Les platanes de l’école

se recouvrent d’encre bleue

et de réglisse.

Dans la rue, les enfants glissent

en même temps que les mères.

On voit sauter les cartables

le long des trottoirs.

Les mamans crient : fais attention!

Et voilà que des alphabets et des fables

se répandent dans le soir.

Des verbes de toute sorte,

irréguliers et réguliers,

et des chiffres par milliers

s’échappent des fins cahiers

s’évadent des gros volumes

et courent de porte en porte

pour étonner les habitants

et les passants.

Tandis qu’au fond de l’école,

tous les rois se sont endormis,

les bons et les mauvais.

Et même Vercingétorix

a refermé ses yeux d’onyx.

Jeanne d’Arc ne bouge plus.

Colbert et Pasteur étouffent un bâillement

puis s’allongent au fond

de la bibliothèque.

Un chien gémit, des télés

bavardent dans les maisons.

Les enfants s’en vont courant,

les enfants s’en vont balançant

leurs cartables pesants,

les enfants s’en vont répandant

les règles de grammaire et les

fautes d’orthographe.

Et les mamans s’en vont criant:

faites attention, les enfants!

Les vieux rois s’endorment,

les enfants sautillent.

Le balayeur dans la cour

ramasse des perruques mornes.

Un merle siffle. Une télé

raconte on ne sait pas trop quoi.

Les enfants sautillent, les enfants babillent.

L’avenir commence

d’une porte à l’autre.

Et les mamans s’en vont criant :

Faites attention, les enfants !

Pierre Gamarra

Des mots pour une maman/éd Ouvrières

 

 


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