Rivalités (VI)

LAGARTIJO Y FRASCUELOAprès la rivalité Pedro Romero-Costillares et bien-sûr celle qui a opposé Joselito à Belmonte, le duo Lagartijo vs Frascuelo est, entre les deux autres, le plus célèbre de l’histoire taurine. Il a fonctionné vingt ans durant sur la base du respect mutuel comme en témoigne ce geste du premier lorsqu’il offrit sa montre à son compagnon qui venait de lui dédicacer la mort d’un toro l’année 1873 où il passa plusieurs mois arrêté en raison d’un grave coup de corne.

C’est en 1868 que les deux toreros andalous ont débuté leur affrontement, précisément à Grenade, terre du deuxième, Salvador Sánchez, le 7 juin. Il s’est poursuivi 4 jours plus tard avec une concurrence acharnée aux quites face aux toros de Saltillo, notamment lorsqu’ils se couchèrent tous deux devant un animal dans une émulation qui alla jusqu’à la témérité.

Lagartijo d’un an l’aîné de Frascuelo a pris l’alternative en 1865 et son rival en 1867.

La rivalité commence à Madrid le 19 septembre 1869. Les arènes de la capitale du royaume seront en effet le cadre de leur lutte pour ce qu’on appelle aujourd’hui le leadership mais qui pour eux était partie intégrante du pundonor, l’honneur du torero qui ne veut pas que quiconque soit meilleur que lui en démontrant tout à la fois son courage, ses facultés, son élégance et même son inventivité.

Le 19 juillet 1874 fut l’un des moments phares de ladite rivalité pour la dernière corrida dans les vieilles arènes de la Puerta de Alcalá. Lagartijo et Frascuelo rendirent compte d’un lot d’Aleas.

La rivalité se poursuit aussi à distance comme lorsque le premier s’annonce face à un encierro de Miura et que le second en fait autant avec un de Veragua.

Durant une décennie la rivalité se maintint au sommet puis Rafael Molina devint plus prudent, à l’image de ses estocades et de sa célèbre media lagartijera. Frascuelo semble prendre le pas sur son adversaire à la fin de la décennie 70.

Un autre grand succès commun eut lieu le 30 octobre 1884 dans la capitale espagnole face à du bétail de Miura.

Il ne toréa plus à Séville à partir de 1885 et à Madrid les toros de Palha mirent en évidence les toreros vétérans au prinptemps 1889, l’année où se termine leur rivalité, le 6 octobre, par un dernier mano a mano.

Frascuela prit sa retraite au printemps suivant et Lagartijo poursuivit sa décadence trois années supplémentaires.

Les deux matadors étaient avant tout cela, d’excellents estoqueadores, même si le Cordouan finit par tomber dans la facilité technique que donne l’expérience. Il était un immense banderillero et l’un des premiers à revêtir d’élégance toute suerte du toreo. Face à lui, le Grenadin était le Courage par antonomase, un grand lidiador qui malgré des manières plus rustres ne se laissait pas gagner la partie. Il fut durement châtié par les toros surtout vers 1877 (cornade dans l’abdomen) et 1888, ce qui précipita son retrait. Une véritable opposition de styles et une émulation correspondant à des valeurs d’un autre temps ont été la base de cette rivalité, loin des calculs du marketing moderne, des inimitiés ou des combats de bureau auxquels on assiste dans l’actualité. Il convient cependant de préciser que la rivalité était au moins aussi importante dans les gradins que dans l’arène entre les partisans de l’un ou l’autre sur fond de lutte politique, Lagartijo étant le torero du peuple et Frascuelo celui de la noblesse à une époque où l’Espagne se cherchait déjà entre Monarchistes et Républicains.

Frascuelo fut violemment attaqué par un secteur de l’afición madrilène notamment en 1871, 1876 et 1880 où ses fracasos furent d’anthologie.

Notons pour finir que le premier Calife de Cordoue rivalisa aussi au début de sa carrière avec Cúchares et à la fin avec le grand Guerrita.


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