La France taurine (II)

Ces dernières années la France taurine acquiert une certaine indépendance.

On compte actuellement plusieurs écoles taurines importantes : celle du Grand Sud-ouest et celles de Béziers, Nîmes et Arles.

Le premier torero français à s’imposer en Espagne répond au nom de Sébastien Castella (il est présent dans toutes les ferias et en 2007 il est le premier français à triompher à Madrid en tant que matador mais non content de cela il répétera cette sortie a hombros deux fois de plus en 2009 puis une quatrième en 2015 ) mais un autre torero réussit à faire des saisons complètes : Jean-Baptiste Jalabert, plus connu comme Juan Bautista (lui aussi réussira l’exploit de triompher à Madrid, comme novillero d’abord puis fin 2007 et une autre fois en 2010). Il y a aussi des toreros comme Julien Lescarret ou Mehdi Savalli dont il convient de citer le nom et dans l’actualité une nouvelle génération prometteuse : Thomas Dufau, Thomas Joubert, Juan Leal ou Clemente et parmi les novilleros Andy Younès, Tibo (à l’espagnole) Garcia ou Adrien Salenc en attendant Baptiste Cissé.

Il y a aussi de plus en plus d’élevages : actuellement une vingtaine pouvant « lidier » en novilladas piquées ou en corridas (les plus réputés sont Margé ou Garnier) et certains encastes  sont rachetés en vue d’être sauvegardés : Valverde et Concha y Sierra par Jean-Luc Couturier. Blohorn connaît même des succès en Espagne.

Il existe aussi un activisme des aficionados au travers d’associations ou d’organes de presse (en particulier la doyenne, Toros, depuis 1924) qui ont une influence certaine sur certaines plazas se traduisant notamment par une revalorisation du tercio de piques qui, véhiculée par certains toreros (actuellement Castaño a repris le flambeau) s’étend en Espagne et permet au public d’outre-Pyrénées (celui de Saragosse, Pampelune ou même Madrid) de redécouvrir la beauté ce cette phase de la lidia et donc d’exiger qu’elle soit plus souvent mise en valeur. Je me souviens d’un commentaire d’un aficionado du 7 qui me disait il y a quelques années : « A Madrid, cette année, au cheval, tous les toros ont été cachés (tapados) ». Il le regrettait certes mais avec une forme de résignation peut-être très ibérique. Il ne faudrait pas que les Français reprennent sans s’en rendre compte de vieux réflexes de supériorité coloniale en croyant détenir LA vérité sur tout mais sur ce point elle semble être capable de faire bouger les lignes.

En ce qui concerne les organisateurs de corridas, qu’on appelle les empresas, les principaux sont Simon Casas (Nîmes bien sûr mais aussi Madrid, Saragosse et Valence et indirectement Les Saintes Maries et Mont-de-Marsan), les Jalabert (Arles) ou Robert Margé (Béziers, Palavas, St Gilles, Mauguio) contrôlent la tauromachie dans le sud-est. Dans le sud-ouest l’homme fort est Alain Lartigue (Bayonne, Vic, Parentis, Orthez, Roquefort, La Brède, Eauze, Tyrosse ou Soustons).

On dénombre 7 arènes (Nîmes, Arles, Béziers, Vic, Dax, Mont-de-Marsan, Bayonne) de première catégorie (classement sans rapport avec celui qui est pratiqué en Espagne) et 1 de seconde (Céret). Le point positif est l’apparition d’une feria à  Carcassonne mais il y a quatre points noirs  avec la disparition des arènes de Floirac, Fenouillet, Fréjus et Collioure.

Document La Dépêche du Midi

De plus, la tauromachie se renforce dans l’adversité en résistant à la langue bleue pendant 3 saisons entre 2005 et 2008.

Depuis 2006 le règlement national espagnol est remplacé par des règlements propres à chaque communauté autonome ce qui concourt indirectement à donner à la France taurine plus d’autonomie. Cette année là il y eut 71 corridas dans l’hexagone (ou la partie de celui-ci qui nous concerne), chiffre certes inférieur aux 89 de 2003 mais le marché français français reste relativement stable malgré la crise avec une moyenne supérieure à 73 corridas/an sur les 5 premières années de la deuxième décennie du XXe siècle. Il y a une baisse en 2015 avec 66 corridas mais le nombre de spectacles majeurs se maintient largement avec la croissance des novilladas piquées qui atteignent le chiffre de 48 (+15). Pour 2016 la prévision est de 68 corridas et 35 corridas soit 103 spectacles majeurs.

Malheureusement, le travail de lobbying de certaines associations animalistes semble porter ses fruits si l’on en juge par la décision du Conseil d’Etat de juillet 2016 qui rejette le recours de l’UVTF et de l’ONCT sur le retrait du site web du Ministère de la Culture de la fiche d’inventaire de l’’inscription au Patrimoine culturel français obtenue en 2011 et qui par la même refuse de se prononcer sur le fait de savoir si cette suppression suppose une radiation, au motif que lesdites associations sont parties prenantes dans ce processus, alors qu’il s’agit d’une inscription administrative et non politique qui fait suite à un long processus. Le flou subsiste et il est fort à parier qu’il va continuer en cette période électorale : il convient de ne fâcher personne. Dans les faits, il s’agit d’une suppression de fait même si le Ministère sait parfaitement qu’il s’agit d’une décision arbitraire car une culture ne peut-être désinscrite que parce qu’elle n’est plus. Et nous sommes !


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