Archive

Articles taggués ‘Style International’

Egg™, 3316, Egg Chair, easy chair – Products – Fritz Hansen

Zeitgeist

 

Le Modernisme « classique ” /  le Postmodernisme “baroque”

 

Brno chair

années 30

CrownHall

années 50

Bureau Retour de Nouvelle Guinée

années 80

Obaluenaga House

années 80

SIGNIFIANT

formes géométriques, cuir, métal, noir, chromé, trame constructive, structure porteuse

formes géométriques, verre, métal, noir, transparent, trame constructive, structure porteuse  formes géométrique, couleurs vives, multiples volumes complexes, exotisme formes géométrique, couleurs vives, multiples volumes complexes
SIGNIFIE
  • sobriété formelle
  • matériaux industriels
  • rationalisme constructif
  • efficience (fonction d’usage), ergonomie
  • valeur d’estime : modernité, efficience,  idéal classique
  • parodie du vocabulaire néoplastique
  • parodie de la trame constructive
  • complexité
  • association, juxtaposition, rupture, déconstruction
  • valeur d’estime : postmodernité, objet ludique, poésie, contestation baroque

.

L’esprit classique peut se définir par l’usage d’une grammaire raisonnée, et l’esprit baroque  par la remise en question de cette même grammaire.  En créant l’ordre colossal, Michel Ange utilise l’ordonnancement vertical et horizontal du langage classique de l’architecture (colonnes, pilastres, chapiteaux, entablement), mais au lieu d’un ordre par étage comme dans le modèle classique du Colisée romain, les pilastres du Capitole qu’il construit à Rome, en franchissent deux. Ainsi le « maniérisme » de  Michel Ange théâtralise la façade, lui confèrent grandeur et force. Les architectes baroques Le Bernin et Boromini suivront ce chemin de libération de l’ordre classique, en courbant leurs façades, et en exagérant certains éléments. On retrouve dans l’architecture et le design postmoderne des années 80, cette remise en cause et ce besoin de ce libérer d’un modèle, celui du style fonctionnel moderne de l’entre-deux guerres et international des années 50. En comparant la Brno chair de Mies Van der Rohe et du Crownhall d’une part et  le bureau Retour de Nouvelle Guinée et la Obaluenaga house, d’Ettore Sottsass d’autre part, et nous verrons en quoi leur esthétique est porteuse de l’esprit de l’époque dans laquelle ils ont été créés.

Le vocabulaire de la Brno chair de Mies Van der Rohe des années 30 et du Crownhall des années 50, est similaire : formes géométriques, métal, cuir pour le premier et verre pour le second, couleur noir, transparence, chrome, trame constructive orthogonale et structure porteuse. Le bureau Retour de Nouvelle Guinée et la Obaluenaga house, d’Ettore Sottsass, datant des années 80, présentent aussi des similitudes formelles : formes géométrique, couleurs vives, volumes complexes. Ils sont encore assujetties à une trame constructive orthogonale qui est une caractéristique du modernisme, mais ils sont déconstruits en de multiples volumes.

La sobriété formelle de la Brno chair est issu de la rationalisation de l’emploi des matériaux et répond à la fonction ergonomique d’une assise. Sa structure porteuse en porte à faux (en cantilever) réalisée en métal chromé plat, rendent le support confortable grâce à ses qualités de souplesse et d’élasticité. Les parties assise et dossier, réalisées en cuir, s’adaptent à la forme du corps et répondent aussi à cette préoccupation ergonomique. Pour le Crown Hall (école d’architecture) de Chicago, Mies van der Rohe conçoit une structure porteuse métallique extérieure : deux grands portiques qui soutiennent le plan horizontal du toit. Cette structure visible est un manifeste pour une architecture lumineuse et modulable. Les murs qui ne sont plus porteur sont remplacés par des (murs) rideaux de verre à l’extérieur, et  par des cloisons légères que l’on peut agencer selon les besoins pour les différents enseignements à l’intérieur. Au contraire le bureau Retour de Nouvelle Guinée et la Obaluenaga house, d’Ettore Sottsass semblent être le résultat d’un jeu de construction enfantin (dont le but pédagogique est de développer la créativité ). Ainsi ils génèrent un discours poétique qui trouve des échos dans notre mémoire d’enfant et dans notre culture.

Le mouvement Moderne de l’entre-deux guerres et ensuite le mouvement International des années 50, présentent les mêmes caractéristiques esthétiques fonctionnelles et rationnelles : pas d’ornementation, mais l’adéquation entre la fonction, la structure, la forme, les matériaux et la technologie mise en œuvre. Entre les deux guerres, le Bauhaus (représenté par Walter Gropius, Mies Van der Rohe, Marcel Breuer entre autre), et le groupe des architectes et designers de l’UAM (Union des artistes modernes, autour de Robert Mallet Stevens, Le Corbusier, Charlotte Perriand, Jean Prouvé…), orientent leurs recherches vers l’efficience de l’objet autour de sa fonction d’usage, et des possibilités qu’offre la production industrielle. Les nouveaux matériaux et l’évolution des techniques permettront de répondre aux besoins urgents des populations, après guerre : matériaux industrialisés et nouvelles technologies, productions en série à moindre coût et donc accessibilité à tous. La reconstruction va ainsi générer une période de prospérité pendant une trentaine d’années (période qui va prendre le nom de trente glorieuses).

Le design des années 80 nait dans un contexte mouvementé post société de consommation : sida, chute du mur de Berlin, catastrophe de Tchernobyl, émergence des ordinateurs individuels… Référence, époques et matériaux se télescopent pour créer des meubles concepts, qui énoncent un discours, se moquent, détournent, interrogent. Ettore Sottsass est représentatif du courant postmoderne des années 80, qui se libère du fonctionnalisme et prône la fantaisie. Son travail, en assemblant librement formes géométriques simples, trame constructive orthogonale et couleurs primaires, parodie l’esthétique  du mouvement de Stijl de l’entre deux-guerres influencé par le néoplasticisme de Mondrian.

La Obaluenga house  est un assemblage éloquent de boîtes en forme de maison ou de hangar, quand la façade tripartite du Crown hall scandée pas la verticalité des arches porteuses pourrait se référer aux façades classiques. Ces architectures sont apparemment aussi dissemblables que la sobre Brno chair et le bureau Retour de Nouvelle Guinée dont le nom est déjà une invite joyeuse et exotique. Mais le pouvoir expressif des ces mobiliers et de ces architectures, ne nous parle t-il pas des valeurs selon lesquelles nous voulons vivre. Ainsi l’architecture et le design sont profondément influencés par le « Zeitgeist » (l’esprit de l’époque) dans laquelle ils ont été crée. Ils sont les témoins du style de vie de leur temps. D’un côté les créations de Mies van der Rohe, sont à l’image de la modernité, de l’efficience fonctionnelle du mouvement moderne de l’entre-deux guerres et du mouvement international des années 50.  Leur rationalisme rappellent  l’ordre et la raison de notre culture classique. De l’autre, les créations d’Ettore Sottsass  reprennent le langage classique du modernisme pour le dévoyer. Elles créent un nouveau langage baroque et contestataire fidèle en cela à l’esprit des années 80.

Liens : Le Crown Hall, Ettore Sottsass