Le Pays Lointain

Lagarce a réécrit en 1995 Juste la fin du monde et ça a donné Le Pays Lointain.
Clément Hervieu-Léger a monté cette pièce qui dure 4 heures ! Nous avons eu la chance de rencontrer un acteur.

Rencontre entre Daniel San Pedro , acteur du Pays Lointain , mise en sce?ne Cle?ment Hervieu- Le?ger et les premie?res L du Lyce?e Rascol

Pourquoi avoir dans la mise en sce?ne changer le lieu des retrouvailles ? Chez lagarce , c’est la maison familiale, ici une aire d’autoroute ?
Le parking repre?sente le carrefour d’une vie, le lieu de tous les possibles, ce peut-e?tre le lieu des rencontres nocturnes et furtives comme on put l’e?tre les rencontres dans la vie de Louis. Symboliquement , cela repre?sente aussi la famille de Louis et les sorties chaque dimanche qui sont e?voque?es le plus souvent par la me?re.!

Pourquoi une voiture immobile dans le de?cor ?
La voiture suscite l’imagination: on sort le pique-nique comme si on venait de rouler avec mais elle est sur cale, donc elle est comme une e?pave. Chacun des personnages a? son tour investit la voiture, rentre dedans, monte dessus… Elle repre?sente le temps arre?te? , a? la fois le voyage et l’immobilite?.!

Et la cabine te?le?phonique ?
Elle est a? la fois un objet d’utilite? dramatique: He?le?ne te?le?phone a? Longue date pour savoir comment se passent les retrouvailles , c’est un e?le?ment de jeu, les 12 personnages pre?sents sur sce?ne tournent autour. C’est un e?le?ment d’e?poque, la cabine te?le?phonique des anne?es 90 , qui n’existe plus a? notre e?poque. De plus esthe?tiquement , c’est inte?ressant : c’est vertical alors que tout est horizontal dans le de?cor.!

Pourquoi Louis se met-il nu a? la fin ? Est-ce difficile la nudite? sur un plateau de the?âtre ?
C’est l’ide?e du passage de la vie a? la mort. D’ailleurs Louis plie consciencieusement ses habits en les enlevant un par un, il se pre?pare a? la mort. Dans la mort , tu te retrouves nu comme quand tu es venu au monde. La nudite? pour l’acteur n’est pas difficile quand la mise en sce?ne l’exige. D’ailleurs, tous les personnages morts e?taient pieds nus , comme s’ils e?taient de?ja? passe?s de l’autre côte?. Le spectateur , par contre, lui peut être gêne? par la nudite? de l’acteur.
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Comment s’est ope?re? le choix des costumes ?!
Ce sont les costumie?res qui ont choisi les costumes et les ont propose?s aux acteurs, ils e?taient libres de dire s’ils se sentaient bien avec. Ils sont tous date?s des anne?es 80, des surve?tements , robes ou jupes. Seul Louis avait une gabardine de style parisien pour e?voquer le fait qu’il vive a? Paris et qu’il soit e?crivain. Les costumes sont a? la fois cousus par les costumie?res et certains ont e?te? achete?s dans des friperies.!
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Comment expliquez-vous la pre?sence du mur qui a? la fin s’ouvre ?!
Le mur c’est la frontie?re entre la vie et la mort. Les deux personnages morts y sont souvent dessus et observent les vivants. De temps en temps ils en descendent pour se me?ler de la vie des vivants. A la fin , il s’ouvre et Louis part a? travers l’ouverture dans une obscurite?, un no mans land d’herbes et d’eau: il part vers la mort. Le mur , c’est aussi un e?le?ment esthe?tique.!
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Comment s’est passe? votre travail d’acteur pour apprendre le texte de Lagarce ?!
Nous avons eu beaucoup de mal car c’est une langue re?pe?titive et pas facile a? lire silencieusement. Quand elle a e?te? oralise?e et joue?e sur le plateau, elle s’est e?claire?e d’elle me?me: la langue de Lagarce est tre?s the?a?trale : il faut l’oraliser pour la comprendre.!
Nous n’avons re?pe?te? que 6 semaines, tous les jours, 8h par jour. Et c’e?tait dur car les monologues sont longs.!
Il n’y a pas de place laisse?e a? l’improvisation : le moindre fou rire est calcule?, contro?le?.!
Une dramaturge universitaire spe?cialiste de Lagarce e?tait la? aussi sur le plateau pour re?pondre a? nos questions et nous permettre de mieux apre?hender les personnages.!

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Vous aviez des micros, des oreillettes ?!

Des micros, oui, car sur cette grande sce?ne du the?a?tre d’Albi, le metteur en sce?ne voulait qu’on entende les acteurs chuchoter et parfois les voix se chevauchent, c’est pour montrer la choralite? des voix, la simultane?ite? de certains sce?nes. Des oreillettes, non.!

C’est une pie?ce violente ou? il y a beaucoup de corps a? corps, est-ce difficile de jouer ces bagarres, ces disputes ?!
C’est indispensable pour montrer l’importance du rapport au corps chez Lagarce , a? la violence des rapports (rapports physiques parfois violents, amour de?sir mais aussi bagarre avec le fre?re , au sein de la famille).!

Le personnage « un guerrier, tous les guerriers », celui que vous jouiez e?tait difficile a? comprendre. Pouvez-vous nous expliquer votre personnage ?!
Je repre?sente symboliquement , toutes les potentialite?s de rencontres que Louis a eu ou aurait pu avoir dans son existence. C’est presque un miroir de Louis. Le personnage de?multiplie? que j’incarne , c’est la repre?sentation des rendez-vous multiples qui jalonnaient la vie de Lagarce, des relations souvent violentes, e?phe?me?res, anonymes , d’ou? le nom du personnage. Le Sida e?tant la maladie, l’ennemi a? abattre , les hommes e?taient comme au combat , a? la chasse…!

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