Guerrita

Il y a 150 ans naissait…

Rafael GUERRA BEJARANO  « GUERRITA »

[1]

Il est né à Cordoue le 6 mars 1862 et c’est dans sa ville natale qu’il s’est éteint le 21 février 1941.

Pour ce qui est de ses antécédents taurins, il convient de mentionner le fait que le mari de sa tante maternelle était le malheureux « Pepete », tué par un miura. Son père était employé à l’abattoir de la ville califale et c’est là que le jeune Rafael a donné ses premières faenas improvisées. A l’âge de 14 ans il rentre dans un quadrille d’ « enfants » cordouans.  Il se présente à Séville le 15 juillet 1877 et à Madrid le 26 juin 1879 dans les arènes des Champs Elysées. Il triomphe dans sa ville natale dans une novillada célébrée en 1880 et la saison suivante il est aux ordres de « Bocanegra » et de Lavi. En 1882 il fait partie de l’équipe de « El Gallo » et à partir de là il connaît d’importants succès comme banderillero en particulier dans la capitale. Le 2 juin 1884, à Cordoue, il fait si forte impression que « El Gallo » doit lui céder le dernier toro, qu’il torée magistralement et tue d’un grand volapié. Le 12 juin de cette même année un toro lui inflige un coup de corne dans la capitale andalouse mais il connaît l’autre côté de la médaille le 5 octobre où il tue le sixième toro, sur la demande du public, et obtient un grand triomphe. En 1885 Rafael Guerra intègre le quadrille de « Lagartijo ». Le 23 octobre le public madrilène obtient lui aussi qu’il ture le sixième animal.

Il prend l’alternative à Madrid le 29 septembre 1887 avec « Lagartijo » en tant que parrain et face à « Arrecío » de l’élevage de Gallardo. Le 15 avril 1888 « Espartero » et « Guerrita » toréent à Séville et c’est là que commence une rivalité qui va vite diviser l’afición. Madrid soutiendra « Guerrita ». La temporada 1889 est triomphale et le 2 mai 1890 on lui joue – pour la première fois à Madrid – des pasodobles. Pour l’anecdote, à cette époque il gagne environ 6 000 pesetas par corrida. Le 7 septembre 1893, à Murcie, il reçoit une blessure superficielle mais effilée au niveau du cou. Ses plus grands triomphes, il les obtient en 1894, une année dans laquelle il assume 80 contrats. Il convient de mettre en exergue son succès du 23 avril face à des toros de Miura ou celui de la corrida de Murube qu’il torér en solitaire le 1er juin. Le 19 mai 1895 il participe à trois corridas dans trois arènes différentes : la première à San Fernando à 7 heures avec des toros de Saltillo, la deuxième à 11 heures à Xérès avec de toros de Cámara et la dernière à Séville à 5 heures et demie avec des toros de Murube. Il est à nouveau blessé en 1896 à la main gauche, dans les arènes de Xérès. L’année suivante il reçoit encore un coup de corne à une main, cette fois dans la capitale du royaume. Le vent semble tourner le 16 avril 1899 lorsqu’il reçoit, à Madrid, une des plus grandes broncas de l’histoire de la tauromachie en faisant tuer un toro par son picador. Son impopularité connaît une contagion dans d’autres arènes et il se retire, fatigué de tout cela, cette même année, en prononçant ces mots : « Je ne pars pas. On me jette dehors. » Dans le Cossío, on dit à propos de l’hostilité du public madrilène, manifeste semble-t-il dès 1891 :

« Il n’y avait pas d’autres explications que le dépit des masses dans leur impuissance pour dévier le torero de sa route austère, celle d’un grand professionnel qui se consacrait totalement à son métier, qui ne recherchait pas une quelconque légende ni ne s’abandonnait à la démagogie. » [1 bis]

 «Guerrita»  fut un torero très complet, quel que soit le point de vue : sans être un grand artiste il avait un certain style, c’était un bon capeador, un excellent banderillero, un bon muletero et un grand matador qui pratiquait souvent la suerte a recibir. En ce sens Cossío dit qu’il s’agit «d’un des deux ou trois toreros les plus extraordinaires que l’art de la tauromachie ait produit»[2], et que « pour lui trouver un point de comparaison il faudrait remonter à Pedro Romero ou Montes et postérieurement à Joselito el Gallo».[3] Il fut assurément un toréro d’époque.


[1] Photo extraite de Historia del toreo de Daniel Tapia.

[1 bis] Cf. Los toros en deux volumes : tome II p. 501.

[2] Cf. Los toros en deux volumes : tome I p. 169.

[3] Cf. Los toros en deux volumes : tome II p.504.

N.B. : article réalisé avec l’aide, en plus du « Cossío », du dictionnaire de Ortiz Blasco et de Historia del toreo de Daniel Tapia.

 


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