Oct 15 2018

Temporada 2018

Publié par Giraldillo dans Temporada      

Que retiendra-t-on de cette saison, au-delà des anecdotes ?

  1. Tout d’abord que le sceptre du toreo a changé de main : Roca Rey est incontestablement devenu le roi ; pas seulement le triomphateur de la saison. Pour sa troisième année chez les grands, le petit Péruvien est devenu un Grand du toreo. On peut regretter qu’il ne sorte pas du monoencaste mais… il a encore si peu d’expérience. Son toreo s’est malgré tout affermi, et son courage n’a pas vari ; il est beaucoup plus sûr malgré des prises de risques encore insensées. Parfois il montre de son art une version moins bouillonnante en conduisant le toro derrière la hanche avec une pureté indéniable et s’il a trouvé un style propre il a largement les moyens de le faire évoluer et de bousculer encore les schémas préétablis. Révolutionnaire ou évolutionniste ? Cela reste à voir mais on peut d’ores et déjà lui réserver une place dans l’histoire du toreo.
  2. Justice pour De Justo! Don Emilio a fait son trou, à la force du poignet. Révélé à nous depuis plusieurs saisons, celui qui est considéré comme le torero révélation de l’année en Espagne a en fait explosé. Capable devant tout type de bétail, il possède un toreo de grande valeur qui devrait le maintenir au sommet, d’autant plus que contrairement à certains jeunes qui sont montés trop vite au firmament, il connaît et savoure déjà la valeur de son ascension.
  3. La véritable nouveauté de l’année a pour nom Álvaro Lorenzo, qu’on avait vu à Madrid dans une grande faena en tant que novillero mais qui n’avait pas pu éclater au grand jour en raison d’une épée maladroite. Ce problème résolu, son triomphe à Madrid dans un pur classicisme fait espérer qu’il sera l’un des chefs de file de la nouvelle génération, ce que son récent triomphe à Saragosse pourrait laisser entrevoir. S’agira-t-il d’un espoir déçu comme pour les révélations plus ou moins fugaces de ces dernières années ?
  4. A mi-chemin de l’ancienne et de la nouvelle, López Simón obtient lui aussi un triomphe madrilène (ils sont quatre à peine à en avoir obtenu autant que lui parmi les toreros actuels, seul José Tomás fait mieux) mais son indolence passée ne convainc pas les bureaux, qui l’ont ostracisé, à l’instar d’un Talavante. Après avoir quitté une des familles historiques de la pègre taurine (dixit l’ancien apoderado de Fandiño qui a eu maille à partir avec certains d’entre eux), lui aussi est très irrégulier, il est vrai, mais autant que c’est un vrai artiste. « On torée comme on est » disait le premier d’entre eux ; aussi comme on se sent sur l’instant et Dieu seul sait, si tant est qu’il existe, combien il est difficile de puiser en même temps dans la force et dans la fragilité pour créer le grand œuvre : il y parvient au centre du monde taurin pour la cinquième fois, une prouesse ! Mais l’injustice la plus flagrante a été à l’encontre de celui qui avait déjà fait montre de ses qualités en plus haut lieu et qui les a revendiquées de manière exponentielle à partir de la fin août pour son troisième contrat en ressuscitant de façon vengeresse le toreo éternel : Urdiales s’impose à Bilbao pour la troisième fois avant de le faire à Madrid en Automne deux contrats plus tard. Les mêmes qui l’ont méprisé l’an passé vont se mettre à genoux : ainsi vont les choses, les toros finissent par mettre chacun à sa place.
  5. Continuons avec ceux de la nouvelle génération : Román se maintient en payant plusieurs fois le prix fort, Marín déçoit les attentes placées en lui après avoir été révélation l’an dernier, malgré une oreille lors de la feria de San Isidro,  puis paye un lourd tribu en fin de saison avec une blessure au visage. C’est encore Luis David qui s’en tire le mieux malgré un début de saison difficile. S’il lui reste encore tout à prouver, l’originalité de son toreo de cape en fait une attraction mais c’est au prix d’éclipser son grand frère qui ponctue tout de même à Madrid comme on dit. Fortes, malgré un concept irréprochable, ne s’envole toujours pas bien qu’il ait ouvert la saison madrilène par une oreille d’un victorino pour les Rameaux mais il continue à être châtié par le destin, ce qui soit dit en passant ne le fait pas reculer. D’autres aussi semblent éternellement voués au rôle d’espoir, années après années : Luque ou Garrido notamment qui ne parviennent pas à transcender leurs indéniables qualités malgré quelques succès ponctuels.
  6. Le drame a encore été trop présent dans les arènes cette année, d’abord avec le jeune Manolo Vanegas qui est toujours paraplégique puis avec le grand Ureña qui a définitivement perdu la vision d’un œil dans une véronique à l’image de son toreo tout entier, d’une beauté désespérée. L’issue du coup de corne à Thomas Joubert à Bayonne aurait également pu être fatale mais il semble s’en être bien sorti. D’autre blessures aussi ont été terribles, notamment celle d’El Galo. Heureusement, il y a aussi de bonnes nouvelles avec le retour de De Miranda suite à sa lésion médulaire, un torero de personnalité qui peut fonctionner.
  7. Pour le reste de l’escalafón, certains se maintiennent au plus haut niveau : El Juli, tout en passant le témoin, le maestro Ponce bien-sûr toujours au-dessus de tout et Castella qui fait plus que jamais partie du groupe des as dans la capitale espagnole. Perera fait une temporada mitigée, Manzanares réalise une saison franchement mauvaise même s’il est toujours le Prince de Séville et Morante travaille à mi-temps sans trop forcer son talent mais avec un retour en forme dans son rincón d’Andalousie ou quelques arènes de deuxième catégorie du nord. Ferrera, qui avait réussi à renter dans les meilleurs cartes réalise quant à lui une saison en demi-teinte qui risque de lui faire perdre ce statut privilégié. José Tomás est presque un mirage qui surgit comme un spectre quand et où il veut; une seule fois cette année, réunissant cette fois ses sectateurs au plus profond de l’Espagne, là où se séparent deux continents et se réunissent la mer et l’océan, sur l’île : « al-yasîra », comme l’avait appelé les Arabes.
  8. Pour la deuxième file, Manuel Escribano est toujours là en corridas dures où la notion de triomphe est toujours plus aléatoire. Chacón arrive dans le circuit après avoir été inclus (comme le précédent) dans celui de nos terres taurines françaises. Moral se maintient aussi comme un élément indispensable dans cette catégorie avec un toreo plus esthétique et aussi peut-être plus léger mais avec le temple pour maître-mot. Robleño, quand on n’y croyait plus (sauf à Céret), se rappelle au bon souvenir des aficionados à Madrid.
  9. Deux toreros importants de retirent vers une vie plus paisible : Padilla et Juan Bautista. Pour les autres français, l’espoir reste de mise pour Dufau qui rentre dans le club fermé des toreros ayant coupé un trophée à Las Ventas et pour Juan Leal qui en obtient un à Bilbao au prix du sang après avoir triomphé des pedrazas à Béziers. El Adoureño a pris l’alternative et chez les novilleros Dorian Canton se révèle alors que Salenc se relève en fin de saison, surtout en Espagne et notamment à Saragosse. Cependant, le triomphateur dans la catégorie inférieure a pour nom De Manuel.
  10. Chez les toreros modestes, Javier Cortés coupe une oreille à Madrid (avant de triompher à Santander) et Juan Ortega sort des ténèbres en en faisant de même le 15 août avec un toreo exquis. Aguado a très peu toréé mais cela ne l’empêche pas d’être l’un des très rares toreros à avoir coupé une oreille à Séville et à Madrid. Je pourrais en citer d’autres comme Cristian Escribano, plus que digne pour sa Confirmation, mais mon intention n’est pas d’être prolixe.

***

            En dehors des arènes, plusieurs choses ont également frappé mon attention. La première est à mettre au crédit de Simon Casas, qui, s’il n’est pas un saint de ma dévotion, a le mérite d’avoir eu l’un des coups de génie dont il est parfois capable. Peut-être le bombo (tirage au sort, par métonymie) n’aura-t-il pas un effet cataclysmique comme mais il sera à n’en pas douter salutaire… si tant est qu’il parvienne vraiment à l’imposer. Si c’est le cas, faire venir les figuras une seule fois avec les élevages qu’ils exigent sans qu’ils mettent de véto à leur collègues va nécessairement ouvrir des portes. L’expérience a le mérite d’être tentée.

            Côté animalistes, s’ils gagnent du terrain médiatiquement parlant, ils semblent moins virulents à notre endroit en élargissement le débat sur la question de la condition animale dans son ensemble (la condition humaine ne semble plus faire rectte) : les boucheries étant maintenant visées, ils montrent au grand public l’ineptie de leurs positions liberticides. C’est à Nîmes où ils ont été le plus actifs avec 200 activistes qui ont fait autant parlé que s’ils étaient 2 millions. Le journal Libération a été de leurs soutiens avec en particulier son article contre les sorties scolaires à Nîmes : les parents de ces gamins sont vraiment indignes ! C’est à un beau retour d’un paternalisme jacobin auquel on assiste, celui d’une forme de bienpensance et à l’apparition simultanée d’une totale absence de hiérarchisation dans les problèmes du monde.

            En Espagne, les insultes à la mémoire de Víctor Barrio et Iván Fandiño ont été pénalement punies grâce à la Fundación del Toro qui s’est alliée avec les organisations françaises et portugaises pour défendre la tauromachie auprès des institutions publiques, notamment européennes. Une instance publique, le PENTAURO, essaie aussi de faire avancer le schmilblick, sans que ses travaux n’ait débouché sur quelque chose de concret. Malheureusement, le leader de PODEMOS a eu l’idée d’un référendum sur la question taurine. Et demain pourquoi ne pas interdire la viande si les omnivores passent en-dessous de 50 % ? Voilà les combats qui pointent accompagnés de la fin des idées de tolérance et de liberté.

            Heureusement que l’ANPTE (association des présidents, l’équivalent du CAPAC en France), après sa reconnaissance officielle passée, défend sans esprit corporatiste les aficionados. J’en veux pour preuve le soutien apporté à Ana María Romero, vilipendée par les professionnels parce qu’elle maintient des critères sérieux en rapport avec la catégorie de Malaga comme arènes de première catégorie. D’un autre côté, cette même association a déjugé le président qui a refusé à Madrid une oreille majoritaire à Fortes ; justice contre l’arbitraire, à tous les niveaux.


Oct 5 2018

Ode au Pharaon

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Le temps passe inexorablement et les plus jeunes d’entre nous ne savent peut-être pas suffisamment qui a été la légende dont nous parlerons aujourd’hui. Voici une esquisse.

A la fois légère et profonde : pharaonique ! (photo ABC)

      Curro Romero fut un cas à part, du point de vu artistique mais aussi de sa longévité. Son temple était quelque chose d’incompréhensible : il endormait littéralement les toros avec la cape ou la muleta. Il fut l’exemple même du torero court; il faisait lever les aficionados de leurs sièges ou liquidait ses adversaires sans même essayer de les montrer. Il a ramené de Madrid des broncas mémorables, sortant souvent sous des jets de coussinets. Son répertoire était on ne peut plus limité, mais ce qu’il faisait frisait la perfection. Avec la cape sa véronique et sa « demie » étaient d’authentiques parangons, avec la muleta ses passes droitières et ses naturelles d’une extrême lenteur, à mi-hauteur, restent dans nos esprits comme un modèle de temple mais nous n’oublions pas non plus ses célèbres détails : trincherilla, kikirikí, recorte et changement de main à gauche, firma, passes aidées à mi-hauteur avec la muleta glissant langoureusement sur l’épaule et les côtes du toro, son jeu de poignets ou sa passe aidée un genou à terre au temps de sa jeunesse… et aussi l’ineffable. Il avait besoin de son toro – pas toujours celui qui paraissait le plus facile – pour réaliser son Art, un toreo pur, sans concessions, sans trucages, recours ou avantages – la dizaine de coups de corne graves qu’il a subies sont là pour en témoigner – souvent sans toques, le leurre lisse, et le compas légèrement ouvert.

     Il est sorti cinq fois par la Porte du Prince de sa Séville natale où plus qu’un Roi il était un Pharaon, lui le payo, vénéré par les Gitans que les Espagnols ont confondu avec les Egyptiens. Mais c’est dans toutes les sphères de la société qu’il recrutait ses partisans, remplissant ses arènes jusqu’à la fin malgré ses longues traversées du désert (du Sinaï ?). Il y a coupé pas moins de 49 oreilles pour son étape de matador. A Madrid aussi il a été compris (chose dont il avait besoin pour se lâcher comme on dirait aujourd’hui), ce qui n’a pas été le cas  partout, et il y a triomphé en 7 occasions (3 fois pendant la feria de San Isidro) plus deux sorties a hombros par la porte des quadrilles. Mais ce torero classique avait les contrastes du baroque : pour les zones d’ombre, on ne peut passer sous silence les 7 toros qu’il n’a pas réussi à tuer, ce qui n’est finalement pas tant pour une carrière si longue. Peu importait d’ailleurs aux curristas, ses fidèles partisans au brin de romarin, son emblème, qui, patients, payaient leur entrée pour le voir au moins réaliser le paseo avec son incomparable majesté mais qui avaient toujours le secret espoir qu’il réalise trois passes et un détail ou, pourquoi pas, l’une de ses géniales faenas quand bien même il aurait comme tant de fois, perdu les trophées à l’épée, un outil qui fut toujours son talon d’Achille. Il réalisait cependant parfois la suerte suprême avec une apparente facilité mais sans s’engager, ce qui est peu dire, a paso de banderilles, en partant sur le côté et en clouant l’estoc avec la pointe des doigts. Cet esthète raffiné n’appréciait d’ailleurs pas de se rapprocher suffisamment du toro pour se tâcher de sang et même lorsqu’il coupait une oreille il la changeait aussitôt pour un rameau éponyme dont son toreo renfermait les essences. Les jours où il était à l’affiche dans sa Maestranza, on disait d’ailleurs : « huele a romero » (ça sent le romarin) et il est vrai qu’il y avait toujours une Gitane dans le quartier d’El Arenal pour nous vendre un brin de cette plante tellement méditerranéenne.

      Bref, Curro Romero était la grâce incarnée, une idée toute andalouse d’une facilité innée et il suscitait l’attente comme personne par sa personnalité naturellement fantasque. Il n’était pas LE TORERO par antonomase mais il était un torero nécessaire, loin du toreo stéréotypé, oscillant entre des bassesses bien humaines et une grandeur toute pharaonique. Comment un être aussi couard et désastreux pouvait-il se transfigurer quelques fois, se piquer au vif pour déboucher le flacon secret et nous donner ce spectacle de beauté pure à partir du chaos ? Lui parlait des duendes, autant parler de mystère.


Sep 22 2018

Au pays des toros (36)

Publié par Giraldillo dans Non classé      

Nous avions déjà écrit quelques lignes sur les arènes du nord de la province de Huelva (Campofrío, la plus vieille d’Andalousie, Cortegana, Almonaster et Santa Olalla) dans le n°2 de cet encart mais nous avions oublié une plaza atypique qui se situe dans la cour d’un château arabe, celui d’Aroche, tout près de la frontière du Portugal. D’une capacité d’un millier de spectateurs, ces arènes ont été emménagées en 1800 dans cette enceite du IXe siècle

Il y a aussi dans cette province, près d’Aracena, des arènes singulières à Linares de la Sierra (à ne pas confondre avec les tristement célèbres arènes de la province de Jaén), sur la place du village.

De l’autre côté d’Arecena, village très taurin également, on trouve des arènes très coquettes à Corteconcepción.

Rappelons qu’à quelques kilomètres de là, dans la province de Badajoz, se trouvent aussi des arènes serties par les murailles de château, à Fregenal de la Sierra.


Sep 15 2018

Sa Majesté fête ses 20 ans de règne

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Julián LÓPEZ  ESCOBAR  “EL JULI

Ce fils de torero est né à Madrid le 3 octobre 1982. Il a été élève de l’Ecole taurine de Madrid avant de réaliser une étape météoritique en tant que novillero. Il a en effet pris l’alternative à Nîmes le 18 septembre 1998 à seulement 16 ans. Le 5 février 1999 il a coupé trois oreilles dans les arènes de la capitale mexicaine et le 23 avril suivant il a obtenu les trois trophées qui lui auraient permis de sortir par la mythique Porte du Prince s’il n’avait pas été blessé. Le 15 juin 2000 il remporte sa première oreille madrilène comme matador puis une queue à Saragosse le 12 octobre pour clore une première saison triomphale. En 2001, il obtient un double trophée à Séville le 3 mai puis il sort deux fois consécutives par la Grande Porte de Pampelune. Le 22 août il coupe deux fois une oreille à Bilbao à des toros de Victorino Martín, une prestation qui lui donne une dimension de lidiador, car c’est un torero doué d’une aussi grande technique que d’un grand courage. Les aficionados auraient cependant aimé le voir plus souvent face aux élevages réputés les plus difficiles à partir de cette date. Le jour suivant il écrivit un paragraphe de plus pour construire sa légende en étant le premier torero en quinze ans à essoriller un toro dans les arènes basques de Vista Alegre : ce toro lui laissera des stigmates à la bouche et au nez. En 2002, il sortit deux fois en triomphe de la Monumental de Insurgentes, coupant une queue le 5 février. Il triompha aussi dans ses arènes fétiches de Pampelune et Bilbao où il coupa trois oreilles à son lot de Torrestrella le 23 août après avoir gagné un appendice d’un victorino deux jours avant. Le 5 février 2005, il gracie Trojano de Montecristo à Mexico en réalisant une grande faena. Lors de l’Aste Nagusia 2005, il triomphe à nouveau avant d’attaquer la saison suivante en obtenant une oreille de poids pendant la San Isidro puis de rééditer ses exploits à Bilbao fin août. Le 5 février 2007 il triomphe une nouvelle fois dans l’ancienne Tenochtitlan puis sort enfin a hombros des arènes de Las Ventas le 23 mai. En 2009, il est l’auteur d’une bonne prestation à Séville où il perd la Porte du Prince aux aciers mais coupe deux fois une oreille en deux corridas; s’ensuivent trois trophées pour les sanfermines et un pour l’Aste Nagusia lors d’une corrida en solo suite au forfait de Perera.

El Juli débute la deuxième décennie du XXIe siècle sur le même rythme que la précédente avec un triomphe dans la capitale aztèque puis obtient une Porte du Prince le 16 avril avant un double trophée quatre jours plus tard. Le 12 juillet il obtient deux fois une oreille à Pampelune mais reçoit un coup de corne au  niveau du scrotum. Il passe ensuite par Bilbao en marquant un point. En 2011, il coupe deux oreilles à la Maestranza lors de la traditionnelle corrida du dimanche de Pâques avant d’obtenir une nouvelle Porte du Prince le 29 avril. Le 18 mai il fait en sorte de ne pas être en reste en coupant une oreille face à un Manzanares qui obtient l’ouverture des battants sang de toro de Las Ventas. Il triomphe aussi doublement pour les sanfermines : 3 oreilles le 12 juillet et 2 le 14 mais on doit lui faire 15 points de suture à Bayonne le 5 août, ce qui ne l’empêche pas de sortir par la Grande Porte à Bilbao le 23. En 2013, il sort en triomphe des arènes de Séville lors du dimanche de Résurrection après que le public ait sollicité l’octroi d’une queue mais le 19 avril il est encorné au niveau de la cuisse. En août, il rajoute à son palmarès une nouvelle Grande Porte à Bilbao. L’année suivante il remporte une oreille à Madrid et à Bilbao et triomphe à Pampelune, témoignant encore d’une grande régularité même lorsqu’il ne triomphe pas de manière absolue. C’est ce qu’il fera par exemple pour les Fallas de 2015 en repartant avec 5 appendices dans sa besace. A Séville, il connaît cette année-là les deux faces de la monnaie : une oreille et un coup de corne dans le fessier. En 2018 il est à nouveau imparable avec une nouvelle Porte du Prince.

On annonce son déclin depuis longtemps et pourtant, Julián López est toujours là et il a même été le Roi de ces deux décennies (au moins jusqu’à l’apparition de Roca Rey le bien nommé), celui qui décide, sinon de tout, de beaucoup, notamment de la confortation du mono-encaste.  Instigateur du G10 puis du G5 il entend maintenir son influence et a réussi après son boycott des arènes de Séville à faire partir l’héritier Canorea. Il a arrêté de banderiller lors de la saison 2005 de manière à ce que la variété de son toreo de cape et la puissance de sa muleta soient mieux appréciées. Torero moderne, il n’a rien d’un artiste mais ne manque assurément pas de personnalité. Toréant parfois de manière baroque, il laisse traîner le leurre pour mieux dominer ses adversaires et enchaîne, tel Ojeda, les passes dans un mouchoir de poche. On peut toutefois lui reprocher un toreo profilé et une manière de tuer sortant de la suerte. Torero intelligent et habile, il s’engage quand l’occasion le requiert et si son torero manque de pureté il n’a rien de léger. El Juli, qu’on le veuille ou non, est un torero d’époque, au même titre qu’Enrique Ponce ou José Tomás, un incontournable de la tauromachie du XXIe siècle.


Juil 7 2018

Un élevage à l’honneur (100)

Publié par Giraldillo dans Campo      

L’élevage Virgen María commence à devenir incontournable en novilladas. Après son succès à Mont de Marsan en 2016, c’est à Istres qu’il sort un autre grand lot.

C’est le français Jean-Marie Raimond, associé à l’éleveur arlésien Olivier Fernay, qui l’ a créé en 2004 avec du bétail de Jandilla, Vegahermosa et Esteban Isidro. Depuis 2012 il suit son propre chemin en terres espagnoles.

Photo provenant du site officiel de la ganadería

 

Encaste : Domecq

Ancienneté : 2010

Devise : bleu ciel, blanc et bleu ciel

Mayoral : Andrés Tirado

Les animaux de ce fer paissent désormais dans le domaine El Serrano situé entre Guillena et El Ronquillo.

Disposant de neuf étalons, l’ambition de l’éleveur est d’atteindre le chiffre de 5 corridas et deux novilladas.

Le deuxième fer, nommé Santa Ana possède une origine Marqués de Domecq qui le rend plus piquant.

N.B. : elle ne doit pas être confondue avec un autre élevage espagnol dont les propriétaires sont aussi français (le duo Pagès-Margé), celle d’Ave María.

 


Août 27 2017

Dámaso : le chaînon manquant

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Dámaso González Carrasco, né à Albacete le 11 de septembre 1948, s’est éteint à Madrid le 26 août 2017.

Il a revêtu l’habit de lumières pour la première fois en 1966, après avoir participé à de nombreuses capeas, se forgeant à l’ancienne. Il a ensuite débuté avec picadors dans sa ville natale le 8 septembre 1968. Sa présentation madrilène eut lieu le 1er juin 1969 puis il sortit par la Porte du Prince le 15 de même mois. Notons également, pour son étape de novillero, l’octroi de deux queues dans des arènes aussi importantes que Barcelone ou Valence. Il reçut l’alternative à Alicante des mains de Miguelín et en présence de Paquirri, le 24 juin 1969 avec le toro Gañolote de Flores Cubero.  Il la confirma le 14 mai 1970 parrainé par El Viti qui lui céda Barranquillo, de Francisco Galache, mais c’est de son adversaire suivant qu’il obtiendra son premier trophée à Las Ventas. Il devra attendre le 25 mai 1979 pour y couper les deux oreilles d’un toro de La Laguna avant de renouveler un triomphe, dans une corrida de Torrestrella, le 21 mai 1981. Il se retira des arènes en 1988 après avoir été encorné au ventre, une blessure infligée par un toro de Miura. Il s’agissait là de son neuvième coup de corne grave. En 1992 il réapparut pour prendre définitivement sa retraite en 1994.

Dámaso face à un mastodonte de Miura (photo Aplausos)

Dámaso González a été un torero dominateur qui peut être considéré comme le précurseur du toreo de Paco Ojeda, basé sur l’immobilité absolue. Il s’agissait d’un torero tremendista, débordant de courage et de pundonor. Si son esthétique était pour le moins discutable il était capable de toréer les toros les plus compliqués en leur appliquant la recette (secrète) du temple. Il a coupé 9 oreilles à Madrid, en sortant deux fois a hombros lors de la feria de San Isidro contre deux trophées à Séville.


Août 13 2017

Il y a 20 ans…

Publié par Giraldillo dans Portraits      

… ou presque, prenait l’alternative José Antonio Morante  Camacho,

« MORANTE de LA PUEBLA »

 Il est né à La Puebla del Río (Séville) le 2 octobre 1978.

Il a pris l’alternative à Burgos le 29 juin 1997 des mains de César Rincón, qui lui a cédé Guerrero de Juan Pedro Domecq. Le 21 avril 1998 il a coupé les deux oreilles de Parón de Gavira lors de sa présentation comme matador à Séville ce qui lui valut d’être déclaré triomphateur de la feria. Il fit sa confirmation d’alternative le 14 mai 1998 quand Aparicio lui céda Hospedero de Sepúlveda. En été, il coupa une queue au Puerto de Santa María et termina sa première saison complète en coupant les deux appendices d’un toro à Saragosse. Le 19 avril 1999, il sortit par la Porte du Prince lors d’une course de Guadalest avant de réaliser une grande faena à Malaga en plus de couper une oreille à Bilbao où il tua recibiendo comme à Dax; à la fin de la temporada, il se fractura plusieurs vertèbres. Le 29 avril 2000, il coupa dans ses arènes de la Maestranza les deux oreilles d’un toro de Victoriano del Río après là aussi avoir tué a recibir. Son second lui infligea malheureusement deux coups de corne. En 2001, il obtint une oreille à Madrid et perdit la Grande Porte à l’épée après une faena importante à un toro de Javier Pérez Tabernero. Il réalisa une autre grande faena en 2003 et créa un chef d’œuvre à Xérès le 12 octobre en coupant une queue lors du dernier toro d’une corrida en solo. Après une nouvelle encerrona, à Madrid cette fois, il interrompit sa saison 2004 en raison d’une dépression causée dit-on par des problèmes biologiques qui avaient commencé à se manifester l’année précédente mais il revint en 2005 pour notre plus grand régal comme le 7 mai à Xérès où il obtint à nouveau une queue après une estocade recibiendo. A Grenade aussi il y eut du ‘chant profond’ le 24 du même mois et à Aranjuez le 30 mais aussi dans des arènes importantes comme Valence, Barcelone ou Salamanque. En 2006, il obtint un nouveau trophée madrilène le 6 juin. Le 26 novembre, il réalisa une bonne faena à Mexico et reçut un double trophée. En 2007, pour ses dix ans de doctorat taurin, il coupe deux oreilles à Séville le 23 avril – une course triomphale où Talavante sort par la Porte du Prince -, à base de courage comme le démontre sa réception a portagayola. Il en va de même avec l’appendice gagné le 6 juin pour la Corrida de Beneficencia où il s’afficha comme unique matador : après avoir été blessé par le cinquième, le dernier toro lui permit un excellent toreo de cape, il le banderilla et le début de faena fut d’anthologie, à base de domination, avant que l’animal ne s’éteigne. Il se retira fin juin après avoir rompu professionnellement avec son apoderado, Rafael de Paula. Il réapparut cependant l’année suivante et coupa une oreille à Madrid pendant la feria de San Isidro et une autre pour la corrida de Beneficencia. 2009 fut une de ses meilleures saisons avec tout d’abord une oreille de poids à Séville le 26 avril quelques jours après y avoir toréé une corrida de Victorino Martín avec des réminiscences de temps oubliés cape en mains puis il fut déclaré triomphateur de San Isidro après avoir rêvé le toreo par véroniques le 21 mai. Il obtient un autre appendice à Pampelune le 14 juillet mais il reçoit un double coup de corne dans la cuisse le 7 août au Puerto et un autre à San Sebastián de los Reyes le 28 du même mois.

En 2010, il reçoit une oreille pour le dimanche de Pâques sévillan et triomphe à Xérès, Nîmes (une queue pour la faena de la chaise) et se montre sous son meilleur jour à la cape pour la corrida de Beneficencia dans une rivalité avec Daniel Luque. Le 23 août 2011, il obtient l’un de ses plus grands succès en essorillant un toro à Bilbao pour une faena commencée par des doblones d’antan. Le 19 novembre 2012, c’est à México qu’il triomphe mais connaît le revers de la médaille à Huesca en 2013 en recevant un coup de corne de trois trajectoires, l’une d’elles de 30 cm, ce qui ne l’empêche pas de couper une oreille de poids à Bilbao. Le 15 avril 2016, il obtient à nouveau un double trophée chez lui malgré un toro sans gaz dont il a par contre tiré tout le parti possible. Le 13 août 2017, au Puerto de Santa María, il annonce interrompre sa saison après une bronca.

Adulé par les uns, honni par d’autres, cet immense torero est capable de réaliser n’importe quelle suerte avec une saveur d’éternité. C’est un torero d’Art en majuscule mais il est beaucoup plus que cela. Ce n’est pas par hasard qu’il a triomphé dans des arènes comme Bilbao. Nous ne détaillerons pas ici son toreo car par définition l’ineffable ne peut être exprimé et cela un autre grand génie, Rafael El Gallo l’avait déjà dit. Une grande faena de Morante est rare, de plus en plus j’ai envie de dire, mais certains lances ou muletazos sont capables à eux seuls, pris individuellement, de nous transporter, de raviver la flamme du toreo qui sommeille parfois en nous. Pour l’anecdote et pour donner un aperçu du sentiment sévillan, cette phrase d’un vieil aficionado de la Maestranza s’adressant au jeune Maestro : « Fais-nous pleurer mon cœur ! » (¡Haznos llorá mi arma !).

Statistiquement, il a coupé 15 oreilles à Séville avec une sortie par la Porte du Prince contre 5 à Madrid.


Juin 23 2017

Gregorio Sanchez

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Il est né à Santa Olalla (Tolède) le 8 mai 1930. Son décès est survenu le 22 juin 2017.

Il torée comme novillero à partir de 1948 et il débute avec picadors à Guadalajara le 15 octobre 1952. L’année suivante, il reçoit deux coups de corne puis se présente à Las Ventas le 8 octobre 1954. Lors de la saison qui suit il est gravement blessé à Barcelone mais triomphe à Séville de 23 octobre. C’est dans ces arènes qu’il prend l’alternative le 1er avril 1956 – après avoir triomphé à Madrid le 11 mars – des mains d’Antonio Bienvenida mais il est accroché. Il subit le même sort quelques jours plus tard dans la corrida de Miura. C’est César  Girón qui la lui confirme le 14 juin et le 5 juillet il coupe les deux oreilles d’un toro, ce qui lui permet d’obtenir son premier triomphe à Madrid. En 1957, il triomphe trois fois dans la capitale espagnole, notamment le 13 juin où il coupe 4 oreilles  puis le 4 juillet où il en obtient 3 autres. Cette année-là il reçoit également un coup de corne. Pour la saison 1958 il est blessé trois fois mais il obtient un grand succès le 19 mai, à Madrid, ainsi que le 18 juin. En 1960 il obtient à nouveau trois succès sur la piste de Las Ventas : Montepío de Toreros, Corrida de la Prensa puis le 10 juillet. Il sortira également a hombros de cette plaza, quoique sans obtenir de trophées, le 13 mai 1961, aux côtés de Diego Puerta et El Viti. Il renouvelle cet exploit 6 jours plus tard (avec une seule oreille) après avoir occis 6 toros d’Atanasio Fernández suite aux blessures de Puerta et Camino. Il reçoit un coupe de corne à Palma de Mallorque en 1962 et à partir de là commence sa décadence même s’il continue à triompher ponctuellement à Madrid, comme en 1963. Il est encorné à Malaga l’année suivante et il triomphe une dernière fois à Madrid le 20 mai 1970 en coupant les 2 oreilles d’un toro de Juan Mari Pérez Tabernero, qui lui permet de sortir par la Grande Porte avec El Viti et El Cordobés, ainsi que le mayoral. Il prit sa retraite en 1973.

Gregorio Sánchez a été un torero d’un grand courage, plein de pundonor et capable de s’imposer à un grand nombre de toros. Il possédait également des manières classiques et il mérite sans doute une meilleure place dans l’histoire du toreo que celle qu’on lui a parfois donnée. Il a un coupé un total de 34 oreilles à Madrid et est sorti en triomphe à neuf reprises tout de même, dont trois lors d’une feria de San Isidro.


Juin 18 2017

Arènes sanglantes

Publié par Giraldillo dans Non classé      

On nous reproche de verser le sang des toros et quand un torero se fait tuer on dit que c’est bien fait pour lui. Où est l’Humanisme? Aujourd’hui, un homme est mort, encorné devant moi, à deux reprises. Si la blessure fait partie de la corrida, on ne peut accepter la mort de l’Homme. Et pourtant… elle surgit toujours à l’improviste et c’est elle qui finit par triompher de tout.

Je croyais avoir assisté à une bonne corrida de Baltasar Ibán avec une oreille coupée par Fandiño à son premier et une très bonne prestation de Juan del Álamo tout auréolé qu’il est de son récent triomphe madrilène. Je viens d’apprendre en rentrant chez moi, après 2h 45 de trajet que la représentation était bel et bien une offrande sans rédemption. Fandiño que j’avais vu toréé à Valence en solo, Fandiño que j’avais vu triomphé à Mont de Marsan, que j’avais vu coupé une oreille à Vic ne donnera plus aucune faena. On se souvient de sa manière de se jeter entre les cornes sans muleta pour occire son toro avant de sortir par la Grande Porte de Las Ventas en 2013. Torero républicain qui avait refusé d’offrir son toro au Roi, il les avait bien accrochées, au point de vouloir faire exploser le système en combattant 6 toros 6 des élevages réputés les plus durs, ni plus ni moins qu’à Madrid, Temple du toreo. C’était en 2015, ce fut un échec, on le sait. Depuis il était reparti de zéro, de village en villages. C’est dans celui d’Aire sur l’Adour qu’il rentre dans l’éternité.

Mes plus sincères condoléances aux siens, en commençant par son épouse qui lui a donné une petite fille il y a deux ans, et à Antoine, son valet d’épée, et Jarocho, son banderillero, qui assiste impuissant pour la deuxième fois en deux ans à la mort de son maestro.

Descansa en paz, Iván.


Juin 17 2017

In memoriam

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Iván Fandiño est né à Orduña, près de Bilbao, le 29 septembre 1980. Il a revêtu son premier habit de lumières en 99 puis a débuté avec picadors en 2002. Lors de sa présentation à Madrid, le 12 septembre 2004, il obtient un appendice auriculaire d’un novillo de Navalrosal.

Il prit l’alternative dans la capitale de Biscaye le 25 août 2005 avec le toro Afrodisiaco d’El Ventorrillo, parrainé par El Juli et en présence de Salvador Vega. Ce n’est que le 12 mai 2009 qu’il confirma son doctorat accompagné à l’affiche par Ferrera et Morenito de Aranda. Cette année-là il obtient un trophée à Bilbao deux ans après le premier. En 2010 il coupe une oreille à Madrid à un toro de Guardiola Fantoni et reçoit un coup de corne chez lui. Il devient l’un des toreros préférés de l’afición madrilène en 2011 en coupant 4 oreilles sur l’ensemble de la saison mais un toro lui inflige une grave blessure à Malaga. 2012 commence fort à Valence puis à Séville (oreille et deux vueltas face aux victorinos) avant d’obtenir un nouvel appendice à Las Ventas. Il triomphe aussi à Pampelune et coupe deux fois une oreille à Bilbao où il renouvellera une excellente prestation l’année suivante. Il est unanimement considéré comme le triomphateur des saisons 2012 et 2013, en Espagne comme en France où il a été hissé vers les cieux à Arles, Mont de Marsan, Bayonne ou Dax. La Grande Porte ne veut cependant toujours pas s’ouvrir à Madrid où il coupe une nouvelle oreille alors que la corne d’un toro lui transperce la cuisse droite le 22 mai 2013. A l’automne il touche encore du poil puis au printemps suivant c’est la consécration, le 13 mai avec la sortir a hombros tant désirée avant de couper sa onzième oreille à Madrid lors de la corrida de Beneficencia. Il triomphe totalement à Mont de Marsan face à des laquintas pour la troisième année consécutive, un an avant son mano a mano non moins triomphal face à Ponce. Le reste est connu, il est plus facile d’arriver au sommet que de s’y maintenir dit-on. Pour Iván ce fut une chute en enfers à défaut d’atteindre le firmament pour son solo de 2015. Depuis le 17 juin 2017 c’est au paradis des toreros qu’il a élu résidence car il est mort comme il a vécu, en Torero.

Son toreo était sec comme un été castillan mais d’une grande vérité, généralement croisé et la jambe en avant. Point de fioritures. Comme tous les grands toreros basques, avec l’épée c’était un canon.