Ses doigts tissent en vain leur cocon pour figer son étreinte

Par cette phrase poétique, grâce à une métaphore filée, Valentine Goby illustre parfaitement l’unique intention de la mère de Lucie L. suite à la séparation entre elle et sa fille non désirée, mais aussi non réprouvée par la mère.
« Ses doigts tissent », ici ceux de la mère de Lucie L ; car ces mots font référence à l’unique activité de sa mère, le tissage ainsi que celle de Lucie qui travaillait à ses cotés et la regardait faire. Aussi tisser fait référence à la création, comme une toile d’araignée réalisée suite à un enchainement de mouvement identiques circulaires, donnant l’impression d’être éternels.
Et tisser peut faire référence à tisser des liens, comme ici la mère de Lucie voudrait recommencer à le faire avec sa fille.
Lorsque Lucie L. apprend par son père qui rentre de la guerre qu’elle va partir vivre à deux cents kilomètres de leur maison, et donc de sa mère, celle-ci se soumet aux ordres de son mari en ne contestant rien, Lucie le vit comme une trahison. Elle se sent trahie depuis toujours, car avec sa mère, elles n’ont toujours fait qu’un.
Plus tard sa mère lui envoie des lettres, sa souffrance est atroce depuis leur séparation, elle supplie Lucie de revenir mais elle, s’efforce de faire le deuil et vit toujours son départ comme une trahison ; quand Lucie va retrouver sa mère alors elle sait qu’elle ne pourra rester à ses côtés et vivre à nouveau leur vie d’avant. Ainsi Valentine Goby utilise la locution « en vain », pour prouver les efforts de la mère de Lucie L. inutiles.
« Leur cocon » ici tissé (vainement) par la mère de Lucie au sens figuré mais peut aussi être interprété au sens propre, en effet une araignée tisse une telle enveloppe pour y abriter ses œufs et ici la mère de Lucie voudrait ramener sa fille au sein du cocon familial, mais aussi en elle dans sa matrice, pour qu’elles puissent se réunir. Aussi leur maison était entièrement remplie du tissu fait par sa mère « Les tissus masquent les fenêtres, soutiennent ma tête, couvrent mon corps, se froncent sous mes pieds » (l. 5 à 7 page 48), elle a véritablement créé un cocon.
« Pour figer son étreinte », sa mère en tissant se cocon (vainement) voudrait accomplir définitivement leur réunification, elle souhaite n’être qu’un avec Lucie comme avant leur séparation, comme avant la naissance de sa fille.
En résumé, la mère de Lucie souhaiterait voir  sa fille rester à sa maison, mais Lucie s’en empêche ,vivant leur rupture comme une trahison.
Manon Alcazar

Je trouve presque malsain d’aimer ce livre

Dans le titre, sur l’image de couverture et dans le résumé, on devine immédiatement le sujet dont parle le livre : de femmes, de meurtres et de violence. Mais pas cette violence habituelle, souvent celle qu’on retrouve dans les combats et qui doit générer au lecteur de l’adrénaline, du plaisir et peut-être de la peur ; Sur la photographie de la couverture , j’ai imaginé une jeune femme nue en train de dire « qui touche à mon corps je le tue ». ; il m’est arrivé en y songeant d’en ressentir de la gène ! J’étais mal à l’aise, et cela a été le cas régulièrement durant ma lecture, notamment devant certains propos sur la souffrance des corps qui est exprimée sans complaisance.
Aussi j’ai trouvé que les passages les moins captivants étaient les plus longs et les plus détaillés, il y a même certaines lignes que j’ai simplement survolées.
Ceci dit,j’ai trouvé intéressant de voir comment Henri D., le bourreau,  se retrouve totalement coincé dans l’inertie, dans le passé ; il se victimise tout en ayant l’air insensible. On trouve chez lui un paradoxe, il est persuadé d’avoir tué sa mère et il s’en veut, mais son spectre vient le hanter lorsqu’il abat les personnes en qui il ne voit pas la victime  : elle vient lui faire comprendre qu’elle ne veut pas d’un fils assassin, mais lui continue ! Il pourrait arrêter cette profession, écouter sa mère espérant se faire pardonner mais il reste pensant qu’il le mérite, il se noie dans l’inertie. Cette vision intéressante se retrouve en partie dans cette phrase « Je ne suis plus Jules Henri, l’enfant qui mangeait des pelures de pommes frites sur les genoux de sa mère, je ne suis plus son meurtrier, je suis un meurtrier tout court ».
J’ai trouvé intéressant également lorsque Lucie L. vient de subir un avortement,  elle réfléchit à sa vie  et elle se met alors à se poser des questions .  « Suis-je victime, bourreau, les deux à la fois, quelle est la part de consentement, de libre arbitre, où est  « je» […] ? » ; « Quand devais-je être quelqu’un et qui pouvait m’aider […] le temps est-il rattrapable, est ce que je peux espérer l’homme […]? « Peut-être il y a[…] une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête » « Ai-je raison […] D’espérer ? »
J’ai apprécié les tournants psychologiques du livre, mais le thème à la limite du sadomasochisme m’a déplu, il m’est difficile d’aimer les romans de manière générale ; je trouve qu’ils n’instruisent pas directement. Je trouverais presque malsain d’aimer celui-ci.