Don Temple

Urdiales est un artiste dans le sens le plus noble du terme. Il n’y a pas chez lui la recherche d’une beauté artificielle, points de poses et de pointes, de postures à distance ou à toro passé mais du lourd, de la maîtrise, du naturel et du courage pour réaliser, face à des animaux souvent difficiles un toreo de réduction : réduire l’adversaire à sa volonté pour lui permettre de montrer toute l’étendu de sa bravoure, le montrer pour le mettre en valeur et par là-même la dimension incommensurable de son toreo fait de réduction de la vitesse. Avec Puerta nous avions Diego Valor et là nous sommes en présence de Diego Temple, car c’est bien le don premier de Monsieur Urdiales. Ce n’est pas un hasard si Curro Romero himself le suit un peu partout, comme une résurgence de lui-même. Des déplacements réduits à l’essentiel même s’il pratique le toreo de mouvement et le macheteo avec un art – je sais que cela semble un oxymore pour certains – et un classicisme un brin surannés incluant ce temple d’une extrême rareté en font un maître, un torero de torero, un idéal à atteindre plus qu’un modèle à suivre. Heureusement pour les figuras, la qualité et la quantité sont souvent incompatibles. Son toreo est possible avec divers encastes mais pas avec tous les toros. A la véronique c’est un aussi un géant et même face à des pupilles d’encaste Albaserrada il donne de cette suerte une interprétation magnifiée ; il est donc en ce sens meilleur que Curro et Morante réunis.

Diego Urdiales est né à Arnedo, dans la Rioja, le 31 mai 1975. Le 21 mars 1992 il débute avec picadors dans son village où il obtiendra le prestigieux Zapato de Oro en 98.

Il prend l’alternative le 15 août 1999 à Dax des mains du maestro Paco Ojeda et avec un lot de Diego Puerta. Quoique considéré depuis toujours comme un torero de classe, celui que l’on doit désormais appeler Don Diego a été confiné longtemps à des corridas de village et quelques prestations dans des arènes de saison sans grand succès jusqu’au jour où tel un ouragan il a tout balayé sur son passage démontrant qu’il était à lui seul, comme disait Rafael de Paula, une classe de torero.

C’est le 8 juillet 2001 qu’il avait confirmé ce doctorat des mains de Frascuelo et face à des toros de Guardiola. En 2005, c’est aussi d’un guardiola qu’il obtient une oreille chez lui à Logroño, pourtant la campagne suivante se résumera à un unique festival. En 2007, il obtient la grâce à la maison de Molinito de Victorino Martín en coupant une queue symbolique (plus deux oreilles de plus à des toros de Victorino et Cebada). La campagne suivante est bien plus prolifique avec des ponctuations à Saint-Sébastien et Bilbao, où on aperçoit la dimension qu’il va acquérir, mais surtout à Madrid devant un victorino pour la feria d’Automne.

Le 2 mai 2009, il renouvelle ce succès dans la capitale espagnole puis en fait de même à Bilbao (là avec un autre victorino), qui seront dès lors ses deux arènes de prédilection; il donne aussi un aperçu de son art à Saint-Sébastien avant d’essoriller un Torrestrella à Logroño et de donner une vuelta dans la capitale des Espagnes. La capitale économique du Pays-Basque le verra encore toucher du poil en 2010, 2012 et 2013 (Victorino à chaque fois), année où il réalise à Vic-Fezensac une faena mémorable mais c’est à Dax trois ans plus tôt qu’il était « rentré » en France en sortant a hombros des arènes qui l’avaient vu devenir matador avant d’obtenir aussi un trophée lors de la feria du riz. En 2014, Urdiales triomphe à Mont de Marsan et à Dax puis à Logroño avant de couper une grosse oreille à Madrid à un toro d’Adolfo et une autre à Saragosse.

C’est la saison suivante qu’il obtient son premier succès d’envergure lors de l’Aste Nagusia face à des toros d’Alcurrucén. Il avait aussi coupé un appendice auriculaire à Dax et aussi à Saragosse après avoir triomphé à nouveau chez lui par deux fois. Nouveau triomphe à Bilbao en 2016, encore avec les núñez d’Alcurrucén. Après une temporada 2017 très discrète, c’est celle d’après qu’il casse la baraque, renaissant tel le sphinx : Grandes Portes à Bilbao et Madrid avec un toreo stratosphérique en 6 corridas seulement, se consacrant définitivement après 20 ans de métier, le temps de la maîtrise en toutes choses il est vrai. Si quantitativement 2019 a été une bonne moisson elle n’aura pas donné lieu à de réels chef-d’œuvres, quelques esquisses tout au plus.


Laisser un commentaire