Merci à ceux qui ont planché sur le sujet proposé avant-hier … Je trouve que c’est sympa de partager nos plans alors je continue avec un sujet sur l’autorité à l’école :
L’autorité à l’école
Vous dégagerez les idées essentielles du document qui vous a été remis et vous les présenterez dans un exposé en construisant une argumentation que vous pourrez illustrer et enrichir par vos connaissances personnelles. L’exposé sera suivi d’un entretien avec le jury.
Texte 1 : « Peut-on se passer d’autorité et de discipline ? »Autorité ou éducation : Jean HOUSSAYE Collection « Pédagogies », ESF 1996.
Texte 3 : « Les enjeux de la question ». Faire la classe à l’école élémentaire : Bernard REY Collection « Pratiques et enjeux pédagogiques. », ESF 1998.
Texte 2 : « Sanctions et discipline à l’école ». Bernard DEFRANCE Syros 2001.
Texte 1
Peut-on se passer d’autorité et de discipline?
Un soupçon pèse sur les enseignants : au fond de leur inconscient agirait un secret désir de pouvoir, de maîtrise, de domination. Ce désir serait d’autant plus actif qu’il se pare d’une fonction éducative et il serait d’autant plus pernicieux qu’il n’est pas seulement désir de contrainte physique, mais qu’il vise aussi la maîtrise des esprits et des volontés, puisqu’il se confond avec le désir que l’élève, en grandissant, pense selon les règles du savoir et agisse selon les règles du bien.
C’est probablement pour échapper à un pareil tableau que beaucoup de jeunes maîtres répugnent à donner des ordres, à poser des règles, à prononcer des interdictions, à formuler des rappels à l’ordre, à sanctionner des manquements, bref à établir et à faire respecter une discipline dans la classe. Dans un tel état d’esprit, deux idées s’entremêlent :
– il n’est pas souhaitable d’établir dans la classe une discipline, du moins une discipline rigoureuse, et le régime de contraintes serait ce qui rend l’école haïssable à beaucoup d’enfants.
– s’il faut de la discipline en classe, il n’est pas souhaitable qu’elle soit imposée par le maître : elle peut s’établir spontanément parmi les enfants sous forme ’autodiscipline.
• La tentation laxiste
La première idée est fausse et dangereuse pour au moins deux raisons :
1) L’obéissance des élèves aux ordres que donne le maître n’est pas destinée à satisfaire on ne sait quel désir de pouvoir, elle répond à une exigence technique. Il est indispensable que les élèves lui obéissent quand il leur impose des tâches d’apprentissage (leçons, exercices en classe, etc.), quand il leur demande d’écouter son enseignement, quand il exige qu’ils respectent des règles et des procédures internes au savoir, quand il impose des règles de fonctionnement de la classe pour que soit maintenu l’ordre minimal nécessaire au travail intellectuel, etc. L’autorité du professeur apparaît comme nécessaire à l’accomplissement de sa fonction et n’est pas l’objet d’un secret désir de domination.
2) Ne pas rappeler à l’ordre un élève qui s’amuse, bavarde ou simplement s’abstient de travailler, c’est, sous prétexte de bienveillance à son égard, l’empêcher d’apprendre et de tirer profit de l’école. Un enseignant qui, pour ne pas paraître autoritaire, tolère les manquements aux règles de la classe, laisse finalement s’établir un climat défavorable au véritable travail intellectuel. Peut-être le fait-il au nom de la liberté des enfants, mais en agissant ainsi, il compromet la réussite scolaire des élèves et, en premier lieu, de ceux venant de milieux socialement défavorisés. Ceux qui sont issus de milieux plus favorables sont en général plus convaincus de l’importance des activités de l’école et ils se laisseront moins aller ou se conformeront plus facilement à des règles implicites. En outre, du fait du bain culturel dont ils bénéficient dans leur famille, une année passée avec un maître peu exigeant n’affectera pas durablement leur cursus scolaire. Ceux au contraire pour lesquels l’école est la seule possibilité d’apprendre pâtiront directement du relâchement touchant l’activité de la classe.
Pour un enseignant, avoir une attitude de « démocrate », ce n’est pas du tout, contrairement à ce qu’on pourrait penser, s’abstenir d’imposer des règles ou les appliquer d’une manière laxiste. C’est au contraire mettre en place et faire respecter les règles explicites et donc comprises par tous, de façon que l’enseignement profite également à tous.
Autorité ou éducation : Jean HOUSSAYE. Collection « Pédagogie ». ESF 1996.
Texte 2
Les enjeux de la question
Tous les parents ont déjà fait cette expérience douloureuse : l’enfant rentre de l’école avec une punition, verbes à copier à tous les temps , cinquante ou cent lignes du genre « je ne dois pas bavarder en classe »… Et le récit de l’enfant montre qu’il y a eu – bien sûr, ce n’est pas toujours le cas ! – injustice : « C’est Fabien qui me demandait encore mon effaceur, je l’ai envoyé balader, et la maîtresse m’a puni ! » Dérisoire ? Certes… Mais, répété des dizaines de fois, un incident de ce genre suffit à perturber chez l’enfant l’accès à la notion même de loi : seule finira par compter la « débrouillardise », l’essentiel alors étant de « ne pas se faire prendre » !
La question de la discipline à l’école pose en effet celle, fondamentale, du rapport à la loi : les enfants et les adolescents peuvent-ils, à l’école, expérimenter en grandeur réelle les obligations d’une loi commune pour pouvoir vivre ensemble ? Dès ses origines, l’idée d’une école pour tous contient non seulement l’exigence de l’instruction mais également celle de l’éducation au « vivre ensemble » qu’implique l’idéal républicain. Il ne s’agit pas de l’éducation au sens familial du terme : l’école n’est pas le lieu du bonheur, des joies familiales, des épanchements affectifs. Elle est le lieu de socialisation, où l’on peut apprendre à travailler avec les autres sans être obligé pour autant de les aimer… Lorsqu’on oublie cette dimension éducative de l’école, en réduisant sa mission à celle de la seule instruction, on oublie que cette instruction ne garantit en rien l’accès à la citoyenneté. Les plus hauts savoirs ne garantissent pas de la barbarie : combien de grands savants, artistes et philosophes se sont-ils irrémédiablement compromis avec les totalitarismes de ce siècle, le stalinisme et le nazisme. Aujourd’hui encore, combien de diplômés parfaitement immoraux ? Combien de bons élèves réduits à la débilité civique ? Combien de personnalités empêchées de se construire ou détruites par l’idéologie de la réussite ou de l’excellence ?
Texte 3
Sanctions et discipline à l’école
L’autorité à l’école existe-t-elle ? La question peut surprendre, dans la mesure où on en parle constamment en termes de présence ou d’absence, certains pour en regretter le manque, d’autres pour en stigmatiser la permanence. Ne s’agit-il alors que d’une question de bon ou de mauvais usage ? Auquel cas, le seul examen qui vaille concerne les modalités de l’autorité. Seulement, adopter cette perspective, c’est, en même temps, refuser de se poser une question beaucoup plus essentielle (au sens de fondamentale) ou la croire résolue d’emblée : celle de l’existence même de l’autorité à l’école et de sa justification. Est-il nécessaire que l’autorité existe à l’école ? L’autorité à l’école est-elle indispensable ?
Définitions – soupçons
Il est relativement simple de résoudre de tels problèmes. Il suffit de définir les termes… Prenons quelques exemples. Bertrand et Guillemet [1989] incluent les notions de pouvoir et d’autorité dans celle d’influence qui, elle, évoque l’idée de changement de comportement en relation avec une certaine cause. Cela les amène à définir l’influence comme une transaction interpersonnelle produisant des effets psychologiques ou comportementaux, le contrôle comme une tentative d’influence couronnée de succès, le pouvoir comme un potentiel d’influence, appuyé par des moyens d’obtenir obéissance, et l’autorité comme le pouvoir légitime détenu par une personne en raison de son rôle et de sa position dans la structure. Que redire à cela ? Voilà donc l’autorité légitimée par une définition ! En dehors du fait qu’on définit l’autorité comme un pouvoir « légitime ». Mais d’où vient cette légitimité ? Les auteurs vont alors définir l’autorité comme le pouvoir institutionnalisé, ce qui signifie que l’autorité trouve sa justification dans les textes légaux qui transcrivent la mission de l’organisation et la répartition du pouvoir entre ses membres.
La définition formelle de l’autorité fixe ainsi à l’avance les rôles, les positions et les relations, de façon à réduire au maximum la variabilité, l’instabilité et l’imprévisibilité des comportements humains spontanés. S’il en est ainsi, n’est-elle pas nécessaire, indispensable, évidente ? Il le semble bien. Pourtant, Bertrand et Guillemet ne sont pas dupes d’une telle option organisationnelle et fonctionnelle puisqu’ils en arrivent à la conclusion suivante : « En fin de compte, l’autorité dépend essentiellement du consentement des membres organisationnels, de leur niveau d’acceptation des directives du supérieur. L’autorité est donc limitée par leur niveau d’acceptation »[1989, p.186]. Cela signifie que la légitimité de l’autorité ne peut reposer a priori sur une nécessité de l’institution et de son fonctionnement qui serait à penser en dehors d’une démarche d’assentiment partant des personnes elles-mêmes ; plus fondamentalement se pose la question de la légitimité de l’institution et de ses modalités et, donc, du sens que veulent bien en donner les personnes.
Bon courage …