je ou il ?

L’auteur de Petites Natures Mortes Au Travail , Yves Pagès nous a rendu visite , cette rencontre nous a permis de lui poser plusieurs questions sur son parcours , son recueil …

La question que j’ai posé à Yves Pages , est la suivante : Après avoir choisi les personnages de vos récits , à quel temps , quelles personnes ( première ou troisième personne du singulier ) choisissez vous d’écrire ?

Sa réponse a été :  » je trouve que lorsque que j’écris à la première personne je suis  plus impliqué dans l’histoire et plus proche du personnage , lorsque j’utilise  la troisième personne du singulier , je mets une distance entre moi-même et le personnage du récit  » ,  pour lui le « je » a plusieurs formes,  il aime utiliser le « je » non pas en tant qu’auteur mais en tant qu’individu qui est directement relié au personnage . Il choisit ensuite les temps lorsque qu’il écrit de façon à ce que le récit soit le plus vivant possible .

J’ai apprécié cette rencontre avec Yves Pagès , je pense qu’elle a été utile à la compréhension de certains des récits de son recueil Petites Natures Mortes Au Travail .

Charlène Estaffin

 

 

Simon, ancien poilu

Simon , ancien « poilu » adepte de l’artillerie lourde a longtemps sillonné la forêt ardennaise accompagné d’amis rescapés comme lui du « Chemin des Dames » , de chiens courants et de fusils à chiens . Depuis ses 90 ans , il ouvre les portes bénévolement au musée d’Histoire Naturelle de Sedan , distribuant sous le manteau sa recette secrète,  un plat de gibier , qu’il tient de sa grand-mère défunte et les adresses des meilleurs taxidermistes de la région à de jeunes écologistes végétariens médusés . Et ainsi se perpétue la tradition des amoureux des animaux à l’ancienne .
en imitant Portraits Crachés
Charlène Estaffin

Vivre encore

Le texte que j’ai choisi est Poste Restante , d’Yves Pagès . C’est l’histoire d’Eric, un jeune professeur malade du sida qui ne veut pas culpabiliser , il estime qu’il doit vivre encore , profiter pleinement du moment présent . Il échappe à la solution administrative qu’on lui propose et choisi ce qui lui plait de vivre.

Ce qui m’a plu dans ce texte, c’est le fait que l’auteur arrive à transmettre au lecteur son empathie et sa compassion pour ce jeune enseignant injustement frappé par la vie , ce pseudo héros ordinaire atteint probablement du sida  » trithérapie » et aventure homosexuelle  » amouraché d’un comédien Andalou  » « Aux Antilles ».

Deuxième intérêt à mes yeux , c’est le fait que ce jeune professeur malade devient un réel personnage littéraire par le fait de son décalage manifeste avec les autres enseignants rendus malades par l’usure du métier , probablement dépressifs , alors que lui ne semble pas atteint sur le plan psychologique . Ne culpabilisant pas d’être indemnisé du fait de sa maladie, il détonne dans le concert de professeurs examinés par la médecine du travail «  Tous ont été à rude école »  » il se sent à part ».

Enfin, troisième élément qui m’a paru très intéressant c’est la chute que nous propose l’auteur . Elle est liée à l’opposition ,entre  Eric et ses « collègues » . Eux sont rebutés voire indignés de devoir corriger à distance des copies d’élèves en difficulté « Tous exultent à l’idée de biffer, souligner, s’indigner dans la marge des copies fautives … »  , tout en étant excités par ce travaille de correcteur » ils n’ont qu’une hâte: rentrer vieillir chez eux pour mieux traiter les tares infantiles à l’encre rouge… » . Et lui qui visiblement à tout fait pour échapper à ce qui lui parait être une folie et qui plutôt que de devoir rougir les copies de jeunes Tziganes , prend le contre pied et fini par parmi eux chez des gitans d’Andalousie  » hébergé par le cadet d’une famille de gitan « .