Déc 17 2016

Chicuelo

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Manuel JIMÉNEZ  MORENO “CHICUELO

Chicuelo y Corchaito

Chicuelo et Corchaíto

Il est né à Séville, dans le quartier de Triana, le 15 avril 1902. Il est mort dans sa ville natale le 31 octobre 1967.

C’est de son père qu’il a hérité son surnom de matador. Il tua son premier veau à seulement 10 ans et revêtit son premier habit de lumières le 24 juin 1917 à Tejares. Dès ses débuts, il est considéré comme un torero artiste. Il se présenta à Madrid le 8 août 1919 puis arriva à l’alternative avec un grand cartel. Belmonte la lui donne dans la capitale andalouse le 28 septembre en lui cédant Vidriero de l’élevage Santa Coloma. Le 30 septembre il coupe les deux oreilles et la queue dans la Maestranza sévillane avant de confirmer triomphalement son « doctorat » face à Volandero de Veragua des mains de Rafael « El Gallo » le 18 juin 1920. C’est en 1923 qu’il atteint son apogée même si en 1925 le torero de Triana triomphe encore dans des arènes comme Barcelone, Madrid, Séville, Valence et Bilbao. En 1927 il se marie avec la danseuse « La Cordobesita ». Le 24 mai 1928, il réalise un chef-d’œuvre à Madrid avec le toro Corchaíto de Pérez Tabernero. Il sera ensuite le parrain d’alternative de Manolete dans l’ancienne Hispalis le 2 juillet 1930, une corrida dans laquelle il coupera une nouvelle queue. Après la guerre civile il torée peu et tue son dernier toro à Utrera le 1er novembre 1951.

Au-delà du fait qu’il soit le créateur de la chicuelina, il est l’un des plus grands capeadores de l’histoire du toreo, un maître de la véronique, un artiste génial au style dépuré et très personnel, capable de perfection dans toutes les suertes. D’après Cossío, il avait « une connaissance et une maîtrise extraordinaires de son métier et des toros (…). Son courage, et même sa volonté, qui n’ont pas toujours été suffisamment fermes pour soutenir et faire valoir ses exceptionnelles qualités, purent faire défaut, mais il ne déçut jamais »1. Torero irrégulier mais aux triomphes de clameur, il est celui qui va définitivement imposer la liaison des passes en séries ce qui en fait, même si certains ont tendance à l’oublier, l’un des quatre ou cinq toreros les plus importants du XXe siècle après Gallito et Belmonte et avant Manolete ou Ojeda.

1. Cf. Los Toros en deux volumes : tome II p. 526.

 


Déc 3 2016

Enrique Ponce

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Le maestro Enrique Ponce  Martínez vient de recevoir le plus prestigieux des prix, celui de Radio Nacional Española, décerné par les critiques taurins d’outre-Pyrénées. C’est l’occasion de refaire un petit point sur sa carrière.

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Il est né à Chiva (Valence) le 8 de décembre 1971.

Son oncle était le torero Rafael Ponce “Rafaelillo”. Il a revêtu son premier habit de lumières le 10 août 1986 à Baeza (Jaén) et il a toréé avec picadors dès 1988, débutant à Castellón le 9 mars. Sa présentation à Las Ventas a eu lieu le 1er octobre de cette année-là. Il a pris l’alternative dans sa ville natale le 16 mars 1990, parrainé par Joselito. Le premier toro de cette corrida s’appelait Talentoso et appartenait au fer de Diego Puerta. Il confirma cette alternative avec le toro Farruco de Diego Garrido le 30 septembre des mains de Rafael de Paula et en présence de Luis Francisco Esplá. En 1991 il triompha à Bilbao et en 1992 il coupa trois oreilles lors de la Corrida de Beneficencia. Il a été blessé à la cuisse le 13 décembre suivant lors de sa confirmation mexicaine qu’il reçut de Guillermo Capetillo. En 1996 il est ressorti par la Grande Porte de Las Ventas lors de la corrida goyesque, coupant deux fois une oreille, l’une d’elles à un victorino. Le 27 mai il fut énorme en obtenant l’oreille de Lironsito de Valdefresno. Le 26 septembre 1999 il sortit a hombros par La Porte du Prince lors d’une corrida de Victoriano del Río. En 2002, il obtient sa troisième Grande Porte madrilène dans une corrida de la feria de San Isidro. Cette année-là, il reçoit deux coups de corne : à Séville et à Léon. Le 22 juin 2004, à Alicante, un toro de Torrestrella le pénètre de 25 cm dans la cuisse droite et lui fracture une clavicule. En 2005, un toro lui inflige une blessure de 10 cm à Malaga et il réalise une grande faena à Séville le 21 avril 2006 comme à Bilbao le 24 août de la même année, où il coupe une oreille malgré une pétition majoritaire pour la deuxième. S’il s’agissait d’une injustice elle fut réparée le 19 août 2008 lorsqu’il reçut les deux oreilles d’un toro de Ventorrillo. Il coupa une queue dans les arènes mexicaines d’Insurgentes le 8 février 2009, année où il gâche à l’épée une autre faena importante lors de l’Aste Nagusia. En 2010 il coupe un nouveau trophée dans les arènes basques puis arrive aux 2000 corridas pour la corrida goyesque de Ronda. Bilbao continue à être une arène talisman les années suivantes avec une nouvelle oreille en 2011 et un grand triomphe l’année suivante avant un trophée d’un poids certain en 2013. Lors de la saison 2014 il reçoit à Valence un coup de corne au niveau de la clavicule. L’année suivante, il montre un somment de son art à Mont de Marsan. En 2016, il coupe une oreille à Séville en plus d’une série de triomphes dans des arènes de seconde catégorie (ou de 3e comme pour son solo d’Istres). En 2017 il obtient son quatrième triomphe madrilène, le 2 juin, en coupant une oreille de chacun de ses toros de Garcigrande, avec quelques protestations pour le deuxième trophée il est vrai. Il obtient aussi en août sa sixième Grande Porte à Bilbao.

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Enrique Ponce est le torero qui s’est montré le plus régulier dans les années 90 et depuis, après plus de 25 ans de carrière, il continue au plus haut niveau. Il y a plusieurs toreros dans ce torero : sa version la plus superficielle a progressivement disparu même si on peut lui reprocher d’être un partisan de faenas longues et d’avoir recours au toreo de proximité. Parfois appelé « l’infirmier », sa technique lui permet, comme Espartaco avant lui, de soutenir des animaux dénués de force et à la limite de l’invalidité en toréant à mi-hauteur comme personne. Il a aussi toujours su mettre sa science au profit du toreo le plus vrai comme le montre certains succès face aux victorinos ou sa faena face à Lironcito. C’est là que la raillerie cesse et que prend tout son sens son surnom de « Catedrático », le Professeur Ponce si l’on veut. Il a aussi énormément gagné en profondeur mais celle-ci ne se voit que partiellement face au bétail de Juan Pedro Domecq qu’il affronte trop souvent. A Bilbao, il choisit toutefois souvent avec succès l’élevage d’Alcurrucén comme il y a quelques temps celui de Samuel Flores. Bref, Ponce est un exemple d’intelligence torera et son toreo esthétique a atteint avec le temps une dimension artistique de haut niveau en gagnant en naturalité. Son toreo au genou ployé avec la jambe contraire tendue, surtout dans les circulaires finales où il change alternativement de côté est particulièrement original. A Mexico, il a triomphé un total de six fois. A Séville, il a obtenu 10 trophées et une Porte du Prince contre quatre Grandes Portes dans les arènes de Las Ventas et un total de 17 oreilles.


Oct 15 2016

La dynastie Bienvenida

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Après les premiers toreros de la famille à avoir utilisé le nom du village d’Estrémadure du fondateur, banderillero de son état, le surnom « Bienvenida » ajouté au prénom du torero allait fonctionner comme un nom d’usage.

Les deux fils du premier « Bienvenida » devinrent toreros : le premier, José fut banderillero mais c’est Manuel Mejías Rapela qui connut une carrière intéressante de matador avant de devenir le père de six garçons dont cinq deviendraient matadors à leur tour : Manolo, Pepe (qui brillait particulièrement aux banderilles), Antonio, Ángel et Juan (le dernier, Rafael, s’y emploiera aussi avant de se rendre à l’évidence qu’il n’était pas fait pour cette dure profession). Celui qu’on avait surnommé Le Pape Noir avait pris l’alternative en 1905  et eut un bon cartel à Madrid jusqu’à ce qu’un toro lui inflige une grave blessure en 1915.

 Avant Antonio, Manolo Bienvenida a été figura du toreo et restera avec son frère l’autre grand torero de la dynastie.

 Il est né à Dos Hermanas (Séville) le 23 novembre 1912 et il est mort à Saint Sébastien à 25 ans à peine le août 1938, des suites de l’opération d’un kyste.

 Antonio Márquez lui avait cédé le toro Mahometano d’Antonio Flores le 30 juin 1929 à Saragosse où son père aussi avait pris l’alternative. Il triompha en cette journée du haut de ses 16 ans, en coupant les deux oreilles et la queue de cet animal. Il triompha également à Madrid le 12 octobre de cette même année, pour la confirmation de son doctorat taurin, ayant  Marcial Lalanda pour témoin, qui lui céda la mort de Huerfanito d’Alipio Pérez Tabernero. En 1930 il obtient des succès à Valence, le 5 octobre, en coupant quatre oreilles et une queue, ainsi qu’à Séville, le 19 du même mois. Il est gravement blessé à Madrid le 27 avril 1933 mais coupa les deux oreilles dans cette même arène le 19 mai 1935. Il triompha également à Madrid lors de trois corridas organisées au mois de juin 1936.

Manolo Bienvenida fut un torero largo (dominateur et au répertoire varié) et classique, un représentant de l’école sévillane qui dominait un grand nombre de suertes à la cape en plus d’être un très bon muletero. Il était de plus un excellent banderillero et même un bon matador quand il le voulait. Il était de la même génération que les artistes « Cagancho », « Gitanillo de Triana » et Victoriano de la Serna, que le mexicain « Armillita chico » (aussi complet que lui) ou que le torero castillan Domingo Ortega.


Juil 23 2016

Badila

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BADILALe grand Badila, l’un des plus grands picadors de la fin du XIXe siècle, est né sous le nom de José Bayard à Tortosa le 19 mars 1858, d’un père français qui avait pour ami le picador Curro Calderón. Il commença sa carrière en 1870 avec Gonzalo Mora qui lui donna son surnom (badila : pelle à feu) : “Estás tan callado que parece que te tragaste el rabo de la badila”. Le 5 novembre 1876 il se présente à Madrid dans une novillada. Il est picador remplaçant d’Ángel Pastor avec la protection de Frascuelo, dont il est le factotum, parfois el valet d’épée. Il prend part à sa première corrida à Madrid le 28 janvier 1878 face à Lucerito de Miura. Il reçoit l’alternative le 1er juin 1879. A partir de 1881 il fait partie du quadrille de Pastor. Le 8 décembre, il s’exerce au rejoneo – ce qu’il refera parfois – face à un utrero, met pied à terre pour quelques passes dont 5 naturelles puis un pinchazo a recibir et finit par une pega, soit un abrégé des différentes tauromachies. A partir de 1884 et jusqu’en 1890, il est aux ordres de Mazzantini avant de travailler avec divers matadors. Il est gravement blessé à Montevideo le 1er janvier 1890 suite au terrible batacazo provoqué par Cigarrero de Miura. Le 12 mai de la même année, il pique les 6 toros de Veragua pour le départ de Frascuelo et pose des banderilles à cheval au 4e. Entre autres prestations marquantes, le 2 juin 95 il donne 6 piques à Mochuelo de Félix Gómez qui l’envoie valser. En pareilles circonstances, il avait l’habitude de provoquer le toro et de le toréer à la cape. En 1897 commence sa dernière époque où il rentre dans la cuadrilla d’Algabeño. En 1898 il alterne parfois la pique et le rejón. Le 26 avril 1900, à Valence, après avoir été renversé par Chato de Pablo Romero, il se mit à genoux, de dos face au toro. Durant sa carrière, à une époque particulièrement dure, il a assisté à la mort de plusieurs toreros, dont Dominguín, mort dans ses bras à Barcelone. En 1902, il est picador pour Reverte mais ne torée pas l’année suivante. Sa dernière corrida a lieu le 24 septembre 1905 à Madrid face à Señorito de Bañuelos. Il est mort le 28 février 1906.

Il a fait évoluer l’habit et l’équipement du piquero avec la gregoriana. Il fut aussi le vice-président de la première Association des picadors.

Badila 2Badila à Toulouse pour sa dernière saison


Juil 16 2016

Rivalités (IV)

Publié par Giraldillo dans Histoire, Portraits      

Dans les années 30 deux toreros mexicains qui n’ont pas vraiment atteint les positions les plus élevées dans leur profession, ont été les protagonistes d’une rivalité qui a fortement séduit l’afición espagnole, notamment celle de la capitale.

Luis Castro “El Soldado”, est né le 25 août 1912 à Mixcoac. Il rentre comme employé des abattoirs dans la perspective de sa vocation (le maniement de l’épée y a longtemps été accepté) avant de revêtir l’habit de lumières dans sa ville natale en 1932, sans aucune préparation mais avec succès, ce qui lui vaut de se présenter dans la capitale le mois suivant avant de faire  21 paseos de plus cette saison là (!!!). Il prend l’alternative le 5 mars 1933 et arrive en Espagne où il se présente à Madrid comme novillero le 20 juillet. Le 29 juillet de l’année suivante, commence dans la capitale espagnole sa grande rivalité avec Lorenzo Garza dans une course qui se transforme en mano a mano suite à la blessure de Cecilio Barral. Il coupe la queue de son premier, de Gamero Cívico. Le 17 mars 35 il reçoit son alternative européenne à Castellón des mains de Rafael El Gallo et en présence de Garza, coupant la queue de son toro d’alternative. Il la confirme le 2 mai avec El Gallo et Lalanda à l’affiche. Il est mort dans la capitale mexicaine en 1990. Il a toréé à la cape avec variété et majesté. Il a été l’un des meilleurs capeadores de sa génération et un torero complet qui banderillait, en particulier au quiebro, et auquel il ne manquait pas du courage. Une de ses particularités étaient ses estocades portées avec un mouchoir.

El Soldado

Lorenzo Garza, est né à Monterrey le 14 novembre 1909. Il torée 5 novilladas en 1932 en Espagne puis 15 l’année suivante où il prend l’alternative le 6 août à Santander des mains de Pepe Dominguín mais y renonce l’année suivante. Son immobilité et sa témérité impressionnent parfois mais c’est le 29 juillet, à Madrid, qu’on va vraiment commencer à s’intéresser à lui. Les arènes sont remplies les 9 et 23 août pour les mano a manos avec El Soldado. Il reçoit une nouvelle alternative le 5 septembre 1934 des mains de Juan Belmonte. En 1935, à son retour du Mexique, il torée 43 courses en Espagne. Entre les conflits syndicaux des toreros mexicains et espagnols, puis la Guerre Civile, il ne torée plus en Espagne jusqu’en 1945 où il coupe une oreille à Madrid et reçoit un coup de corne à Barcelone. Il est ensuite devenu acteur et s’est éteint dans son pays en 1978. Cossío dit qu’il se passait les toros près du corps mais qu’il n’était pas un grand dominateur.

Garza


Juil 9 2016

Troni

Publié par Giraldillo dans Portraits      

El TroniL’histoire taurine oublie trop souvent ces acteurs essentiels de la Fiesta que sont les picadors, porteurs au même titre que les matadors de l’habit d’or. Francisco Sevilla « El Troni » est l’un des plus grands d’entre eux à la grande époque des varilargueros puis qu’il vécut dans la première moitié du XIXe siècle, probablement entre 1806 et 1841. Selon Recoertes, les autres grands noms de cette époque sont José Trigo et Luis Corbacho.

Né apparemment à Séville, il se présenta à Madrid le 4 octobre 1830 et y « lidia » en continu jusqu’en 1841 où il fut victime d’un batacazo provoqué par le toro Ventero de Veragua. Cependant, d’après Cossío, il serait mort des suites d’une chute dans un village des alentours de la capitale. Curro Sevilla toréait parfois à pied et il lui est même arrivé à plusieurs reprises de tuer un toro. Sánchez de Neira dit qu’un jour de l’année 1833, à Madrid, où il était attrapé sous le cheval auquel le toro donnait un coup de corne, il a attrapé  l’autre à deux mains pour renverser l’animal. Il a été admiré par des personnages aussi illustres que Prosper Mérimée et Théophile Gautier, plus pour son courage que pour sa technique semble-t-il. Il fut picador du grand Paquiro.


Juil 2 2016

La reconnaissance du Pirate

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Juan José Padilla est né à Xérès le 23 mai 1973. Après avoir débuté avec picadors fin 1989 il prend l’alternative à Algeciras le 18 juin 1994 des mains de Pedro Castillo. Il a confirmé à Madrid le 10 septembre 1995 avec Frascuelo comme parrain. Il reçoit tous ses adversaires à portagayola en 2000 ce qui lui confère une réputation auprès d’un certain public. Mais au-delà de ce geste, le « Cyclone » ou Terremoto (tremblement de terre) de Jerez a affronté les élevages les plus difficiles en prenant souvent de grands risques.  Cette année là il obtient à Séville une oreille d’un miura puis arrache deux trophées à des toros de Cebada Gago à Bilbao. L’année suivante, comme une prémonition il reçut un coup de corne au cou dans les arènes de Pampelune. Le 21 août 2005, dans la ville que les Basques nomment Donostia, il obtint 3 oreilles et une queue symbolique en graciant Muroalto de Victorino Martín avant de couper deux trophées de plus dans la voisine Bilbao ce qui en fait le triomphateur de l’Aste Nagusia ayant coupé une autre oreille lors de son deuxième engagement. La saison suivante il coupe à nouveau une oreille à Séville puis triomphe encore dans ses arènes de Bilbao comme il le fait une fois de plus à Saint Sébastien face à des victorinos en 2009. En 2010, il « touche du poil » à Pampelune et Bilbao puis reçoit d’un toro d’Ana Romero cet affreux coup de corne du 7 octobre 2011. Il réapparaît cependant dès le début de la saison suivante aux côtés des figuras, Manzanares en particulier, en triomphant partout, notamment à Valence ou Pampelune. Il renouvelle son succès aus sanfermines 2013 avant d’être déclaré triomphateur de la feria de Saragosse, comme l’année précédente. Entre orthodoxie et toreo bouillonnant, devenu le torero avec le plus d’engagement, il est un exemple de professionnalisme, n’admettant pas que le public venu voir « le pirate » ait pu s’ennuyer. En 2014 il triomphe une fois de plus au coso de la Misericordia où il est une figure incontestable puis semble baisser un peu de ton même s’il obtient un appendice auriculaire la saison suivante dans cette Maestranza qui le regarde avec plus de condescendance que de compassion mais qui lui ouvre sa Porte du Prince pour le sommet de sa carrière (qu’il est dur d’être reconnu chez soi), le 16 avril 2016. Fin 2018 il met un terme à sa carrière.

ABC

Accusé de superficialité beaucoup n’ont pas su voir son courage, sa qualité première, et n’ont pas reconnu sa capacité à amener aux corridas dures un public qui n’y serait jamais venu. Tout le monde en convient maintenant mais ce n’est pas nouveau, Padilla est un exemple de dépassement de soi et le symbole du sacrifice que représente devenir torero car il a toujours voulu être quelqu’un et il y est parvenu malgré certaines limitations. Non il n’a pas été le populiste « trémendiste » dépeint mais il est plutôt à classer parmi les toreros de valor comme Manili ou Galán. On peut remonter à El Espartero ou Reverte pour constater qu’il y a toujours eu des toreros de cette classe pour participer à la diversité taurine même si les gardiens du temple voudraient ne voir que des techniciens froids et ennuyeux à mourir. Comme tous les toreros, il a eu ses mauvais jours mais on ne peut les prendre en exemple de son essence. Ce serait faire comme les antis qui ne voient dans la tauromachie que des coups de descabello répétés ad eternam. Sans être un torero d’époque il était une figure de la tauromachie, une gueule ayant son public, il est devenu une icône avec ses inconditionnels, un symbole, humainement et « tauromachiquement » parlant. Comme torero, il jouit de sa situation nouvelle de torero choyé mais loin de tomber dans la facilité et sachant d’où il vient comme d’où il revient il se dépasse pour être à la hauteur du mythe qu’il est en train de se créer, ne cherchant pas la compassion mais l’admiration dans le frisson.


Juin 25 2016

Rivalités (III)

Publié par Giraldillo dans Histoire, Portraits      

Cándido et Guillén ont été les protagonistes de la deuxième rivalité de l’histoire du toreo après celle de Romero et Costillares et la première du XIXe siècle. Rappelons le contexte de ces années là : Pepe Hillo venait de mourir en 1801 alors que 4 ans plus tard Carlos IV et Godoy interdisaientnt les corridas. Cette même année de 1805 sera celle de la défaite franco-espagnole de Trafalgar, au sud de Cadix – où apparaîtra rapidement la première Constitution espagnole – contre l’Angleterre. Trois années plus tard, l’ancien allié envahit le territoire espagnol et le dominera un lustre, non sans résistance, jusqu’en 1813, pendant une guerre d’indépendance qui désorganisera l’empire espagnol au point de provoquer l’émancipation des colonies américaines. Quelques années plus tard, le roi absolutiste Fernando VII, après que le général Riego n’ouvre la parenthèse libérale de 1820-1823, rachètera en 1832 l’élevage créé par José Vicente Vázquez.

Jerónimo José Cándido est le fils du célèbre matador José Cándido, tué par un toro au Puerto de Santa María. Il devint l’élève de Pedro Romero avant d’entrer dans son quadrille puis de devenir son gendre. De 1792 à 1800, il est demi-épée puis semble se retirer un temps des arènes avant la prohibition. En 1810, il connaît un grand succès à Madrid aux côtés de Curro Guillén puis se retire à la fin de la saison 1812 pour réapparaître en 1816, moins fringant, jusqu’en 1823. Ni rondeño ni sevillano, il emprunte aux deux écoles. Son toreo est sobre et un peu à la défensive. Il préfère le volapié mais crée l’estocade al encuentro. En1820, il reçoit un coup de corne à Madrid puis à Medina del Campo en 1822. Une fois retiré, il obtient un emploi à Sanlúcar de Barrameda avant de devenir le directeur-adjoint de l’école de tauromachie de Séville. Il torée à nouveau à Madrid en 1834 puis lors des saisons 1837 et 1838, à l’âge de 75 ans environ. Il meurt peu après, dans la capitale, le 1eravril 1839. Très varié, il fut le premier torero largo, en fait le fondateur de l’école de Chiclana où l’efficacité est aussi importante que les fioritures.

Curro Guillén, Francisco Herrera selon l’état civil, serait né à Utrera le 16 novembre 1783. Il était fils et petit-fils de matador. Cándido le prend comme banderillero en 1797-98 avant de toréer semble-t-il face à lui à Madrid ou Séville. Il se montre à son avantage dans la ville de l’ours et de l’arbousier en 1803 en tant que demi-épée, une ville où il semble s’être présenté le 3 septembre 1799. Il perd vie le 21 mai 1820, tué par un toro de Cabrera à Ronda alors qu’il s’apprêtait à l’occire en recevant sa charge, comme il convient à Ronda, selon ce que je venais de lui rappeler un spectateur. Il commence sa rivalité avec Cándido en 1810 et celle-ci se poursuit l’année suivante dans les corridas madrilènes organisées par José Ier El Botella, le frère de Napoléon Ier. Après un séjour prolongé au Portugal, il revient en Espagne en 1814. La rivalité avec Cándido reprend en 1816, mais ce dernier est à ce moment-là physiquement diminué. C’est en 1819 qu’il atteint l’apogée de sa carrière. Torero à la fois physique et technique, enjoué, en bon sévillan, complet sans être un grand estoqueador, il tuait autant a volapié qu’a recibir.

Tragabuches, le bandit torero qui a inspiré Mérimée, et Panchón, sont à ce moment là les meilleurs représentants de l’école de Ronda. Par la suite El Sombrero et Juan León, deux sévillans, élèves de Guillén tous deux, vont donner jour à une nouvelle rivalité dont on parlera une prochaine fois. Pour l’anecdote, disons simplement que Juan León a également été pris par le toro ayant tué Guillén alors qu’il tentait un quite salvateur pour son ancien maestro, l’animal portant au bout de chaque corne un torero, comme on peut le voir dans cette lithographie :

Muerte de Curro Guillén Atienza


Juin 11 2016

Talavante

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TalavanteAlejandro Talavante est né à Badajoz le 24 novembre 1987. Elève de l’école taurine de sa ville natale, il revêt son premier habit de lumière en 2001 avant de recevoir son baptême du sang à Hagetmau. Le 1er février 2004, il fait sa présentation avec picadors dans les arènes françaises de Samadet avant de se fracturer le coude au mois d’août. Il perd à l’épée la grande porte madrilène le 24 mai 2006, deux mois après sa présentation remarquée dans l’arène venteña.

C’est à Cehegín qu’il prend l’alternative, le 9 juin suivant, avec Morante pour parrain et en présence d’El Fandi (toro Pesadilla de Benjumea).

Grâce à une capacité à rester dans le sitio et à supporter la charge des toros pour enchaîner les passes, son début de carrière est explosif, malgré un coup de corne qu’il reçoit à l’Escurial au mois d’août, ce qui ne l’empêche pas de couper une queue à Linares quelques jours plus tard.

En 2007, il commence sa saison par un succès à Valence avant de couper les deux oreilles à un manso de Puerto de San Lorenzo le 8 avril, dimanche de Pâques, pour sa confirmation d’alternative, accompagné d’El Juli et de Manzanares à l’affiche. Quelques jours plus tard il sort également par la Porte du Prince en découvrant le secret du temple. Si peu de toreros ont réussi à triompher à la fois à Madrid et à Séville, le faire dans la même saison est encore plus rare. A Pampelune, il coupera un appendice auriculaire à un toro de Cebada Gago.

La saison 2008 commence par une bonne faena à un toro d’Adolfo Martín à Madrid suivie d’une oreille mais elle n’est pas au niveau de la précédente. Son plus gros succès lors de la saison suivante est un double trophée à Séville le 25 avril. Côté pile, il reçoit à Palencia un coup de corne dans la jambe en septembre 2010.

Le jour de Saint Isidore de la temporada 2011 il coupe deux oreilles à Cervato, un toro d’El Ventorrillo (élevage qui lui avait permis de se révéler quand il était novillero), avant de réaliser une autre grande faena 5 jours plus tard. La fin de saison est également propice aux triomphes avec une oreille à Séville pour la San Miguel et une grande faena à un jabonero de Cuvillo, Esparraguero, le 9 octobre.

L’année suivante, après un double triomphe à Mexico, il coupe deux fois une oreille à Séville puis sort par la Grande Porte madrilène lors la corrida de Beneficencia avant d’obtenir un trophée à Bilbao puis un autre à la Maestranza en septembre.

En 2013, il échoue pour sa deuxième encerrona à Madrid, cette fois face à 6 victorinos 6 mais se rachète le 24 mai en coupant les deux oreilles à un manso de Victoriano del Río, pour sa quatrième sortie a hombros des arènes de la capitale.

Pour la saison 2014 il offre une bonne dimension dans ses arènes de Madrid mais l’ensemble est décevant, donnant parfois l’impression de toréer de manière mécanique.

En 2015, il prouve, sans réaliser une temporada énorme, qu’il est bien là et qu’il faut compter sur lui. Managé par la FIT après la période Chopera, il coupe une oreille à Madrid, l’un des faits d’armes les plus marquants jusqu’à la corrida en solitaire de Malaga et ses prestations de Saragosse où il est impressionnant.

Il montre en 2016 qu’il est en pleine maturité, avec un poignet prodigieux, à lui seul capable de déplacer les toros, et une assise du corps qui suppose un courage froid exceptionnel : oreille à Séville de dimanche de Résurrection puis deux fois un trophée à Madrid, la première face à un toro très compliqué, la deuxième à un manso, prouvant à chaque fois sa condition de figura máxima.

Le 25 mai 2018 il sort pour la cinquième fois par la Grande Porte madrilène accompagné par López Simón en essorillant le toro Cacareo de Núñez del Cuvillo.

Depuis ses débuts, où, sous l’égide de Corbacho (rupture courant 2009), l’influence tomasista était claire, son toreo vertical a évolué vers plus de personnalité et a gagné en profondeur mais aussi en variété, notamment en remettant au goût du jour la passe inventée par Carlos Arruza. Il est aujourd’hui capable de s’imposer face à un grand nombre de toros et il est sans doute aujourd’hui le torero le plus équilibré dans les 3 trois dimensions toreras : technique, art et courage. On lui reconnaît désormais une inventivité et une capacité à surprendre, à la cape comme à la muleta, qui en font l’un des toreros les plus intéressants à suivre. Avec l’épée il est en train de devenir très sûr, laissant derrière lui les problèmes qu’il avait connus avec les aciers en début de carrière.

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Juin 3 2016

El Pana est mort

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El Pana

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El Pana, torero mexicain de 64 ans, était tétraplégique depuis le 1er mai 2016, suite à la voltereta qu’il a reçu dans les arènes de Lerdo (Durango). Souffrant de problèmes cardiaques et pulmonaires, il était hospitalisé dans un état critique à Guadalajara et sa vie ne dépendait que de la respiration artificielle. Conscient de son état, il réclamait la mort, survenue ce 2 juin.

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Rodolfo Rodríguez est né le 22 février 1952 et a d’abord exercé la profession de boulanger, d’où son surnom, puis a connu une vie pour le moins dissolue et quelque peu romanesque, entre maisons closes, prison (pour rébellion ou espontáneo) et alcoolisme. Ironie du sort, le toro qui l’a mis à la retraite de la vie faisait lui aussi partie de la boulange : Pan francés.

Celui que l’on surnomme le Sorcier d’Apizaco a pris l’alternative le 18 mars 1979 dans les arènes de la capitale de son pays natal des mains de Mariano Ramos et en présence de Curro Leal.

En 1986 une vache lui a infligé un grave coup de corne dans le ventre.

Il réapparaît le 7 janvier 2007 dans les arènes de México et coupe deux oreilles qui transforment son adieu en renaissance et le mépris qu’il a souvent connu en admiration. Cette prestation conduit à sa présentation en Espagne, le 29 février 2008, lors d’un mano a mano avec Morante dans les arènes madrilènes du quartier de Carabanchel. Il fait sa présentation en France le 20 juillet 2014, à 62 ans, dans les arènes de Saint-Vincent de Tyrosse, avant Mauguio en 2015.

El Pana toréait comme il était : avec extravagance mais avec profondeur. Capable du meilleur comme du pire (il a écouté plus d’une fois les 3 avis), il était capable d’interpréter un grand nombre de suertes surannées.

Le Sorcier dans ses œuvres

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