Vendeuse de chaussures

Yasmina, vendeuse de chaussures cinq jours par semaine depuis trente ans. Sans aucune traces visibles de ses origines maghrébines. Esclave des objectifs de ventes, et accroupie la plupart du temps aux pieds des acheteurs comme se prosternant devant des clients rois. Supportant la vue de ces vingt-cinq métatarses parfois déformés et subissant des odeurs suspectes… ne croyez pas que ça soit seulement celles des pieds. Encaissant les propos racistes de certains consommateurs ignorants, avec un sourire indéfectible. Insertion réussie, patron satisfait, corps estropié, esprit exténué, pantalons usés au genou droit. Malgré tout, elle ne trouve pas chaussure à son pied.

Je me suis inspirée du texte court Portraits crachés

Une contre tous.

« L’unanimité moins une voix » est un texte du recueil « Petites natures mortes au travail » d’Yves Pagès dont le thème principal est le monde du travail.Ce récit nous raconte l’histoire de Mado, institutrice dépressive profonde, sous l’emprise de médicaments. Le soir de la victoire de la France lors de la coupe du monde de 1998, elle roule sur l’avenue des Champs Elysées. Elle tue une personne et en blesse de nombreuses autres.                                                                                                           Yves Pagès dénonce le dysfonctionnement de la société et relate cette tragédie avec ironie. Il associe l’arrêt maladie avec des congés payés, l’image festive d’un apéritif est ternie par la prise de gélules. Il emploie des termes associés à une voiture pour décrire l’état de Mado « panne sèche », « point mort ».                                                                             Il dévalorise la victoire de la France en doutant de la santé des joueurs brésiliens en la comparant à celle de Mado « Brésiliens somnolents », « médiqués à forte dose ».             L’auteur pointe le décalage entre la tristesse, le mal être de Mado et l’euphorie de millions de personnes ce soir là, et met en évidence l’égoïsme de notre société.                           L’isolement que vit cette institutrice, coupée de la réalité, du monde, est bouleversant car il aboutit à la mort d’une personne.

Le déroulement du récit m’a beaucoup plu, ne connaissant pas ce fait divers je ne m’attendais pas à cette chute. L’humour noir de l’auteur atteint le sommet dans la conclusion « Score provisoire : un mort, cent dix blessés ».