Lettre d’OLLIVIER POURRIOL prix Segalen

Ollivier Pourriol lauréat du prix Segalen 2011, vient de nous envoyer cette magnifique lettre :
« Chers amis,

Je ne sais pas si l’on peut se dire amis après s’être croisés une seule fois, et qui plus est, dans une salle de classe, mais l’amitié revêt bien des formes, et paradoxalement, je crois que l’on peut se dire ami même d’inconnus. J’aimerais donc, chers amis, vous remercier d’avoir choisi « Le peintre au couteau », mais plus encore, de l’avoir lu, ou au moins d’avoir essayé – car pour ma part, je crois que lorsque j’étais en classe de seconde, je n’aurais pas aimé ce genre de livre ; ou plutôt, je n’aurais même pas essayé de le lire. La curiosité et la liberté sont les deux plus belles preuves d’amitié que vous pouvez vous faire à vous-même, et j’aimerais donc remercier aussi bien celles et ceux d’entre vous qui ont choisi mon livre, que ceux et celles d’entre vous qui en ont choisi un autre. Choisir un livre, c’est s’en faire un ami, c’est fréquenter un inconnu, parfois un mort. Les amis, dit Simone Weil, comme les œuvres d’art, valent par leur seule présence. La vie d’un livre est une chose mystérieuse. Il ne vit que par ses lecteurs. Je vous remercie avant tout de cela : d’avoir fait vivre ce livre, en espérant qu’il vous aura, lui aussi, offert de la vie. Quelque chose en plus. Comme un ami, qui vous voudrait du bien. Je vous remercie donc à la fois de ce prix littéraire, et d’accorder du prix à la littérature. Bien sûr, vous êtes encore à l’école, et la lecture y est souvent mêlée d’une pointe, parfois douloureuse, d’obligation. Mais les plus beaux voyages sont ceux que l’on n’avait pas prévus. Prenez l’école comme un voyage. D’un avion non plus on n’est pas libre de descendre n’importe quand, et le temps peut paraître long. On regarde par le hublot, on aimerait se dégourdir les jambes. Et puis vous êtes en seconde, c’est vrai. Mais il n’y a pas que la classe qui compte. D’ailleurs bientôt, vous serez en première… Quand vous en aurez terminé avec l’école, et que la vraie vie commencera, vous vous en apercevrez : elle a déjà commencé. J’ai été heureux de croiser votre route, vos regards, vos questions et vos imaginations. Je vous souhaite à tous une belle vie, et boirai mon prix à votre santé. En espérant vous revoir un jour, si la vie le permet.

Un ami, qui vous veut du bien. »
OLLIVIER POURRIOL

Commentaires

Votre commentaire