On doit le conte philosophique à Voltaire qui l’inventa avec Zadig en 1747.Ce genre littéraire présente plusieurs avantages qu’il convient de rappeler :
– Tout d’abord, sa lecture en est aisée et plaisante. Par conséquent, ce peut être un moyen efficace pour faire passer des idées auprès d’un plus large public.
– Par ailleurs, c’est un genre qui séduit dans les salons, grâce, justement, à l’absence d’austérité dans la leçon.
– Enfin, c’est une façon d’échapper à la censure.
Quelles sont les caractéristiques du conte philosophique ? Inutile de se compliquer la tache ! d’un côté, le nom « conte » nous renvoie à la forme traditionnelle ; de l’autre côté, l’adjectif « philosophique » nous indique la nature de la réflexion qu’il convient d’en tirer.
Maintenant, voyons ce que cela donne du côté de Zadig
I- Les caractéristiques du conte traditionnel.
Comme dans tout récit, on peut s’attarder sur les composantes de ce dernier (cadre spatio-temporel, personnages, actions).
– le temps : l’époque reste indéterminée. Quant à la temporalité, elle n’a rien de réaliste, les événements ou revirements de situation arrivant à une vitesse fulgurante. Par exemple, en une centaine de pages, on nous conte la chute du royaume de Moadbar et comment Zadig parvient à épouser la reine, ancienne épouse de ce premier.
– L’espace : l’intrigue se passe essentiellement à Babylone ou en Egypte – ici, c’est le caractère oriental que Voltaire a choisi pour que le lecteur se sente dépaysé. De plus, cela participe à un effet de mode incité par la traduction des Mille et une nuits et les Lettres persanes de Montesquieu.
– Les personnages : comme dans tous les contes, leur portrait psychologique est simplifié, voire réduit à un seul trait de caractère. Zadig, le héros éponyme, est doté de toutes les qualités : jeune, beau, intelligent, honnête…les qualificatifs ne sont pas assez forts pour montrer à quel point il est idéal. Quant aux autres, ils vont, en général, soit faire partie des bons, soit des méchants selon une vision bien manichéenne du monde. Ainsi, l’Envieux n’a-t-il pas de nom mais est-il simplement désigné par son défaut. Parfois, le statut ou le rôle précède la dénomination. On peut citer la femme battue et son mari dont on apprend le nom dans le chapitre suivant, Zadig étant accusé d’avoir tué le mari et enlevé la femme.
Pour étudier le système des personnages, il est intéressant de se rapporter au schéma actantiel de Greimas, lequel permet de définir les adjuvants et les opposants d’un personnage.
– le merveilleux : même si Voltaire en fait l’économie, il y a un peu recours dans le conte. On peut, par exemple, citer le perroquet qui non seulement parle mais semble surtout comprendre les propos de Zadig. Par ailleurs, dans une polémique, il est question de griffons. Enfin, on trouve l’intervention de l’ange Jesrad.
– Les actions : on peut noter qu’elles s’enchaînent très rapidement. De fait, en l’espace de quelques pages, Zadig va se faire une réputation, être obligé de quitter Babylone (ce qui va le conduire vers de nouvelles aventures) parce qu’il est tombé amoureux de la reine Astarté et que par conséquent sa vie est en péril, revenir à Babylone et réussir à épouser Astarté attendu que le roi n’est plus. Par ailleurs, elles sont bâties sur de heureux hasards qui mettent à mal le réalisme. Par exemple, Zadig tombe, au hasard de ses pérégrinations, sur la reine alors que personne ne savait ce qu’elle était devenue.
II- les objets de la réflexion philosophique
On retrouve, dans Zadig, de nombreux thèmes qui ont alimenté la littérature du XVIIIème siècle, lesquels invitent à réfléchir à un nouveau modèle de société.
– la critique du pouvoir : le conte nous montre, à travers la collaboration de Zadig et Moadbar, que le monarque, pour être bon, doit savoir s’entourer de conseillers à la hauteur. De fait, à partir du moment où Zadig quitte Babylone, Moadbar devient un vrai tyran alors que sous l’influence de ce dernier, il savait être juste.
– La critique de la justice : elle est présente dans de nombreux chapitres. Par l’intermédiaire du conte, Voltaire lui reproche d’être expéditive (par exemple, Zadig se voit arrêté pour le meurtre et l’enlèvement d’un couple d’Egyptiens sans qu’il puisse se défendre), abusive dans les peines qu’elle inflige en rapport avec le forfait commis (prison, esclavage, peine de mort), vénale (il faut payer pour avoir la possibilité de se faire innocenter), assurée par des gens incompétents et qui ne savent juger que sur les apparences et non sur les faits (Zadig est injustement accusé de vol alors qu’il a tout simplement déduit de façon logique comment étaient le cheval et la chienne).
– La recherche de la vérité et du bonheur : pendant son périple, Zadig s’interroge souvent sur les circonstances qui pourraient mener au bonheur, surpris que les bonnes actions ne soient pas toujours récompensées, bien au contraire. De la même manière, pour rendre ses jugements, il met à l’épreuve les plaignants, toujours dans un souci d’équité (dans l’histoire des deux fils d’un négociant, il fait croire que leur père est vivant pour savoir qui des deux aime le mieux son père). Par conséquent, il privilégie la réflexion et la raison. Pour autant ce n’est pas quelqu’un dépourvu de sentiments attendu qu’il est profondément attaché aux autres et cherche toujours à les aider du mieux qu’il peut.
– Le combat des superstitions et la critique de la religion : les prêtres, à l’instar des juges, ne sont pas mieux considérés ; Zadig, à travers ses interventions, montre que les désaccords entre les gens émanent souvent des traditions religieuses. Par exemple, il est accusé d’avoir fait aboli la loi qui obligeait les femmes veuves à se tuer. Seulement, la seule motivation des prêtres n’est pas, comme on pourrait le penser, la perte des coutumes. En réalité, ils en veulent à Zadig parce qu’auparavant, l’héritage leur revenait. Un autre exemple est celui du basilic qui est censé guérir Ogul alors que seuls un régime et un peu d’activité physique suffisent à le soigner.
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bonjour jai bien fait mn devoir grace a vos informations
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