Carpe diem et tempus fugit

Lorsque le dimanche de Pâques, Espartaco sortit des arènes de la Maestranza en étant hissé vers les cieux au travers de la mythique Porte du Prince par ses partisans mais sans avoir coupé les trois oreilles réglementaires, certains, en Andalousie comme ici, y ont vu le symbole d’une génération qui aurait encore de quoi en remontrer aux plus jeunes en matière d’ambition. Sans être de l’époque de Mathusalem, j’ai connu l’époque du maestro d’Espartinas et s’il est vrai qu’il est sorti autant de fois par ladite Porte que le Pharaon de Camas, la comparaison avec le mythe au brin de romarin s’arrête là. On peut être étonné d’autant de nostalgie par rapport à un torero de records qui aura marqué plus par sa technique que par son aura. Car ce qui restera d’Antonio Ruiz c’est son grand professionnalisme, sa capacité à profiter au maximum des charges de ses adversaires, à base de temple il est vrai. Certains ont vu en lui un lidiador mais pour arborer ce titre il lui a manqué des triomphes face aux fers les plus durs. Celui de torero valiente ne lui va pas non plus, pas plus que celui de torero largo ou même populaire (il n’y avait pas de cohues aux guichets autant que je me souvienne) et encore moins celui d’artiste. Il fut surtout un torero regular, dans tous les sens du terme, auquel on avait rarement quelque chose à reprocher mais il n’a jamais rendu Séville folle, soyons honnêtes, et l’envolée émotive récente est vite retombée. Il y a chez beaucoup de personnes en général et d’aficionados en particulier une nostalgie du temps passé qui exalte, en la revêtant d’un halo de perfection, les années de leur jeunesse voire une période mythique qu’ils n’ont pu connaître. Et pourtant il est fort à parier que les aficionados d’aujourd’hui auraient été déstabilisés par le toreo de l’Âge d’Or et sûrement déçus par son toro, quand bien même il soit réputé comme étant au point d’équilibre parfait entre caste, puissance et noblesse (et je me tairai sur le sort des chevaux). Le temps qu’il nous est donné de vivre n’est sûrement pas plus parfait qu’un autre mais une chose est sûre, contrairement à ce qu’on entend trop souvent, il y a encore des hommes capables d’affronter des toros. Et j’en veux pour preuve la dernière feria de San Isidro (mais pas que) où l’on a parlé d’un grand nombre de triomphes (usurpés pour certains, diront d’aucuns) mais où il y a aussi et surtout eu un grand nombre de blessés et, notons-le, face à des animaux moins volumineux que ces dernières années, plus dans le type de la race brave. Les places étant de plus en plus chères certains matadors semblent prêts à dépasser les limites de la raison. Faut-il s’en réjouir ? Je ne saurais le dire. Défendons l’intégrité du toro de lidia et l’éthique de cette dernière, notamment pour le tercio de varas mais n’oublions pas, en tous cas, de respecter ces êtres humains capables d’un courage d’un autre temps. Il est dommage que le public français n’ose s’enthousiasmer que trop rarement et, qu’au contraire, fusent trop souvent (comme depuis le tendido 7) des invectives souvent aussi mal placées qu’injustes. Leurs auteurs devraient se jeter dans la piste comme espontáneos pour nous montrer comment il faut faire ou bien avoir l’humilité d’attendre la fin de l’arrastre pour s’exprimer. Un peu de respect !


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