May 16 2020

Joselito « el Gallo »

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Il y a 100 ans, « le plus grand torero de l’histoire » mourait sous la corne. Portrait.

José  GÓMEZ ORTEGA  “GALLITO”

[1]

Il est né à Gelves (Séville) le 8 mai 1895. Sa mort survint à Talavera de la Reina (Tolède) le 16 de mai 1920.

Son père, le torero Fernando “El Gallo”, meurt alors que Joselito n’a que deux ans. A 8 ans, il torée sa première vachette et il s’habille pour la première fois de lumières le 19 avril 1908 à Xérès. Il fera ensuite partie d’un quadrille d’enfants toreros. Le 24 octobre 1911, sans encore avoir reçu l’alternative, il tue le toro Avellanito de Moreno Santa María, à Séville. Il se présente à Madrid le 13 de juin 1912 pour toréer une corrida de toros, la novillada ne lui paraissant pas suffisamment sérieuse : les critiques déjà voient en lui un torero d’exception. Le 23 du même mois, il triomphe également à Séville. Joselito reçoit un coup de corne le 1er septembre à Bilbao et prend l’alternative dans sa ville natale des mains de son frère Rafael le 28 septembre 1912 avec le toro Caballero de Moreno Santa María. Ce n’est que le lendemain qu’il triomphera pour la première fois à la Maestranza.

Il la confirme le 1er octobre à Madrid face à Ciervo de Veragua. Il rivalise avec Bombita lors de la Feria d’Abril 1913. Le 1er  juin Rafael “el Gallo”, Machaquito et Gallito sortent par la grande porte à Madrid. Le 5 juin le plus jeunes des gallos coupe un appendice auriculaire d’une grande valeur dans la capitale espagnole. Jusqu’à cette date, seuls Bombita, Machaquito, Vicente Pastor (deux fois) et Rafael “el Gallo” avaient obtenu une oreille dans lesdites arènes. Il obtient en outre d’importants triomphes à Saint Sébastien et à Saragosse. A partir de la saison 1914 commence sa rivalité avec Juan Belmonte. Il torée admirablement lors de la Feria d’Abril  le toro Almendrito de Santa Coloma, alors qu’il affronte pour la première fois en mano a mano celui qu’on appellerait « el Pasmo de Triana » (ils s’étaient rencontrés face à des miuras quelques jours avant). Il coupe une oreille à Madrid le 2 mai dans le premier épisode de leur opposition  dans la capitale. Il sort ensuite a hombros des arènes de la route d’Aragon le 3 juillet dans une corrida en solo. Il fut blessé à Barcelone le 5 du même mois par le toro Coletero de Pérez de la Concha et il triomphe à Bilbao où il est à nouveau blessé. En 1915, à Séville, il réalise un faenón au toro Napoleón de Gamero Cívico, tant à la cape, qu’aux banderilles, qu’avec la muleta et l’épée. Il coupe aussi des oreilles à Madrid puis revient dans l’ancienne Hispalis pour y triompher face aux miuras le 29 avant de s’enfermer face à 6 toros 6 le lendemain : la présidence lui accordera l’oreille du cinquième Cantinero, de Santa Coloma, une première dans ces arènes. Il termine la saison avec 102 corridas au compteur, un record qu’il battra l’année qu’il dépassera encore  suivante (105) et qu’il dépassera encore deux ans plus tard (103). Le 15 mai 1916, à Madrid, il parvient à enchaîner sept naturelles (apparemment, seul Florentino Ballesteros avait réussi à en enchaîner plus, à Barcelone, en 1913)[2]. Le 8 octobre de la même année, il triomphe dans les mêmes arènes avec du bétail de Gamero Cívico, en coupant les oreilles de ses deux toros. En 1917 il connaît un grand succès à Barcelone et surtout à Séville où il coupe les oreilles à quatre des six toros qu’il tue en solitaire. Il reçoit un coup de corne à Saragosse en 1918 et un autre le 1er mai 1919 à Madrid, mais il connaît l’autre face de la monnaie à Séville, Valence et Bilbao.

[4]

En cette année 1919, après avoir perdu sa mère, le caractère mélancolique de José Gómez s’accentue. Le toro Bailador, de l’élévage connu comme celui de “la veuve Ortega”, fut la cinquième à sortir en piste à  Talavera de la Reina le 16 mai 1920. Ce toro supposément burriciego[3] allait mettre fin à la vie de cet immense toreo nommé Joselito “El Gallo”, pour beaucoup le plus grand de tous les temps, en lui introduisant toute la corne dans le ventre. Il avait à peine 25 ans.

Torero très dominateur, Joselito commencera à bien toréer avec la cape à partir de 1916. Il fut un spécialiste de la larga cambiada à genoux et des recortes avec la cape pliée sur le bras. C’était également un torero avec un répertoire très large et un banderillero exceptionnel. Ses naturelles en rond, ce qui fait de lui un des précurseurs du toreo lié en séries, étaient célèbres. Sans être un matador hors du commun, il tuait avec une rapidité, une agilité et une sécurité exceptionnelles. Ses meilleures estocades sans doute furent-elles données dans la suerte a recibir. Statistiquement, il a coupé un total de 17 oreilles dans les arènes de Madrid. Il était en quelque sorte le Miquel Ange des toreros, un mythe de perfection.


[1] et [1bis] Photos 6 TOROS 6.

[2] Cf. l’article “El ritmo por dentro” de J.C. Arévalo dans la revue 6 TOROS 6 n°720 p.62.

[3] Animal ayant un problème visuel.

[4] Demi-véronique de “Gallito”. Photo 6 TOROS 6.


May 5 2020

Dámaso Gómez nous a quittés

Publié par Giraldillo dans Non classé      

Le « Lion de Chamberí », son quartier de Madrid, s’est éteint à 90 printemps ce 2 mai 2020, jour de la Communauté de Madrid en mémoire de la rébellion contre l’envahisseur français. Né le 1er avril 1930, il était un parangon de torisme : un spécialiste des corridas dures surtout à Madrid, en affrontant en particulier miuras et victorinos. C’est un toro de ce dernier élevage qui lui permit d’atteindre la gloire d’un triomphe madrilène estival en 1971. En activité de 1953 à 1981, année où il a toréé sa dernière corrida dans sa Salamanque adoptive, il a été durement châtié par les toros.

Après une oreille à Madrid pour sa présentation comme novillero en 1950, comme tant d’autres, il connut une longue traversée du désert après son alternative barcelonaise, un 25 mai, dans une affiche prestigieuse avec Julio Aparicio comme parrain et Manolo Vázquez comme témoin. Il avait pourtant confirmé son doctorat dès le 6 juin 54 des mains de Rafael Ortega mais il dut attendre 1966 dans une corrida de Miura pour commencer à être reconnu chez lui.

C’était un torero capable et impassible qui banderillait « à l’intérieur » avec une certaine témérité et toréait à la naturelle avec le plus grand naturel. Son desplante en tenant les cornes à deux mains étaient aussi l’une de ses marques de fabrique. Il a coupé un total de 9 oreilles dans la capitale des Espagne et donné 19 tours de piste dont les 2 de sa confirmation.


Apr 2 2020

La monnaie

Publié par Giraldillo dans Non classé      

Il y a dans le jargon taurin un certain nombre d’expressions faisant référence à la numismatique. Ne parle-t-on pas souvent des deux faces de la monnaie, cara o cruz, pour évoquer les pôles du destin, la face pour la gloire et le côté pile (la croix en espagnol, signe d’un châtiment expiatoire) pour les vents contraires, la blessure ou l’échec ? On dit aussi fréquemment qu’il faut lancer la monnaie, donner sa chance au toro, c’est-à-dire s’exposer, lui donner l’avantage en se mettant dans le terrain périlleux qui ne lui donne pas d’autre choix que d’attaquer ou de se défendre, soit montrer sa vraie nature et par là-même réaliser le toreo puis faire aller la faena a más si tant est que le toro réagisse favorablement. Ce lancement de monnaie exprime le moment crucial, celui de l’incertitude, l’acmé de la faena en fait, où il faut parier sur le toro pour le « mettre dans le panier », sans quoi il ne pourra pas être dominé.

            Ceci-dit je vais maintenant utiliser l’image de la monnaie pour tout autre chose : pour l’attribution des trophées, en prenant une pièce d’un euro pour une oreille et une autre de deux pour le double trophée. Pour un président de corridas qui se respecte, il y a bien-sûr des critères concernant le travail du matador en relation avec la charge du toro qui peuvent correspondre à l’un ou l’autre de ces prix mais dans les faits l’appréciation n’est pas aussi nette : on est par exemple souvent à la limite du trophée qui finit par tomber avec l’aide du public.

            Dans le patinage artistique, les jurés ont des notations très précises avec décimales. Je ne prétends absolument pas qu’il faille faire pareil mais je voudrais utiliser la comparaison pour poser la question sur le niveau d’exigence minimum requis pour l’attribution d’un trophée. Admettons qu’un euro (pour que ma réflexion soit plus concrète qu’une note abstraite) soit la valeur idéale pour une oreille (tout effort mérite une récompense, pécuniaire, en nature ou symbolique), peut-on arrondir dès 85 ou 90 centimes ? Et dans ce cas 85 centimes ont-il la même valeur qu’1€70, c’est-à-dire le double ? Je prends des cas un peu extrêmes mais dans les faits on voit des oreilles avec des valeurs très variables qui donnent quelquefois le sentiment de deux poids deux mesures mais ce n’est pas parce qu’on a une idée précise de la valeur d’un euro qu’on ne va pas être confronté à une réalité qui s’impose au-delà de nos représentations.

            Admettons qu’au premier toro de la corrida un torero soit arrivé à une valeur cumulée de 85 centimes : malgré la pétition apparemment majoritaire du public, le président exigeant refuse le trophée de manière antiréglementaire mais se réfugie derrière l’idée d’une épée quelque peu défectueuse. Au deuxième toro, un matador classique qui respecte les canons sans ostentations ni fioritures obtient une note virtuelle de 1€10 (ou 11/20 pour les tenants du système vigésimal) selon le président qui lui accorde l’appendice malgré des mouchoirs en petit nombre (on imagine la bronca). Au troisième toro, le plus jeune du cartel fait une prestation remarquée valant mettons 1€80 et la pétition est unanime ; les deux oreilles tombent même s’il manque un petit quelque chose.

            Dans la deuxième partie de cette course hors du commun, le matador le plus ancien, piqué au vif, réalise un effort malgré un animal assez quelconque et obtient à nouveau un 85 sur cent. Malgré une pétition plus minoritaire qu’au premier, peut-on imaginer l’attribution d’un trophée compensatoire pour l’ensemble de l’après-midi ? J’observe qu’à Madrid c’est parfois le cas, les exigences étant supérieures au premier qu’au second. A chacun de voir : 1 est-il la valeur idéale ou minimale ? La question est là car si c’est le premier cas et que le président est quelqu’un d’exigeant il peut peut-être, en se justifiant sur l’ensemble de la course, faire un effort de générosité. Je poursuis ; au cinquième, le matador réalise une prestation intéressante, sans être transcendante (à 0,90) qui passe totalement inaperçue pour la plus grande partie du public et le président préfère ne pas attribuer de trophée considérant les circonstances et la récompense attribuée précédemment. Pour le dernier, j’imagine deux scénarios : le torero réalise une prestation comparable à la faena du quatrième avec une demande de la part du public assez comparable, c’est-à-dire maigre et le président, pour ne pas verser dans le triomphalisme refuse l’octroi du trophée eu égard encore à la prestation d’ensemble, suffisamment bien rémunérée. Pour la deuxième option, le torero manque complètement de torería est utilise le descabello depuis de burladero : dans un  cas comme celui-là, la sortie a hombros ne devrait-elle pas pouvoir être refusée malgré les deux oreilles coupées ? Bien-sûr, nul règlement n’évoque cela.

            Certains verrons dans cette réflexion un certain laxisme mais force est de constater que les discours et les faits ne se rejoignent pas toujours. Exigence n’est pas intransigeance.

 

 

 


Mar 14 2020

Don Temple

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Urdiales est un artiste dans le sens le plus noble du terme. Il n’y a pas chez lui la recherche d’une beauté artificielle, points de poses et de pointes, de postures à distance ou à toro passé mais du lourd, de la maîtrise, du naturel et du courage pour réaliser, face à des animaux souvent difficiles un toreo de réduction : réduire l’adversaire à sa volonté pour lui permettre de montrer toute l’étendu de sa bravoure, le montrer pour le mettre en valeur et par là-même la dimension incommensurable de son toreo fait de réduction de la vitesse. Avec Puerta nous avions Diego Valor et là nous sommes en présence de Diego Temple, car c’est bien le don premier de Monsieur Urdiales. Ce n’est pas un hasard si Curro Romero himself le suit un peu partout, comme une résurgence de lui-même. Des déplacements réduits à l’essentiel même s’il pratique le toreo de mouvement et le macheteo avec un art – je sais que cela semble un oxymore pour certains – et un classicisme un brin surannés incluant ce temple d’une extrême rareté en font un maître, un torero de torero, un idéal à atteindre plus qu’un modèle à suivre. Heureusement pour les figuras, la qualité et la quantité sont souvent incompatibles. Son toreo est possible avec divers encastes mais pas avec tous les toros. A la véronique c’est un aussi un géant et même face à des pupilles d’encaste Albaserrada il donne de cette suerte une interprétation magnifiée ; il est donc en ce sens meilleur que Curro et Morante réunis.

Diego Urdiales est né à Arnedo, dans la Rioja, le 31 mai 1975. Le 21 mars 1992 il débute avec picadors dans son village où il obtiendra le prestigieux Zapato de Oro en 98.

Il prend l’alternative le 15 août 1999 à Dax des mains du maestro Paco Ojeda et avec un lot de Diego Puerta. Quoique considéré depuis toujours comme un torero de classe, celui que l’on doit désormais appeler Don Diego a été confiné longtemps à des corridas de village et quelques prestations dans des arènes de saison sans grand succès jusqu’au jour où tel un ouragan il a tout balayé sur son passage démontrant qu’il était à lui seul, comme disait Rafael de Paula, une classe de torero.

C’est le 8 juillet 2001 qu’il avait confirmé ce doctorat des mains de Frascuelo et face à des toros de Guardiola. En 2005, c’est aussi d’un guardiola qu’il obtient une oreille chez lui à Logroño, pourtant la campagne suivante se résumera à un unique festival. En 2007, il obtient la grâce à la maison de Molinito de Victorino Martín en coupant une queue symbolique (plus deux oreilles de plus à des toros de Victorino et Cebada). La campagne suivante est bien plus prolifique avec des ponctuations à Saint-Sébastien et Bilbao, où on aperçoit la dimension qu’il va acquérir, mais surtout à Madrid devant un victorino pour la feria d’Automne.

Le 2 mai 2009, il renouvelle ce succès dans la capitale espagnole puis en fait de même à Bilbao (là avec un autre victorino), qui seront dès lors ses deux arènes de prédilection; il donne aussi un aperçu de son art à Saint-Sébastien avant d’essoriller un Torrestrella à Logroño et de donner une vuelta dans la capitale des Espagnes. La capitale économique du Pays-Basque le verra encore toucher du poil en 2010, 2012 et 2013 (Victorino à chaque fois), année où il réalise à Vic-Fezensac une faena mémorable mais c’est à Dax trois ans plus tôt qu’il était « rentré » en France en sortant a hombros des arènes qui l’avaient vu devenir matador avant d’obtenir aussi un trophée lors de la feria du riz. En 2014, Urdiales triomphe à Mont de Marsan et à Dax puis à Logroño avant de couper une grosse oreille à Madrid à un toro d’Adolfo et une autre à Saragosse.

C’est la saison suivante qu’il obtient son premier succès d’envergure lors de l’Aste Nagusia face à des toros d’Alcurrucén. Il avait aussi coupé un appendice auriculaire à Dax et aussi à Saragosse après avoir triomphé à nouveau chez lui par deux fois. Nouveau triomphe à Bilbao en 2016, encore avec les núñez d’Alcurrucén. Après une temporada 2017 très discrète, c’est celle d’après qu’il casse la baraque, renaissant tel le sphinx : Grandes Portes à Bilbao et Madrid avec un toreo stratosphérique en 6 corridas seulement, se consacrant définitivement après 20 ans de métier, le temps de la maîtrise en toutes choses il est vrai. Si quantitativement 2019 a été une bonne moisson elle n’aura pas donné lieu à de réels chef-d’œuvres, quelques esquisses tout au plus.


Feb 28 2020

Au pays des toros (38)

Publié par Giraldillo dans Non classé      

On limite souvent l’activité taurine au Pays Basque aux capitales provinciales que sont Bilbao, Saint-Sébastien et Vitoria mais on a vu qu’il existait des arènes à Trucios (Au pays des toros 31) et Orduña, patrie du regretté Iván Fandiño, en Biscaye, en plus de celles, plus célèbres, d’Azpeitia (9), dans la province de Guipuzcoa où nous restons aujourd’hui, d’abord à Cestona ou Zestoa où on va s’arrêter brièvement.

Comme dans beaucoup d’autres endroits de la péninsule ibérique, la place du village, plaza de los Fueros, se transforme pour les fêtes annuelles, début septembre, et ce depuis 1670, en arènes dont la capacité se situe autour des 2000 places.

Peut-être verrons-nous prochainement, après la fin des travaux prévue en 2020, le retour des toros dans les magnifiques arènes de Tolosa. Espérons-le.

 


Feb 10 2020

5 ans après, toujours Charlie

Publié par Giraldillo dans Humeur      

On a le droit d’être en désaccord mais la violence contre les personnes n’a aucune circonstance atténuante.

Vive la liberté !

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Jan 15 2020

Les fondamentaux du toreo

Publié par Giraldillo dans Toreo      

Aguantar, mandar et templar puis ligar et enfin cargar ?

            On aurait pu écrire les fondamentaux de la lidia mais il est sous-entendu que pour qu’il y ait toreo il faut maîtriser la lidia et on ne saurait confondre faire passer un toro et le toréer.

            Chacun de ces fondamentaux est à définir et à préciser :

En début de lidia

Fixer le toro, le conduire au centre et l’arrêter (parar : dans le premier canon classique issu du toreo belmontien c’est bien le toro qui doit être arrêté pour réaliser le toreo moderne qui fait passer l’animal)

Conduire le toro au cheval et le placer

– Eviter les coups de cape inutiles et tout faire avec parcimonie et sans brusqueries

En début de faena

– Tenir l’estaquillador dans sa partie centrale et la muleta plane, de face

– Donner à chaque animal ce qui lui convient : soumission ou soulagement mais en ouvrant  le chemin, en le faisant répéter et sans accrocher la muleta (donner le bon rythme voire lui imposer le tempo le plus lent possible)

– Trouver la distance et le placement idoine : en se croisant ce qu’il faut en fonction de l’animal, pas toujours sur la corne contraire, parfois seulement au fil de la corne, jamais en dehors (fuera de cacho)

– Supporter immobile la charge de l’animal (aguantar) et réduire les déplacements au maximum (juste pour retrouver le sitio)

– Respecter les 3 temps en aimantant la charge bien en avant (citar et enganchar) puis, au milieu de la passe, en pesant sur la charge avec la jambe d’appui (mandar ou cargar la suerte selon les définitions) avant d’allonger la passe au maximum pour marquer la sortie (rematar)

En milieu de faena

– Montrer l’animal sur les deux cornes

– Toréer en le soumettant par le bas même si le toréer avec temple à mi-hauteur a aussi sa valeur

– Eviter les recortes inutiles qui cassent l’animal mais le rompre en toréant pour l’obliger à faire ce qui lui coûte, charger en rond autour de la jambe d’appui, vers l’intérieur en terminant derrière la hanche

Fin de faena et mise à mort

– Choisir un final de faena qui convient au toro, si possible dans des naturelles de face ou dans des aidées à mi-hauteur ou par le bas selon les cas

– Placer le toro dans la suerte contraire ou naturelle selon ses caractéristiques

            Même si on imagine toujours la faena idéale, un toreo en mouvement, sur les pieds, imparfait, légèrement accroché, les passes incomplètes, d’une en une, avec un animal « encasté », accrocheur, ne possédant qu’une demi charge, ayant tendance à se serrer et au port de tête altier peut avoir un mérite énorme et donner de grands moments d’émotion quand on ressent que l’homme a extrait toutes les possibilités de l’animal. Il n’y a pas une seule manière de toréer ni une seule manière de triompher. A chaque animal sa lidia.

            Précisons aussi que le toreo rêvé que nous appelons tous de nos vœux est presque un mirage et que réaliser une passe en point d’interrogation, avec un double déplacement n’est possible qu’avec une composante suffisante de noblesse, c’est-à-dire avec un animal à la charge suffisamment franche, qui baisse la tête et surtout lorsqu’il est progressivement dominé mais qu’il a encore la force suffisante pour supporter ces contorsions contre-nature ; cargar la suerte dans l’acception idéale que nous lui donnons n’est possible qu’en fin de faena ou éventuellement, dans le meilleur des cas, dans la première passe d’une série lorsque l’animal vient de loin mais est antinomique avec le concept de liaison.


Dec 22 2019

Bonnes fêtes

Publié par Giraldillo dans Non classé      

Marina Heredia, La Gran Faena : « el toreo empezaría en el ruedo de asserrín de aquella carpintería. […] el torerillo divino ensayaba su faena […] La Virgen tenía sin darse cuenta en su mano un nevado pañuelo de presidenta. […]  Mejor que no supiera que su Hijo moriría en un ruedo de madera. Moriría par darnos una barrera de sol. […] No en vano, entre tinieblas, mató a volapié de luz, a la muerte aquel torero. » (pur blasphème païen-taurin dans cette métaphore déguisée de christianisme).

On parle parfois à propos de notre Passion de religion immanente, refermée sur le cercle de l’arène où nos grands-prêtres, comme ceux de Mithra, célèbrent le rite du sacrifice du toro, mais où, sous-jacentes, sont également présentes des forces invisibles : les duendes, personnages telluriques sortis du monde souterrain, l’Ange venu du ciel et tout notre Panthéon de martyrs, à commencer par le mythe Gallito dont on commémorera le 16 mai prochain le centenaire de la mort en attendant toujours sa résurrection sous la forme d’un nouvel enfant prodige.


Dec 1 2019

El Cid matatoros

Publié par Giraldillo dans Non classé, Portraits      

Manuel Jesús Cid, alias “EL CID” s’en va : rétrospective d’une carrière.

          Ce Paco Camino du XXIe siècle s’est incontestablement fait un nom durant ses vingt ans d’alternative à partir d’une capacité remarquable et surtout d’un poignet gauche exceptionnel. Torero de Madrid, il y a perdu un certain nombre de triomphes à l’épée mais maintenant qu’on a un regard sur l’ensemble de sa carrière on peut dire qu’il a manqué d’ambition ou de personnalité au moment où il aurait pu devenir un torero d’époque. Son toreo de qualité ne s’est jamais départi d’une certaine froideur et c’est ce qui a empêché Séville de se livrer pleinement à lui malgré son concept classique et sévillan, ses 4 Portes du Prince et ses 23 oreilles.

         Il est né à Salteras, près de la capitale andalouse, le 10 mars 1974. Le 2 mai 1999 il coupe un trophée pour sa présentation comme novillero dans les arènes de la Maestranza, cinq après ses débuts avec picadors.

         L’année suivante, il prend l’alternative à Madrid des mains de David Luguillano et en présence de Finito de Córdoba le 23 avril 2000 avec le toro Gracioso de José Vázquez, avant de recevoir un grave coup de corne dans ces mêmes arènes qui deviendront les siennes, bien plus que celles de sa ville natale.

         Spécialiste des corridas dures durant ses premières années de matador, il acquiert la catégorie de figura en 2005 en sortant par deux fois en triomphe des arènes de Séville, le 27 mars, Dimanche de Résurrection puis le 7 avril, cette fois avec des toros de Victorino Martín, avant d’en fairede même à Madrid le 3 juin avec le même fer.

         En 2006, il ouvre à nouveau la Grande Porte de Las Ventas le 22 mai puis obtient sa troisième Porte du Prince le 23 septembre pour son encerrona qui se solde par un bilan de 4 trophées (deux d’un victorino).

         Il est dans la meilleure partie de sa carrière et les triomphes s’enchaînent l’année suivante : triomphe sévillan le 19 avril, à nouveau avec les toros du A couronné, puis trois autres oreilles à Pampelune et quatre à Bilbao (deux du cinquième) pour son encerrona avec les toros du « Cateto », qui lui doivent tant. La saison se clôt avec un nouvel appendice pour la feria de San Miguel.

El Cid lors de sa geste basque : libération de la tension après

l’intensité de la solitude épique

La saison 2008 débute bien avec une oreille de plus à la Maestranza à Pâques puis se poursuite avec une grande faena à Madrid avec un toro de El Pilar même si c’est d’un victorino qu’il obtient une oreille.

         Le déclin du Cid commence en 2009 et même s’il se maintiendra dans les ferias pendant 10 ans il ne sera plus que l’ombre de lui-même. Il reçoit cette année là un coup de corne à la cuisse à Pampelune puis une autre à Navalvarnero au mois de septembre.

         L’année 2010 fait renaître l’espoir, à Madrid et à Pampelune et la saison suivante est meilleure faisant penser à un torero retrouvé : il coupe une oreille à Séville à la fois pour la feria d’Avril puis pour celle de San Miguel et aussi à Madrid et à Bilbao.

         Il faut attendre le 4 octobre 2013 pour le voir réaliser une grande faena à Madrid mais son talent d’Achille aux aciers, qui avait retardé son ascension dans les premières années de sa carrière, l’empêche de triompher. En 2014 il coupe une oreille d’un victorino à Bilbao, des toros qu’il torée de moins en moins puis échoue dans un 6 contre 1 madrilène en 2015 face à des toros de ce fer.

         Les dernières années sont encore un cran en-dessous sauf la toute dernière où le torero fait honneur à son nom surtout dans la deuxième partie de la temporada : oreille à Séville pour sa despedida, vuelta à Madrid et double trophée à Saragosse.


Nov 1 2019

La bonne conscience

Publié par Giraldillo dans Humeur      

             Protéger nos enfants ? Les protéger de nous-mêmes, de ce que nous sommes, de ce que nous aimons et souhaitons leur transmettre ? Avec le projet de loi visant à interdire l’entrée aux corridas de mineurs de moins de 16 ans la liberté se meurt encore un peu plus au bénéfice d’une prétendue protection.

            Il faut suivre une norme; la morale républicaine frappe à nouveau : après son côté laïcard voilà que c’est son côté paternaliste qui ressort.

            L’interdiction du voile à l’école est une chose mais pour les lieux publics il s’agit d’une restriction claire des libertés. Pourquoi ne pas interdire l’uniforme ecclésiastique, la kippa, les rastas, les turbans, les vêtements blancs des santeros cubains, les processions de semaine sainte, les tenues de communiants….

            Récemment, j’entendais à la radio qu’il y a actuellement un problème de recrudescence de violences sexuelles chez les mineurs. L’interdiction de la pornographie aux moins de 18 ans est-elle respectée ? Qui peut le croire ? Il y a là un problème réel. Hiérarchisons les priorités.

            Les mangas ne sont-ils pas violents ? Interdisons-les. Et ne parlons pas des jeux-vidéo !

            Accompagner papi à la chasse ? Interdit ! Regarder à la télé un lion manger une gazelle ? Interdit ! Tuer le cochon ou l’agneau en famille ? Interdit !

            Laisser un enfant SEUL devant une tablette voilà qui est violent. Ne pas l’écouter et donc ne pas répondre à ses interrogations (de plus en plus larges avec internet et l’avalanche de sujets déversés sans filtres), c’est ça qui peut perdre un enfant. L’éducation c’est un cadre et un accompagnement qui font de plus en plus défaut.

            Et que dire des vieux qu’on cache aux enfants dans certains mouroirs : violence par omission. On les empêche même parfois, là aussi pour les protéger, de leur dire un dernier adieu pour leur enterrement. On cache la mort au lieu de la mettre en scène pour mieux l’exorciser comme il a été fait, de différentes manières, dans toutes les civilisations pendant des siècles et des siècles. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’Halloween est autre chose qu’une fête commerciale !

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            Il y a quelques années de cela, j’avais retenu d’une conférence sur le thème de l’enfance et la tauromachie, que la violence symbolique est une nécessité dans la construction des individus et des civilisations. Pour résumer, le public de rugby est un public apaisé car il ressort d’un spectacle sportif où est mis en scène un combat comportant une violence régulée. A mettre en perspective avec le comportement d’une bonne partie du public de football censé être un sport de gentlemen. Il en va de même de celui du public de corridas, pacifique et stoïque en comparaison de celui des anti-taurins avec leur déferlement de haine à notre encontre quand ils nous honorent de ce qu’ils veulent être des haies de déshonneur sur le chemin des arènes. Une société sans violence est une pure utopie. Si on veut bannir toute violence orchestrée, celle-ci ressortira de manière absolument chaotique. Bref, il vaut mieux un bouc émissaire au sens propre avec sa valeur expiatoire et « exutorielle » que des boucs émissaires qui ont été cherchés de tout temps parmi des populations minoritaires accusées d’être responsables de tous les maux comme en témoignent un grand nombre de pogroms spontanés, en France notamment. Ce psychiatre spécialiste de l’enfance ajoutait qu’à son humble avis, à partir de dix ans un enfant pouvait tout à fait comprendre ce spectacle et commencer à appréhender son sens si tant est qu’on le lui explique, mais justement : le mineur n’est jamais seul aux corridas, il est toujours accompagné et nul n’y est traîné de force. Il s’adresse à un public avisé.

            Les anti-taurins ont hélas d’ores et déjà gagné le combat qu’il nous livre alors que nous n’aspirons qu’à vivre en paix et à assouvir notre passion, non pas notre soif de violence, comme ils disent. Car cette vision des choses prévaut clairement aujourd’hui : nous nous délectons de la souffrance animale, cela paraît évident à beaucoup. Ce texte n’est qu’un billet d’humeur et non une défense ordonnée de la Corrida mais il y a des choses à rappeler à nos détracteurs : la mort du taureau de combat ou toro (pour simplifier), bien que violente, est plus digne que la mort rapide dans un abattoir car, si on peut manger la viande du toro, on est là dans un rite sacrificiel certes mais surtout dans la célébration de la vie humaine qui recrée des mythes anciens en représentant d’une manière esthétisée la victoire de l’Homme sur la mort. Là où certains y voient un spectacle morbide et sanguinaire nous y voyons l’exaltation de la vie et la mise en valeur des qualités combattives du toro qui permettent parfois sa grâce ou le souvenir de son combat, nombreux étant les noms de toros dont on se souvient.

            Pour parodier Sartre, qu’on a vu parfois aux arènes d’ailleurs, mais qui parlait là de littérature, après tout, cela n’est pas si important, l’Homme peut fort bien se passer d’aller aux corridas… mais la nature peut tout aussi bien se passer de l’Homme. Il est clair pour quiconque a déterré un arbre pour le transplanter que cela représente un grand stress comme on dit maintenant à propos de tout et de n’importe quoi : il souffre. Voilà le combat du futur, s’occuper de la souffrance végétale. Pourquoi pas, après avoir stoppé, comme le propose L214, l’exploitation des animaux et leur consommation, arrêter de consommer des légumes et passer à l’alimentation du futur, des sachets de nourriture synthétique lyophilisée et remplie d’arômes.

            Au-delà de l’ironie, il y a une réalité objective à laquelle on accorde l’importance qu’on considère opportune. Même si on ne peut être contre que les procédures d’abattage soient respectées, il y a des exceptions à prendre en compte par rapport à l’idée d’une mort donnée gentiment (un oxymore dans tous les cas) ou « proprement » : l’abattage rituel, casher ou hallal, celui des poulets élevés à la maison, des homards ébouillantés, des poissons pris dans les filets… Même la pêche à la ligne n’entre pas dans le respect des droits des animaux autoproclamés.

            Et les droits humains, lorsqu’il y a conflit, ne sont-ils pas au-dessus de ceux-ci ? Les anti-spécistes répondent évidemment que non mais dans la déclaration universelle des droits de l’homme, article 27, il est indiqué : « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté ». Nous n’obligeons personne à aller aux Corridas mais nous, peuple du taureau, des zones landaise ou camarguaise, parfois héritiers de l’immigration espagnole, voulons continuer à pouvoir transmettre notre culture et ses valeurs, notamment celles de courage et de don de soi si contraires aux temps présents. Ceux qui ne sont pas de cette culture disent qu’elle n’en est pas. Pour eux sans doute, mais tant que nous continuerons à remplir les arènes de France, plus de 50, elle perdurera. C’est à nous d’en décider. La Corrida est un fait social, pas un sujet de salons. Nous ne faisons de mal à personne, surtout pas à nos enfants. S’il-vous-plaît, ne nous attaquez pas dans ce que nous sommes, c’est d’une rare violence. Nous sommes des êtres sensibles quoiqu’en pensent ceux qui nous dépeignent comme des barbares. Goya ou Picasso, entre autres, nous ont transmis un message sur ce qu’est la tauromachie, permettez que de futurs artistes boivent aux mêmes sources et trouvent leur future inspiration ailleurs que dans la morale « bambinesque » qui est à la vie réelle ce que le château de Disneyland est à l’histoire. Permettez que nos enfants puissent continuer à s’inscrire dans une lignée, c’est-à-dire que le lien, historique, culturel et social mais aussi générationnel ne soit pas rompu.