L’école sévillane

Selon Francisco de Cossío (neveu de José María et auteur des tomes VIII, IX, et X de Los Toros) : «(…) on peut parler de deux techniques et de deux finalités distinctes pour chacune des deux écoles: conserver la force et la mobilité du toro pour le moment de la mise à mort, pour tuer a recibir, dans la première, ou être brillant dans le toreo de cape et de muleta pour dominer le toro et le tuer a volapié, dans la seconde».1 

« C’est de ces deux manières de réaliser la mise à mort que naissent pour moi l’école de Ronda et l’école de Séville. Quiétude face à mobilité ? Toreo sobre face à un toreo de fioritures? ».2 

La première école sévillane apparaît avec Costillares et Pepe-Hillo puis ce sera Cúchares (celui qui inventa le toreo de la main droite) qui contribuera, vers la moitié du XIXe siècle, à la faire perdurer puis Antonio Fuentes au début du XXe.

Gallito, tueur somme toute moyen, aimait la variété et les ornements pour embellir son toreo profondément dominateur. Avant d’être influencé par son grand rival il a pu être considéré comme l’aboutissement de l’ancienne tauromachie et donc également de l’ancienne école sévillane. Belmonte, sévillan comme lui et artiste s’il en est, avait, quoi que dans un style, une personnalité et une technique toute différente, des détails on ne peut plus sévillans, notamment dans sa demi véronique ou son molinete, mais on peut néanmoins se demander si son toreo aux déplacements minimalistes n’allait pas vers l’idéal rondeño. Quoi qu’il en soit, avec lui tous les schémas se brouillaient et en réinventant le toreo il allait imposer de tout revoir à zéro.

C’est donc Chicuelo qui réaliserait la synthèse des deux maestros. En faisant évoluer le toreo vers plus de liaison tout en reprenant les grands principes du « belmontisme » il serait aussi à l’origine de ce qu’on peut considérer comme la nouvelle école sévillane. Même si à cette époque, Despeñaperros, la frontière naturelle de l’Andalousie sépare en deux le monde taurin, ce qui a fait dire à Cagancho qu’au-dessus de celle-ci on ne toréait pas, on travaillait,  un torero de la castillane Ségovie, Victoriano de la Serna, peut parfaitement s’inscrire dans cette école, tout comme, mais c’est plus naturel, Manolo Bienvenida.

Dans l’après-guerre Pepe Luis Vázquez, à une époque où les toreros artistes toréaient régulièrement des miuras, dignifiera et dépurera cette école. Ensuite son frère Manolo ou Pepín Martín Vázquez puis Curro Romero (dans un répertoire plus limité et face à des toros au tempérament plus apaisé) reprendront le flambeau. Diego Puerta sera le torero le moins sévillan de sa génération nés dans la capitale andalouse (le plus rondeño des sévillans peut-être) mais il l’est pour son toreo de compas fermé et pour certains ornements.

Media faraónicaDemi véronique pharaonique. Photo ABC.

Emilio Muñoz dans un style baroque portera les couleurs de sa ville dans son esprit puis Julio Aparicio fils quoi que sporadiquement et surtout à Madrid.

Depuis quelques années c’est Morante de la Puebla qui est son meilleur représentant. Il a su puiser dans les différentes sources qui se rejoignent dans le lit de son toreo.

MoranteLa particulière torería de Morante. Photo 6 toros 6.

Actuellement Antonio Nazaré ou Pepe Moral, les nouveaux matadors Lama de Góngora et Posada de Maravillas ou encore le novillero Ruiz Muñoz entretiennent l’espoir de cette école fragile et difficile qui propose le toreo dans ce qu’il a de plus grand, le don absolu de soi. Rappelons que les grands artistes, quoi qu’on en dise, sont souvent blessés. C’est le prix du sublime.

Mais à l’intérieur de cette école sévillane il y a la veine gitane qui reprend ses fondements mais avec plus d’emphase et de fioritures : El Gallo est son créateur. Il sera suivi, à l’époque de Chicuelo, de Gitanillo de Triana et de son voisin Cagancho puis de Rafael «Albaicín», pourtant madrilène, dans les années 40 et de Rafael de Paula à partir des années 60 pour arriver au « payo » Javier Conde et dans l’actualité à Oliva Soto, qui a plus de courage que le commun des mortels n’en accorde aux représentants de celle-ci. Certains ont inclus le « Pharaon de Camas » dans cette branche de l’école sévillane pour son côté tout ou rien, mais ce ne sont pas ses origines non-gitanes qui m’empêchent d’en faire de même mais son toreo somme toute très sobre comparé à celui d’un Paula. Le Mexicain Lorenzo Garza pourrait également avoir sa place ici, eu égard aux caractéristiques de son toreo.

Media PaulaLe génie de Rafael de Paula

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  1. Los Toros en deux volumes : tome II p. 85.

 nn2. Los Toros en deux volumes : tome II pp. 88-89.


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