1775-1795 : 20 ans de rivalité

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La tauromachie a connu de grands binômes. Si le plus célèbre est à n’en pas douter celui formé par le couple sévillan Gallito-Belmonte, Frascuelo vs Lagartijo et bien d’autres sont passés aussi à la postérité. Mais le premier d’entre eux est bien-sûr celui qu’ont commencé à former il y a maintenant 240 ans deux personnages qui sont ni plus ni moins que les pères de la corrida telle qu’on la conçoit aujourd’hui, j’ai nommé Pedro Romero et Costillares, dont la rivalité a débuté au sujet de leur date d’alternative et donc sur la prééminence que donne l’ancienneté. Celle-ci restera un mystère même si c’est le premier qui a gagné et c’est donc la date de 1775 qui suppose la première rencontre de ces deux-là à Madrid qui fait à mon sens foi pour marquer le début de la tauromachie espagnole à pied moderne après tout de même 400 ans de tauromachie professionnelle à pied ancienne et au moins autant de tauromachies ibériques primitives chevaleresques (que ce soit sous forme de chasse ou de spectacle) et populaires (rituelle ou festive) et sans remonter aux combats de taureaux qui existaient dans la préhistoire. En fait celle-ci forgeait ses règles depuis au moins un demi-siècle comme union définitive entre le tauromachie chevaleresque et la tauromachie populaire mais c’est à ce moment-là qu’elle arriva à maturité en même temps que la tauromachie issue des matatoros du nord vit ses dernières années.

Comme l’écrivait Bartolmé Bennassar : « Luis Toro Buiza pouvait écrire légitimement : « Au cours des vingt années qui vont de 1730 à 1750, Séville assista sur l’arène de la place de la Maestranza au développement complet du processus d’invention des corridas de toros modernes  »  ».

Les deux andalous sont à l’origine des deux grandes écoles taurines, celle de Ronda pour Pedro Romero et celle de Séville pour Costillares. Le premier est le maître du recibir, le deuxième celui du volapié en plus d’être considéré comme l’inventeur de la véronique. Il est aussi celui qui le premier a utilisé les brodures en or qui étaient l’apanage de l’aristocratie à cheval, deux ans avant notre Révolution.

En 1775 Pedro Romero était aux ordres de son père mais cela n’ a pas empêché celui qui allait devenir le torero préféré du peuple de tuer deux adversaires, le 8 mai, qui marque donc le début d’un affrontement de quatre lustres.

Le dernier épisode de celui-ci eu donc lieu en 1795 alors que, ayant sollicité, comme s’était l’usage, la permission de tuer un toro à Madrid, Costillares s’est vu dans l’impossibilité de le faire, contrairement à l’année précédente, en raison d’une tumeur à la main. Sous les yeux de Charles IV (le même qui prétendrait supprimer la tauromachie d’un trait de plume dix ans plus tard), dans les arènes de la porte d’Alcala, c’est son grand rival qui dut occire l’animal, remportant là le dernier épisode de ce mano a mano de vingt ans comme il avait gagné en 1779, par tirage au sort, le droit de tuer le premier toro face à son adversaire sévillan. Mais c’est la conception de la tauromachie de ce dernier qui finirait par s’imposer à l’avenir, celle où la muleta (l’instrument supposément inventé par le grand-père de Pedro) est l’instrument d’une esthétique plus que celui de la préparation à la mise à mort.


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