Nov 11 2018

Rivalités (VII)

Publié par Giraldillo dans Non classé      

José Tomás vs El Juli

Badajoz, 25 juin 2012

          Ceci est l’histoire d’une rivalité tronquée mais rivalité tout de même. On aurait préféré les voir plus souvent face à face sur les scènes les plus prestigieuses pour que l’afición se partage et s’enflamme et même s’affronte symboliquement mais une chose est claire : ils ont été avec le maestro Ponce, un poil plus âgé, les deux toreros les plus importants de ces 20 dernières années dans deux styles bien différents, le premier dans le classicisme le plus pur et sans concessions et le deuxième dans un toreo plus varié et moderne.

            Lors des derniers épisodes, le 14 août 2016, à Saint-Sébastien puis le 4 septembre suivant à Valladolid, chacun a montré ses arguments dans ce qui promettait être et fut finalement un grand moment de tauromachie dans le premier cas et un vibrant hommage à Víctor Barrio dans le second; numériquement le moins âgé des deux l’emporte à chaque fois mais dans le cœur des aficionados… L’important est que la Fiesta en sorte grandie quand ces deux géants se hissent à leur meilleur niveau.

            Voir José Tomás a l’affiche est depuis longtemps devenu chose rare mais le voir annoncé face à El Juli est un événement encore plus exceptionnel, cependant dans leur première étape, qui commence à remonter il est vrai, ils se sont affrontés plus d’une quarantaine de fois. L’un de mes plus grands souvenirs de corridas est d’ailleurs l’une de ces confrontations, le Dimanche de Pâques de 2001 à Séville où l’ambiance était électrique dans une alternance de l’éclair et du tonnerre pour obtenir la prééminence sur l’Olympe.

            La rivalité entre ces deux là a commencé à Lima fin 98 puis s’est poursuivie 18 fois l’année suivante. Parmi ces dates, la plus importante sans doute est celle du 13 juin à Barcelone, première rencontre en Espagne dans des arènes de première catégorie : 4 oreilles pour José Tomás dans ce qui sera son fief. Notons aussi que quelques jours plus tard, à León, a lieu une corrida où nos deux compères sont précédés d’Enrique Ponce dans un cartel cinq étoiles qui se répétera quelques fois (Puerto Banús et Haro cette même année). C’est à Mont de Marsan, le 20 juillet 1999 que débute leur rivalité sur le sol français mais c’est Manuel Caballero qui triomphe. En revanche, à Dax, le 13 août, avec le même cartel de toreros, c’est le torero de Galapagar qui l’emporte avec un trophée à chaque toro. Le lendemain il coupe un autre appendice à Donostia et le jour suivant a lieu une grande corrida dans la voisine Bayonne où César Rincón, José Tomás et El Juli sortent a hombros dans une corrida de Marca qui permet à chacun de couper 3 oreilles.

            Le 7 mai 2000 la rivalité se précise en même temps que ces deux jeunes toreros atteignent le firmament : José Tomás sort à nouveau en triomphe à Barcelone sous le regard d’El Juli. A Bilbao, le 16 juin, le trio magique se renouvelle mais seul le torero de Velilla touche du poil. Ponce accompagne à nouveau le binôme à Huelva le 3 août et c’est lui qui s’impose avec un double trophée même si José Tomás l’accompagne par la Grande Porte. A Valladolid les trois se retrouvent le 13 septembre  et ce sont les deux plus jeunes qui sortent a hombros. Six jours plus tard, cara y cruz, José Tomás est blessé à Salamanque et El Juli triomphe.

            Le 15 avril 2001 la confrontation a lieu au sommet, sur l’albero de la Maestranza : José Tomás sort par la Porte du Prince. Le 22 ils sortent tous les deux en triomphe des arènes de La Merced accompagnés de Finito. Le 25, à Cordoue, c’est El Juli qui prend sa revanche comme le premier septembre à Bayonne. Le 13 c’est Ponce, à Valladolid.

            Le 31 mars 2002 les deux madrilènes se retrouvent à Séville mais le succès de l’année précédente n’est pas renouvelé. José Tomás est sur le départ, les saisons longues ne sont semble-t-il pas pour lui. Le 31 août, à Bayonne, il est sifflé alors que le stakhanoviste Julián López obtient trois trophées. Du pareil au même à Salamanque le 10 septembre dans des affiches similaires avec Finito de Córdoba en ouvreur, puis le mythe fatigué se retire.

            Il faudra attendre cinq années pour que les deux grands toreros se revoient en piste : lors du mano a mano d’Avila du 22 juillet 2007 c’est El Juli qui remporte la mise, imparable. L’année suivante, le 20 avril, à Barcelone, une seule oreille, elle est pour El Juli. A partir de là les confrontations vont considérablement s’espacer : 3 oreilles chacun le 25 juin 2012 à Badajoz (avec Padilla en tête de l’affiche) avant les rencontres de 2016.

            La Corrida est un Art mais pas seulement. Les statistiques expriment quelque chose mais ne sauraient rendre compte de la puissance émotionnelle du toreo. Ceci dit, elles sont clairement à l’avantage d’El Juli, meilleur technicien que José Tomás : en 48 confrontations, 78 vs 66 oreilles et 27 vs 21 sorties en triomphe. Le reste est de l’ordre de l’ineffable.


Oct 15 2018

Temporada 2018

Publié par Giraldillo dans Temporada      

Que retiendra-t-on de cette saison, au-delà des anecdotes ?

  1. Tout d’abord que le sceptre du toreo a changé de main : Roca Rey est incontestablement devenu le roi ; pas seulement le triomphateur de la saison. Pour sa troisième année chez les grands, le petit Péruvien est devenu un Grand du toreo. On peut regretter qu’il ne sorte pas du monoencaste mais… il a encore si peu d’expérience. Son toreo s’est malgré tout affermi, et son courage n’a pas vari ; il est beaucoup plus sûr malgré des prises de risques encore insensées. Parfois il montre de son art une version moins bouillonnante en conduisant le toro derrière la hanche avec une pureté indéniable et s’il a trouvé un style propre il a largement les moyens de le faire évoluer et de bousculer encore les schémas préétablis. Révolutionnaire ou évolutionniste ? Cela reste à voir mais on peut d’ores et déjà lui réserver une place dans l’histoire du toreo.
  2. Justice pour De Justo! Don Emilio a fait son trou, à la force du poignet. Révélé à nous depuis plusieurs saisons, celui qui est considéré comme le torero révélation de l’année en Espagne a en fait explosé. Capable devant tout type de bétail, il possède un toreo de grande valeur qui devrait le maintenir au sommet, d’autant plus que contrairement à certains jeunes qui sont montés trop vite au firmament, il connaît et savoure déjà la valeur de son ascension.
  3. La véritable nouveauté de l’année a pour nom Álvaro Lorenzo, qu’on avait vu à Madrid dans une grande faena en tant que novillero mais qui n’avait pas pu éclater au grand jour en raison d’une épée maladroite. Ce problème résolu, son triomphe à Madrid dans un pur classicisme fait espérer qu’il sera l’un des chefs de file de la nouvelle génération, ce que son récent triomphe à Saragosse pourrait laisser entrevoir. S’agira-t-il d’un espoir déçu comme pour les révélations plus ou moins fugaces de ces dernières années ?
  4. A mi-chemin de l’ancienne et de la nouvelle, López Simón obtient lui aussi un triomphe madrilène (ils sont quatre à peine à en avoir obtenu autant que lui parmi les toreros actuels, seul José Tomás fait mieux) mais son indolence passée ne convainc pas les bureaux, qui l’ont ostracisé, à l’instar d’un Talavante. Après avoir quitté une des familles historiques de la pègre taurine (dixit l’ancien apoderado de Fandiño qui a eu maille à partir avec certains d’entre eux), lui aussi est très irrégulier, il est vrai, mais autant que c’est un vrai artiste. « On torée comme on est » disait le premier d’entre eux ; aussi comme on se sent sur l’instant et Dieu seul sait, si tant est qu’il existe, combien il est difficile de puiser en même temps dans la force et dans la fragilité pour créer le grand œuvre : il y parvient au centre du monde taurin pour la cinquième fois, une prouesse ! Mais l’injustice la plus flagrante a été à l’encontre de celui qui avait déjà fait montre de ses qualités en plus haut lieu et qui les a revendiquées de manière exponentielle à partir de la fin août pour son troisième contrat en ressuscitant de façon vengeresse le toreo éternel : Urdiales s’impose à Bilbao pour la troisième fois avant de le faire à Madrid en Automne deux contrats plus tard. Les mêmes qui l’ont méprisé l’an passé vont se mettre à genoux : ainsi vont les choses, les toros finissent par mettre chacun à sa place.
  5. Continuons avec ceux de la nouvelle génération : Román se maintient en payant plusieurs fois le prix fort, Marín déçoit les attentes placées en lui après avoir été révélation l’an dernier, malgré une oreille lors de la feria de San Isidro,  puis paye un lourd tribu en fin de saison avec une blessure au visage. C’est encore Luis David qui s’en tire le mieux malgré un début de saison difficile. S’il lui reste encore tout à prouver, l’originalité de son toreo de cape en fait une attraction mais c’est au prix d’éclipser son grand frère qui ponctue tout de même à Madrid comme on dit. Fortes, malgré un concept irréprochable, ne s’envole toujours pas bien qu’il ait ouvert la saison madrilène par une oreille d’un victorino pour les Rameaux mais il continue à être châtié par le destin, ce qui soit dit en passant ne le fait pas reculer. D’autres aussi semblent éternellement voués au rôle d’espoir, années après années : Luque ou Garrido notamment qui ne parviennent pas à transcender leurs indéniables qualités malgré quelques succès ponctuels.
  6. Le drame a encore été trop présent dans les arènes cette année, d’abord avec le jeune Manolo Vanegas qui est toujours paraplégique puis avec le grand Ureña qui a définitivement perdu la vision d’un œil dans une véronique à l’image de son toreo tout entier, d’une beauté désespérée. L’issue du coup de corne à Thomas Joubert à Bayonne aurait également pu être fatale mais il semble s’en être bien sorti. D’autre blessures aussi ont été terribles, notamment celle d’El Galo. Heureusement, il y a aussi de bonnes nouvelles avec le retour de De Miranda suite à sa lésion médulaire, un torero de personnalité qui peut fonctionner.
  7. Pour le reste de l’escalafón, certains se maintiennent au plus haut niveau : El Juli, tout en passant le témoin, le maestro Ponce bien-sûr toujours au-dessus de tout et Castella qui fait plus que jamais partie du groupe des as dans la capitale espagnole. Perera fait une temporada mitigée, Manzanares réalise une saison franchement mauvaise même s’il est toujours le Prince de Séville et Morante travaille à mi-temps sans trop forcer son talent mais avec un retour en forme dans son rincón d’Andalousie ou quelques arènes de deuxième catégorie du nord. Ferrera, qui avait réussi à renter dans les meilleurs cartes réalise quant à lui une saison en demi-teinte qui risque de lui faire perdre ce statut privilégié. José Tomás est presque un mirage qui surgit comme un spectre quand et où il veut; une seule fois cette année, réunissant cette fois ses sectateurs au plus profond de l’Espagne, là où se séparent deux continents et se réunissent la mer et l’océan, sur l’île : « al-yasîra », comme l’avait appelé les Arabes.
  8. Pour la deuxième file, Manuel Escribano est toujours là en corridas dures où la notion de triomphe est toujours plus aléatoire. Chacón arrive dans le circuit après avoir été inclus (comme le précédent) dans celui de nos terres taurines françaises. Moral se maintient aussi comme un élément indispensable dans cette catégorie avec un toreo plus esthétique et aussi peut-être plus léger mais avec le temple pour maître-mot. Robleño, quand on n’y croyait plus (sauf à Céret), se rappelle au bon souvenir des aficionados à Madrid.
  9. Deux toreros importants de retirent vers une vie plus paisible : Padilla et Juan Bautista. Pour les autres français, l’espoir reste de mise pour Dufau qui rentre dans le club fermé des toreros ayant coupé un trophée à Las Ventas et pour Juan Leal qui en obtient un à Bilbao au prix du sang après avoir triomphé des pedrazas à Béziers. El Adoureño a pris l’alternative et chez les novilleros Dorian Canton se révèle alors que Salenc se relève en fin de saison, surtout en Espagne et notamment à Saragosse. Cependant, le triomphateur dans la catégorie inférieure a pour nom De Manuel.
  10. Chez les toreros modestes, Javier Cortés coupe une oreille à Madrid (avant de triompher à Santander) et Juan Ortega sort des ténèbres en en faisant de même le 15 août avec un toreo exquis. Aguado a très peu toréé mais cela ne l’empêche pas d’être l’un des très rares toreros à avoir coupé une oreille à Séville et à Madrid. Je pourrais en citer d’autres comme Cristian Escribano, plus que digne pour sa Confirmation, mais mon intention n’est pas d’être prolixe.

***

            En dehors des arènes, plusieurs choses ont également frappé mon attention. La première est à mettre au crédit de Simon Casas, qui, s’il n’est pas un saint de ma dévotion, a le mérite d’avoir eu l’un des coups de génie dont il est parfois capable. Peut-être le bombo (tirage au sort, par métonymie) n’aura-t-il pas un effet cataclysmique comme mais il sera à n’en pas douter salutaire… si tant est qu’il parvienne vraiment à l’imposer. Si c’est le cas, faire venir les figuras une seule fois avec les élevages qu’ils exigent sans qu’ils mettent de véto à leur collègues va nécessairement ouvrir des portes. L’expérience a le mérite d’être tentée.

            Côté animalistes, s’ils gagnent du terrain médiatiquement parlant, ils semblent moins virulents à notre endroit en élargissement le débat sur la question de la condition animale dans son ensemble (la condition humaine ne semble plus faire rectte) : les boucheries étant maintenant visées, ils montrent au grand public l’ineptie de leurs positions liberticides. C’est à Nîmes où ils ont été le plus actifs avec 200 activistes qui ont fait autant parlé que s’ils étaient 2 millions. Le journal Libération a été de leurs soutiens avec en particulier son article contre les sorties scolaires à Nîmes : les parents de ces gamins sont vraiment indignes ! C’est à un beau retour d’un paternalisme jacobin auquel on assiste, celui d’une forme de bienpensance et à l’apparition simultanée d’une totale absence de hiérarchisation dans les problèmes du monde.

            En Espagne, les insultes à la mémoire de Víctor Barrio et Iván Fandiño ont été pénalement punies grâce à la Fundación del Toro qui s’est alliée avec les organisations françaises et portugaises pour défendre la tauromachie auprès des institutions publiques, notamment européennes. Une instance publique, le PENTAURO, essaie aussi de faire avancer le schmilblick, sans que ses travaux n’ait débouché sur quelque chose de concret. Malheureusement, le leader de PODEMOS a eu l’idée d’un référendum sur la question taurine. Et demain pourquoi ne pas interdire la viande si les omnivores passent en-dessous de 50 % ? Voilà les combats qui pointent accompagnés de la fin des idées de tolérance et de liberté.

            Heureusement que l’ANPTE (association des présidents, l’équivalent du CAPAC en France), après sa reconnaissance officielle passée, défend sans esprit corporatiste les aficionados. J’en veux pour preuve le soutien apporté à Ana María Romero, vilipendée par les professionnels parce qu’elle maintient des critères sérieux en rapport avec la catégorie de Malaga comme arènes de première catégorie. D’un autre côté, cette même association a déjugé le président qui a refusé à Madrid une oreille majoritaire à Fortes ; justice contre l’arbitraire, à tous les niveaux.


Déc 1 2018

Au pays des toros (37)

Publié par Giraldillo dans Non classé      

La place de la Corredera de Cordoue, à l’instar d’autres plazas mayores, a longtemps été le cadre des corridas de l’ancienne capitale califale.

Un mot aussi pour les arènes de Los Tejares, en activité de 1846 à 1965, détruites pour laisser la place au coso plus moderne et impersonnel de Los Califas. Le dernier spectacle y fut célébré le 18 avril alors que les nouvelles arènes furent inaugurées le 9 mai.

 


Nov 17 2018

Un élevage à l’honneur (102)

Publié par Giraldillo dans Campo      

Si les élevages de Camargue sont presque légions, il y en a très peu dans le sud-ouest. L’un des plus en vue est celui que Jean-Louis Darré a créé en 2002 sous le nom de Camino de Santiago. C’est à Millas, en 2006, qu’il fait sa présentation en piquées.

Le propriétaire de L’Astarac (Pedrajas) a diversifié son cheptel avec ce deuxième fer d’origine Santafé Martón. Un semental de Marqués de Domecq et un autre de Conde de Mayalde ont aussi participé à la formation de cette ganadería.

Escribano et Ternero

 

Encaste : Marqués de Domecq

Devise : blanc et bleu

Ancienneté : aucune

 

Les animaux de ce fer paissent dans le domaine du Cantaou, au sud du Gers. Actuellement, une centaine de vaches mères et trois étalons le composent.

En 2010 le lot envoyé à Millas est très remarqué. Dans les années suivantes, ceux proposés à Mimizan également où la présentation en corridas a lieu en 2012. Depuis il a même « lidié  » en Espagne. En 2017, le toro Ternero auquel Escribano coupa les deux appendices à Aignan eut l’honneur posthume d’une vuelta. En 2018, le lot sortie à Mont de Marsan a permis la concession de 3 oreilles.


Nov 1 2018

Demain je serai libre

Publié par Giraldillo dans Non classé      

Nestor García a côtoyé Iván Fandiño pendant 15 ans. Il l’a donc aidé à grimper au sommet puis l’a accompagné pendant sa disgrâce avant de lui tenir la main dans ses derniers instants. Son livre est celui d’un homme marqué. Ce n’est pas l’amertume qui parle contrairement à ce que diront certains, c’est la douleur, donc la vérité. C’est un livre fait d’ombres et de lumières, comme le toreo même, un livre aussi entier que son auteur, en blanc et noir. Il ne s’agit nullement d’une œuvre littéraire, là n’est pas la question. On n’y trouvera rien non plus de glauque ou d’indiscret sur la vie ou la mort du lion basque mais bien ce qui fait l’essence du toreo, l’exaltation de la vie, une vie vécue sans concessions, comme si chaque jour était le dernier (pour reprendre les mots d’une chanson bien connue) avec pour objectif avoué celui de la liberté. Fandiño n’a pas cherché la mort, il n’était nullement suicidaire contrairement à ce que pourront dire ceux qui l’ont vu tuer des toros sans muleta en se jetant entre les cornes. Il avait l’ambition de devenir quelqu’un dans la voie qu’il avait choisi qui est celle des héros. Etre vrai, c’’était sa manière d’être, dans la vie et dans l’arène. Il ne cherchait pas à paraître, même pas sympathique, mais à être ce qu’il était au fond de lui-même, un TORERO, pur, sans fioritures. Voilà ce qu’on apprend dans le livre même si entre les lignes on aperçoit un fils, un mari et surtout un père, un être qui ne peut chaque jour être un héros  – qu’il est au fond toujours mais qui ne surgit que parfois – quand s’immisce le doute et que les circonstances du quotidien et les questions sur l’avenir viennent troubler la permanence de l’être profond. Nestor García est un autre lion, il rugit dans un travail de deuil où il n’épargne personne en donnant son sentiment, tout d’abord sur les familles mafieuses (sic) et leurs toiles d’araignée qui tissent un système interconnecté, sur leur archaïsme et leur manque de parole et d’honneur dans un secteur où au contraire celui-ci devrait être magnifié. Il parle aussi des compañeros, ennemis dans les bureaux et voulant curieusement être bons copains en piste : El Juli le premier. Il parle aussi du système des sites et revues taurines qui sont financés par la publicité des toreros, jusqu’à 15 000 euros dans son cas par saison jusqu’à ce qu’il dise stop. Bien-sûr ce livre est écrit depuis sa vision des choses, il n’est pas impartial, il est fandiñista. Mais comme disait Saint-Exupéry, on ne voit bien qu’avec le cœur. Et comme disait l’autre – Yiyo peut-être – pour ceux qui comme moi ont eu le cœur fendu ce 17 juin 2017 à Aire sur l’Adour, il s’agissait d’une lecture nécessaire. (Elle m’a permis de reprendre la plume, ce que je n’avais pas fait depuis lors.) Je n’ai pas été déçu et je la recommande vivement à tous ceux qui sont capables de lire la langue de Cervantès.


Oct 27 2018

Ponce et la tauromachie spectacle

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Billet d’humeur publié sur le site de la FSTF en réaction à des opinions publiées  sur ce même site :

Je me suis toujours insurgé contre l’idée qu’il y a deux tauromachies irréconciliables qui n’auraient rien à voir l’une avec l’autre : la tauromachie spectacle et la tauromachie vérité.

Personnellement, je vais chaque année à Vic ou dans d’autres arènes pour voir des toros-toros et les tiers de piques qui vont avec.

J’allais aussi il y a peu de temps encore voir Morante pour le plaisir de le voir dessiner quelques splendides véroniques sans trop d’espoir pour la muleta.

Je suis aussi allé parfois voir le binôme Adalid-Sánchez. J’appréciai la torería et les estocades de Fandiño.

Parmi les tenants, voire les organisateurs de la tauromachie vérité, j’en vois souvent dans le callejón de courses on ne peut plus « toreristes » pendant les ferias estivales. Ils y prennent visiblement pas mal de plaisir, en particulier quand c’est Ponce qui torée.

Et c’est bien là la seule vérité que je connaisse : si on aime la tauromachie espagnole à pied et tout ce qui la compose on est obligé de voir un certain nombre de courses par an, diverses et variées.

Militant du poder et défenseur du tercio de piques, je constate que le monde n’est pas tel que je souhaiterais qu’il soit mais tel qu’il est. La vérité c’est que la caste et la « baston » (celle d’un Lamelas par exemple quoique très méritoire) ne suffisent pas. Une autre vérité c’est que le genio est un défaut (même si une dose de caractère est appréciale) et que la noblesse est une qualité, quoi qu’on en dise. Elle ne l’est cependant que si elle est accompagnée de force et de bravoure.

Ponce est sorti cette année par la Grande Porte de Madrid, il a triomphé à Bilbao avec un encaste qui les autres figuras rejettent et a coupé trois oreilles à Linares avec les toros de Samuel Flores.

Après plus de 25 ans d’alternative il est en passe d’être consacré triomphateur de la saison. On ne torée pas comme il le fait sans amour du toreo donc du toro et de la tauromachie. Prétend-il la suppression du tercio de piques, des banderilles et de l’estocade ? Serait-il un anti déguisé de lumières ? C’est ce que j’ai eu l’impression de lire dans certains propos.

En quoi est-ce dégradant pour la tauromachie de la revêtir de sons et de lumières ? Nous avons besoin d’expérimenter de nouvelles voies. Sans faire n’importe quoi, l’événementiel est primordial pour attirer le chaland, que ce soit via une goyesque ou par une affiche sortant de l’ordinaire : un mano a mano Ponce vs Tomás ? Si c’était moi qui choisissait le bétail ce serait deux pedrazas, deux alcurrucenes et deux victorinos. Mais même avec 6 toros de Victoriano del Río ce serait un événement, donc on en parlerait.

Oui Vic, Céret, Parentis font très bien les choses mais voir la tauromachie par ce seul triangle c’est passer à côté de beaucoup de choses car les meilleurs toreros ont le pouvoir de tomber dans la facilité, celle de ne pas affronter les élevages les plus durs mais ils sont surtout les auteurs du bon toreo, celui qu’on voit malheureusement assez rarement avec des toreros modestes face à du bétail compliqué.

Je regrette comme beaucoup l’absence ou la rareté de « gestes » des toreros-étoiles mais je leur reconnais un talent indéniable et leur personnalité est l’un des attraits de la tauromachie qui n’est plus au moins depuis plus d’un siècle une science appliquée où il ne conviendrait de donner des passes que dans un but technique comme préparation à l’estocade. D’ailleurs, au risque de me fâcher avec la moitié de l’afición, avec un toro à la défensive, à l’époque de Guerrita où le toreo se faisait encore sur les pieds, il était impensable d’enchaîner des passes sur un même côté et le classicisme le plus absolu voudrait qu’on le prépare à l’estocade par un macheteo qui peut revêtir lorsqu’il est bien fait une grande dose de torería. Mais j’arrête là car je suis fatigué de répéter des choses perçues par certains comme des inepties alors que pour d’autres ce ne sont que des évidences. Ce qui est irréconciliable ce sont certaines idées ou représentation des choses.

Pour ma part, ce qui m’a plu de point de vue conceptuel dans la corrida de Malaga en 2017 c’est l’utilisation de la cape (l’instrument de base du toreo) au derniers tiers comme avait voulu le faire le grand Ordóñez et surtout la série offerte à Conde qui a permis de confirmer les limitations dudit torero mettant de cette manière mieux en valeur l’animal.


Oct 20 2018

Un élevage à l’honneur (101)

Publié par Giraldillo dans Campo      

L’élevage de El Retamar en a surpris plus d’un lors de la Pentecôte vicoise de 2018 en sortant un grand novillo primé d’une vuelta; son nom, Avecejón (photo ci-dessous de Pierre Delhoste).

Manuel Hurtado a créé cet élevage en 1984 avec un lot d’animaux de Carlos Núñez, ligne Rincón. Susana Hurtado apporte en 1996 le tiers de l’élevage El Álamo de même origine. Depuis 2012, c’est la famille Pinto-Marabotto qui est à sa tête.

Encaste : Núñez

Devise : vert et blanc

Ancienneté : 2003

Mayoral : Francisco Plazas

Les animaux de ce fer paissent sur 360 hectares au nord de Madrid, dans différents domaines, notamment Las Tejoneras, situés dans les commune de Colmenar Viejo, Becerril de la Sierra et Manzanares El Real.

Les 130 vaches de ventre permettent de produite jusqu’à une dizaine de lots par an, tous en novilladas.

Ce fer fait partie de l’Agrupación (AEGRB).

 


Oct 5 2018

Ode au Pharaon

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Le temps passe inexorablement et les plus jeunes d’entre nous ne savent peut-être pas suffisamment qui a été la légende dont nous parlerons aujourd’hui. Voici une esquisse.

A la fois légère et profonde : pharaonique ! (photo ABC)

      Curro Romero fut un cas à part, du point de vu artistique mais aussi de sa longévité. Son temple était quelque chose d’incompréhensible : il endormait littéralement les toros avec la cape ou la muleta. Il fut l’exemple même du torero court; il faisait lever les aficionados de leurs sièges ou liquidait ses adversaires sans même essayer de les montrer. Il a ramené de Madrid des broncas mémorables, sortant souvent sous des jets de coussinets. Son répertoire était on ne peut plus limité, mais ce qu’il faisait frisait la perfection. Avec la cape sa véronique et sa « demie » étaient d’authentiques parangons, avec la muleta ses passes droitières et ses naturelles d’une extrême lenteur, à mi-hauteur, restent dans nos esprits comme un modèle de temple mais nous n’oublions pas non plus ses célèbres détails : trincherilla, kikirikí, recorte et changement de main à gauche, firma, passes aidées à mi-hauteur avec la muleta glissant langoureusement sur l’épaule et les côtes du toro, son jeu de poignets ou sa passe aidée un genou à terre au temps de sa jeunesse… et aussi l’ineffable. Il avait besoin de son toro – pas toujours celui qui paraissait le plus facile – pour réaliser son Art, un toreo pur, sans concessions, sans trucages, recours ou avantages – la dizaine de coups de corne graves qu’il a subies sont là pour en témoigner – souvent sans toques, le leurre lisse, et le compas légèrement ouvert.

     Il est sorti cinq fois par la Porte du Prince de sa Séville natale où plus qu’un Roi il était un Pharaon, lui le payo, vénéré par les Gitans que les Espagnols ont confondu avec les Egyptiens. Mais c’est dans toutes les sphères de la société qu’il recrutait ses partisans, remplissant ses arènes jusqu’à la fin malgré ses longues traversées du désert (du Sinaï ?). Il y a coupé pas moins de 49 oreilles pour son étape de matador. A Madrid aussi il a été compris (chose dont il avait besoin pour se lâcher comme on dirait aujourd’hui), ce qui n’a pas été le cas  partout, et il y a triomphé en 7 occasions (3 fois pendant la feria de San Isidro) plus deux sorties a hombros par la porte des quadrilles. Mais ce torero classique avait les contrastes du baroque : pour les zones d’ombre, on ne peut passer sous silence les 7 toros qu’il n’a pas réussi à tuer, ce qui n’est finalement pas tant pour une carrière si longue. Peu importait d’ailleurs aux curristas, ses fidèles partisans au brin de romarin, son emblème, qui, patients, payaient leur entrée pour le voir au moins réaliser le paseo avec son incomparable majesté mais qui avaient toujours le secret espoir qu’il réalise trois passes et un détail ou, pourquoi pas, l’une de ses géniales faenas quand bien même il aurait comme tant de fois, perdu les trophées à l’épée, un outil qui fut toujours son talon d’Achille. Il réalisait cependant parfois la suerte suprême avec une apparente facilité mais sans s’engager, ce qui est peu dire, a paso de banderilles, en partant sur le côté et en clouant l’estoc avec la pointe des doigts. Cet esthète raffiné n’appréciait d’ailleurs pas de se rapprocher suffisamment du toro pour se tâcher de sang et même lorsqu’il coupait une oreille il la changeait aussitôt pour un rameau éponyme dont son toreo renfermait les essences. Les jours où il était à l’affiche dans sa Maestranza, on disait d’ailleurs : « huele a romero » (ça sent le romarin) et il est vrai qu’il y avait toujours une Gitane dans le quartier d’El Arenal pour nous vendre un brin de cette plante tellement méditerranéenne.

      Bref, Curro Romero était la grâce incarnée, une idée toute andalouse d’une facilité innée et il suscitait l’attente comme personne par sa personnalité naturellement fantasque. Il n’était pas LE TORERO par antonomase mais il était un torero nécessaire, loin du toreo stéréotypé, oscillant entre des bassesses bien humaines et une grandeur toute pharaonique. Comment un être aussi couard et désastreux pouvait-il se transfigurer quelques fois, se piquer au vif pour déboucher le flacon secret et nous donner ce spectacle de beauté pure à partir du chaos ? Lui parlait des duendes, autant parler de mystère.


Sep 22 2018

Au pays des toros (36)

Publié par Giraldillo dans Non classé      

Nous avions déjà écrit quelques lignes sur les arènes du nord de la province de Huelva (Campofrío, la plus vieille d’Andalousie, Cortegana, Almonaster et Santa Olalla) dans le n°2 de cet encart mais nous avions oublié une plaza atypique qui se situe dans la cour d’un château arabe, celui d’Aroche, tout près de la frontière du Portugal. D’une capacité d’un millier de spectateurs, ces arènes ont été emménagées en 1800 dans cette enceite du IXe siècle

Il y a aussi dans cette province, près d’Aracena, des arènes singulières à Linares de la Sierra (à ne pas confondre avec les tristement célèbres arènes de la province de Jaén), sur la place du village.

De l’autre côté d’Arecena, village très taurin également, on trouve des arènes très coquettes à Corteconcepción.

Rappelons qu’à quelques kilomètres de là, dans la province de Badajoz, se trouvent aussi des arènes serties par les murailles de château, à Fregenal de la Sierra.


Sep 15 2018

Sa Majesté fête ses 20 ans de règne

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Julián LÓPEZ  ESCOBAR  “EL JULI

Ce fils de torero est né à Madrid le 3 octobre 1982. Il a été élève de l’Ecole taurine de Madrid avant de réaliser une étape météoritique en tant que novillero. Il a en effet pris l’alternative à Nîmes le 18 septembre 1998 à seulement 16 ans. Le 5 février 1999 il a coupé trois oreilles dans les arènes de la capitale mexicaine et le 23 avril suivant il a obtenu les trois trophées qui lui auraient permis de sortir par la mythique Porte du Prince s’il n’avait pas été blessé. Le 15 juin 2000 il remporte sa première oreille madrilène comme matador puis une queue à Saragosse le 12 octobre pour clore une première saison triomphale. En 2001, il obtient un double trophée à Séville le 3 mai puis il sort deux fois consécutives par la Grande Porte de Pampelune. Le 22 août il coupe deux fois une oreille à Bilbao à des toros de Victorino Martín, une prestation qui lui donne une dimension de lidiador, car c’est un torero doué d’une aussi grande technique que d’un grand courage. Les aficionados auraient cependant aimé le voir plus souvent face aux élevages réputés les plus difficiles à partir de cette date. Le jour suivant il écrivit un paragraphe de plus pour construire sa légende en étant le premier torero en quinze ans à essoriller un toro dans les arènes basques de Vista Alegre : ce toro lui laissera des stigmates à la bouche et au nez. En 2002, il sortit deux fois en triomphe de la Monumental de Insurgentes, coupant une queue le 5 février. Il triompha aussi dans ses arènes fétiches de Pampelune et Bilbao où il coupa trois oreilles à son lot de Torrestrella le 23 août après avoir gagné un appendice d’un victorino deux jours avant. Le 5 février 2005, il gracie Trojano de Montecristo à Mexico en réalisant une grande faena. Lors de l’Aste Nagusia 2005, il triomphe à nouveau avant d’attaquer la saison suivante en obtenant une oreille de poids pendant la San Isidro puis de rééditer ses exploits à Bilbao fin août. Le 5 février 2007 il triomphe une nouvelle fois dans l’ancienne Tenochtitlan puis sort enfin a hombros des arènes de Las Ventas le 23 mai. En 2009, il est l’auteur d’une bonne prestation à Séville où il perd la Porte du Prince aux aciers mais coupe deux fois une oreille en deux corridas; s’ensuivent trois trophées pour les sanfermines et un pour l’Aste Nagusia lors d’une corrida en solo suite au forfait de Perera.

El Juli débute la deuxième décennie du XXIe siècle sur le même rythme que la précédente avec un triomphe dans la capitale aztèque puis obtient une Porte du Prince le 16 avril avant un double trophée quatre jours plus tard. Le 12 juillet il obtient deux fois une oreille à Pampelune mais reçoit un coup de corne au  niveau du scrotum. Il passe ensuite par Bilbao en marquant un point. En 2011, il coupe deux oreilles à la Maestranza lors de la traditionnelle corrida du dimanche de Pâques avant d’obtenir une nouvelle Porte du Prince le 29 avril. Le 18 mai il fait en sorte de ne pas être en reste en coupant une oreille face à un Manzanares qui obtient l’ouverture des battants sang de toro de Las Ventas. Il triomphe aussi doublement pour les sanfermines : 3 oreilles le 12 juillet et 2 le 14 mais on doit lui faire 15 points de suture à Bayonne le 5 août, ce qui ne l’empêche pas de sortir par la Grande Porte à Bilbao le 23. En 2013, il sort en triomphe des arènes de Séville lors du dimanche de Résurrection après que le public ait sollicité l’octroi d’une queue mais le 19 avril il est encorné au niveau de la cuisse. En août, il rajoute à son palmarès une nouvelle Grande Porte à Bilbao. L’année suivante il remporte une oreille à Madrid et à Bilbao et triomphe à Pampelune, témoignant encore d’une grande régularité même lorsqu’il ne triomphe pas de manière absolue. C’est ce qu’il fera par exemple pour les Fallas de 2015 en repartant avec 5 appendices dans sa besace. A Séville, il connaît cette année-là les deux faces de la monnaie : une oreille et un coup de corne dans le fessier. En 2018 il est à nouveau imparable avec une nouvelle Porte du Prince.

On annonce son déclin depuis longtemps et pourtant, Julián López est toujours là et il a même été le Roi de ces deux décennies (au moins jusqu’à l’apparition de Roca Rey le bien nommé), celui qui décide, sinon de tout, de beaucoup, notamment de la confortation du mono-encaste.  Instigateur du G10 puis du G5 il entend maintenir son influence et a réussi après son boycott des arènes de Séville à faire partir l’héritier Canorea. Il a arrêté de banderiller lors de la saison 2005 de manière à ce que la variété de son toreo de cape et la puissance de sa muleta soient mieux appréciées. Torero moderne, il n’a rien d’un artiste mais ne manque assurément pas de personnalité. Toréant parfois de manière baroque, il laisse traîner le leurre pour mieux dominer ses adversaires et enchaîne, tel Ojeda, les passes dans un mouchoir de poche. On peut toutefois lui reprocher un toreo profilé et une manière de tuer sortant de la suerte. Torero intelligent et habile, il s’engage quand l’occasion le requiert et si son torero manque de pureté il n’a rien de léger. El Juli, qu’on le veuille ou non, est un torero d’époque, au même titre qu’Enrique Ponce ou José Tomás, un incontournable de la tauromachie du XXIe siècle.