On a rencontré Chloé Delaume !

Mardi 12 avril 2016 après-midi, Chloé Delaume est venue au CDI rencontrer la Seconde 3. Nous avions lu des extraits de J’habite dans la télévision et deux pièces radiophoniques, Le retour de Charlie Orphan et Au commencement était l’adverbe. Elle a répondu à toutes nos questions et les élèves ont apprécié sa façon de parler, atypique et proche d’eux.

IMG-20160412-00823Sur son parcours d’écrivain et son caractère :

  • Elle a commencé très jeune à écrire pour s’occuper quand sa mère corrigeait des copies, pour elle c’était un jeu, comme de la pâte à modeler. Encore aujourd’hui elle pense que l’écriture est un peu comme de la plomberie !
  • Ensuite elle a publié dans les revues du lycée, elle ne pensait pas devenir écrivain au départ mais les choses se sont enchaînées assez facilement. Elle a été chroniqueuse pour jeux vidéos. Maintenant elle vit (pas forcément bien !) de ses livres, depuis 15 ans.
  • Elle fait aussi des “performances”, qui sont des lectures de textes avec du son, de la vidéo mais aussi des expériences particulières.
  • Elle vient de travailler durant 3 ans (et durant les 18 derniers mois de manière intensive – jusqu’à 18h par jour) à un roman qui va paraître en septembre, Les sorcières de la République. L’écriture a été tellement intense (elle a été jusqu’à réécrire 17 fois certains passages !) que pour l’instant, elle n’écrit pas de nouveau livre mais elle a l’idée d’une maison hantée qui mangerait les gens. Elle lit des livres dessus.
  • Elle écrit essentiellement la nuit et a besoin de bruit autour d’elle.
  • Ses auteurs préférés ; Artaud, Rimbaud, Racine. Elle aime la littérature qui marque et qui violente un peu son lecteur. Ses réalisateurs préférés : Rohmer, Allen, Ozon, Chabrol, Resnais, Cronenberg (Videodrome, ExistenZ, Chromosome 3)
  • Elle se juge plus lucide que pessimiste : la terre est surpeuplée, les difficultés de pollution et de nourriture pour tous sont indéniables, c’est un constat. Elle a été avant très politisée, aujourd’hui beaucoup moins.
  • Elle est fascinée par les cimetières, par ce qui se passe sous les tombes. A l’étranger, elle va d’abord au cimetière puis au supermarché, ce qui la renseigne tout de suite sur le rapport au monde, à la vie, à la mort, des gens. Elle a écrit un roman où elle se balade dans les cimetières et a des discussions avec  des morts (Dans ma maison sous terre). Le cimetière est lié pour elle à l’émotion, à l’apaisement. C’est un endroit familier et un des seuls endroits publics extérieurs où on a le silence.
  • Internet est quelque chose selon elle de formidable et très utile (si elle avait eu internet à la fac, sa vie aurait été plus facile, elle n’aurait pas eu besoin d’aller en bibliothèque tout le temps ! Elle aurait mis 45 secondes à trouver “Chloé” de Duke Ellington et pas un mois et demi !)
  • Le nom de Chloé Delaume vient d’un personnage de L’écume des jours de Boris Vian (Chloé) et d’un texte d’Antonin Artaud intitulé L’arve et L’aume. Il est né de la volonté de se séparer de son passé et des lourdes traces familiales et de devenir un personnage.

IMG-20160412-00825Sur les pièces radiophoniques :

Pour Charlie Orphan, qui était une commande de France Culture, elle s’est inspirée de la pièce de Pirandello Six personnages en quête d’auteur et sur ce que lui disaient des amis, comme quoi elle n’approfondissait pas ses personnages masculins qui étaient souvent grossiers et incultes.

Sur J’habite dans la télévision :

  • Elle a été marquée par les effets de la télé à haute dose : elle avait envie de chips alors qu’elle n’en mange pas d’habitude et était hantée par l’insécurité (c’était la période de campagne présidentielle de Sarkozy). En plus, elle finissait par ne plus citer ses sources et croire elle-même que ce que disait la télé était ce qu’elle pensait.
  • Après cette expérience, elle est partie à la campagne pendant un mois sans écran et après a arrêté pendant 2 ou 3 ans de regarder la télévision. Aujourd’hui elle a un rapport plus sain à la télé, qui l’entoure régulièrement. Elle pense important de savoir ce qui s’y passe pour comprendre le fonctionnement et l’évolution de notre société.

Sur son écriture :

  • La part de “vécu” dans son écriture ? 100% ! Les deuils, les émotions négatives, tout est matériau d’écriture. Le vécu subi est injecté dans la fiction et se transforme.
  • Si son écriture semble étrange c’est qu’elle souhaite lier fond et forme, elle veut abîmer l’écriture pour montrer le corps abîmé. Si les phrases sont hachées, sans ponctuation ou avec trop de ponctuation, c’est pour épouser le mouvement de la pensée, elle veut montrer le flux de la pensée en action, quand on pense, souvent, les phrases sont inachevées.
  • Son but est d’écrire pour faire bouger les gens, leur faire vivre une expérience dense qui les pousse à se remettre en question et d’atteindre un état différent après la lecture.
  • Utiliser les références littéraires dans son écriture c’est à la fois pour rendre hommage à la littérature, pour montrer qu’on travaille sur une langue vivante mais construite par des morts et pour transmettre des mots forts.

Des trois rencontres avec les auteurs 12 ont préféré celle avec  Ahmed Kalouaz, 11 celle avec Jo Witek et 10 celle avec Chloé Delaume.

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