le CDI du collège entre le 7 et le 25 mars.
A 9 h 00, le bus arriva à la « ferme des marronniers » à l’ouest de la commune de Pierrefeu où le colonel de Linarès, commandant du 3e régiment de tirailleurs algériens, avait installé son poste de commandement à l’aube du 19 août 1944. Le 3e régiment de tirailleurs algériens (RTA) était une des unités de la 3e division d’infanterie algérienne (DIA) appartenant à l’armée française du général de Lattre de Tassigny dite « Armée B » qui débarqua dans le golfe de Saint-Tropez à partir du 16 août 1944.  Les tirailleurs algériens, des volontaires recrutés majoritairement parmi les habitants de l’Algérie alors territoire français, était surnommés les « Turcos ». Ce surnom faisait référence à l’appartenance de l’Algérie à l’Empire turc ottoman avant la conquête française en 1830. La 3e DIA était chargée, dans le cadre de la manœuvre d’encerclement de Toulon, de contourner cette ville par le Nord et l’Ouest. Cette manœuvre se déroula simultanément à l’attaque de la ville par l’Est par deux autres divisions de l’ « Armée B » : la 1er division de marche d’infanterie (DMI) et la 9e division d’infanterie coloniale (DIC).
Arrivés à la « ferme des marronniers, les élèves furent accueillis par deux adjoints au maire de la commune et par des représentants du Souvenir français et d’une autre association d’anciens combattants : l’Association des prisonniers de guerre-Combattants d’Algérie, Tunisie et Maroc. Les collégiens, auxquels s’étaient joints des élèves de l’école élémentaire de Pierrefeu, participèrent à une cérémonie d’hommage aux libérateurs autour de la stèle commémorant le passage du 3e RTA. Durant cette cérémonie ils assistèrent à un dépôt de gerbe et chantèrent la « Marseillaise ».
A 9 h 30, les collégiens remontèrent dans le bus qui reprit sa route parcourant l’itinéraire qu’effectuèrent en camions les fantassins du 1er et du 3e bataillon du 3e RTA entre Pierrefeu et la vallée du Gapeau le matin du 19 août 1944.  Le bus passa par Belgentier où furent déposés les fantassins du 3e bataillon et s’arrêta à 10 h 00 à Méounes où furent débarqués ceux du 1er bataillon. Les élèves et leurs accompagnateurs marchèrent alors jusqu’au monastère de la chartreuse Notre-Dame de Montrieux sur les traces des tirailleurs algériens en route vers la forêt du plateau du Siou blanc et le village du Revest-les-Eaux. Les tirailleurs furent guidés dans leur marche par des résistants originaires de ce village. Depuis cet épisode de la bataille de la libération de Toulon cette route a été appelé le chemin des  « Turcos » en référence au surnom des tirailleurs algériens. Le colonel de Linarès, pour suivre l’avancée de son régiment, transféra l’après-midi du 19 août 1944 son poste de commandement devant une fontaine se trouvant en face de l’entrée du monastère. Une fois arrivés au monastère, les élèves découvrirent la stèle placée au-dessus de la fontaine et rappelant cet événement. Le colonel Baldet leurs apprit en outre que la clinique Malartic de Toulon s’était réfugiée durant l’occupation allemande dans le monastère et que plusieurs résistants varois furent soignés dans cette clinique. Les élèves revinrent alors sur leurs pas et regagnèrent le bus qui reprit sa route à 10 h 30.
Le bus gagna la commune de Signes libérée le 19 août  en milieu de journée par le 3e régiment de spahis algériens (RSA) commandé par le colonel Bonjour. Il s’agissait du régiment de reconnaissance de la 3e DIA qui était composé d’automitrailleuses et était chargé de couvrir vers le nord l’avancée des tirailleurs. Le bus suivit alors la route emprunté le 19 août par ce régiment  et les résistants locaux qui s’étaient joints à lui, jusqu’au carrefour dit du Camp (appelé ainsi d’après le lieu-dit du Camp) où il fut stoppé par un groupe d’élèves-officier allemands équipés de « panzerfaust » (lance-roquette antichar individuel). Les spahis durent, après la destruction d’une automitrailleuse, rebrousser chemin jusqu’au carrefour 452 entre Signes et le lieu-dit du Camp. Renforcés par un bataillon de fantassins du 7e régiment de tirailleurs algériens (autre régiment de la 3e DIA),  ils repartirent à l’attaque à l’aube du 20 août et s’emparèrent du carrefour disputé. A 11 h 00, le bus se gara juste avant ce carrefour en face de la stèle élevée à la mémoire du brigadier Alphonse Magro du 3e RSA tué lors de l’accrochage du 19 août 1944.
A cet endroit, les élèves et leurs accompagnateurs étaient attendus par une compagnie du Groupement de Fusiliers Marins de Toulon,  héritier du 1er régiment des fusiliers marins, une des unités de la 1er DMI qui participa à la libération de cette ville. Les élèves ont ainsi  bénéficié, de la part des fusiliers marins d’une démonstration de coup de main d’un commando. Celle-ci consistait à la prise par ce commando d’une maison en ruine où des combattants ennemis s’étaient retranchés. Sans faire de bruit, les membres du commando, en tenue de camouflage et répartis entre deux groupes chargés respectivement de l’attaque et de l’appui, encerclèrent la maison et après avoir utilisé des fumigènes, neutralisèrent les combattants ennemis. A 11 h 30, une fois la démonstration achevée, les élèves et leurs accompagnateurs reprirent le bus qui rebroussa chemin sur une courte distance jusqu’à un pré où il fut rejoint par les véhicules transportant les fusiliers-marins. A 12 h 00, tout le monde s’installa dans le pré pour déjeuner. Les fusiliers marins partagèrent avec les élèves leurs rations de combat.
A 13 h, après le déjeuner, le colonel Baldet amenait toutes les personnes présentes dans une randonnée en direction de la grotte du Vieux Monoï et du charnier de Signes, deux lieux historiques. La randonnée dura deux heures. A 14 h, les participants à la randonnée atteignirent la grotte du Vieux Monoï qu’ils visitèrent à tour-de-rôle, par groupe d’une dizaine d’individus, pendant une demi-heure. Cette grotte a servi de bergerie depuis le néolithique, de lieu de cache pour la résistance durant l’occupation et de décor pour quelques scènes du film « Manon des Sources » sorti en salle en 1986. Tous les randonneurs repartirent ensuite en direction du site du charnier de Signes où ils arrivèrent à 15 h 30. Dans ce vallon située sur le territoire de la commune de Signes, trente-sept résistants français et un officier américain furent fusillés par l’armée allemande les 18 juillet et 12 août 1944 entre les débarquements de Normandie et de Provence. Ces résistants étaient originaires des départements des Bouches-du-Rhône, Var et Basses-Alpes, et avaient été amenés dans ce vallon après avoir pour la plupart été torturés au siège de la Gestapo (police politique de l’Allemagne nazie) à Marseille. Après un simulacre de procès, vingt-neuf d’entre eux furent fusillés le 18 juillet et huit le 12 août avec l’officier américain qui avait été parachuté en Provence dans le cadre d’une mission d’aide à la résistance locale. Le charnier fut découvert en septembre 1944. Il est depuis une nécropole nationale où se trouvent les plaques nominatives des fusillés, une croix de Lorraine, symbole de la France libre et un autel sous lequel est enterré un coffre contenant les ossements des fusillés. Les élèves, leurs accompagnateurs et les fusiliers marins se placèrent autour des plaques nominatives et observèrent une minute de silence en l’honneur des martyrs de la Résistance tombés pour la libération de la France puis entonnèrent l’hymne national. Après cet hommage, l’ensemble des participants quitta le lieu de mémoire et regagna à 16 h le bus. Les fusiliers marins, après avoir offert à boire de l’eau fraîche aux élèves et à leurs accompagnateurs, quittèrent le groupe à bord de leurs véhicules.
Cependant, le voyage n’était pas terminé pour les élèves qui, à bord du bus, continuèrent à suivre les traces du 3e RSA. Le bus passa par le carrefour du Camp, conquis le matin du 20 août 1944, Le Beausset  libéré l’après-midi du même jour, Ollioules libéré à son tour le 23 août. Poursuivant sa route, il parvint successivement à la Place d’Espagne et la Place de la liberté à Toulon où passèrent le 23 août le 1er bataillon du 3e RTA et 4 automitrailleuses du 3e RSA. Ces unités de la 3e DIA renforcées par des détachements de réserve de l’ « Armée B » (deux sections du bataillon parachutiste de choc et 2 canons automoteurs du 7e régiment de chasseurs d’Afrique) libérèrent cette ville à partir de l’Ouest avant de rejoindre des éléments de la 1ère DMI qui arrivait par l’Est. Toute résistance allemande cessa alors.  Le 24 août 1944, ce fut le tour du général de Lattre de Tassigny accompagné du ministre de la guerre Diethelm d’entrer dans Toulon. Après être passés par les deux places mentionnées ci-dessus, le bus se gara près du collège Peiresc à 17 h 00, et les élèves remirent les tablettes tactiles aux personnels du Canopé avant de s’en aller. La sortie pédagogique était désormais terminée.

Christophe Fulconis, documentaliste