Il passait la nuit avec elle comme on passe un fleuve, une frontière.

 » Il passait la nuit avec elle comme on passe un fleuve, une frontière. « 

  • Henri D est en Inde avec Ayanna . Le fait d’être avec une prostituée est comme le fait de passer une frontière, un lieu contrôlé.Car une frontière est un passage surveillé. Et toute chose illégale est confisquée. Alors la prostituée devrait être interdite et on ne devrait pas y toucher. Ni même la transporter, le sentiment à ce moment-là devrait peut être être de l’anxiété ou de l’excitation. La peur de se faire prendre avec quelque chose d’interdit.
  • Comme un fleuve signifie peut être que ses rapports avec cette fille sont calmes, doux. Peut être même apaisants. Et fait aussi référence au  » lit  » d’un fleuve. Il nous décrit le lieu où il est avec cette fille.
    Léa Magnan

« Corps » et « tue »

Trois personnages tous liés dans une même histoire,  sur une durée de 24h. Comme une tragédie. Les actions des uns agissent sur celles des autres. Ces vies entremêlées s’ouvrent à ces questions de corps, d’esprit . Mais pas seulement. Ils ne sont reliés que par peu de choses, ces personnages qui habitent le récit de Valentine Goby. L’un va abaisser sa lame sur le coup de la faiseuse d’anges. L’autre se fait avorter seule sur un journal qui parle de la condamnation à mort de la faiseuse d’anges. Ils ne se connaissent pas, et pourtant ils se ressemblent.
A travers ce texte très dur, Valentine Goby aborde le thème de l’avortement d’une manière très sensible. Le regard de l’autre sur Lucie L., qui se fait avorter dans le silence et qui, à l’hôpital, subit le jugement des médecins. La condamnation à mort de Marie G., la faiseuse d’anges. Le bourreau Henri D. qui se demande s’il verra les victimes dans les yeux de la condamnée.
Je m’attendais à une sorte de livre-témoignage sur le viol, c’est ce que le titre m’a inspiré au premier abord. Deux mots sont importants : corps et tue. On sent que le corps va être malmené, d’une façon ou d’une autre le corps des personnages va connaître la mort. L’auteur rappelle ainsi ce qu’a été l’avortement dans les années 1940. ?Accepter son destin en acceptant aussi son image dans le miroir, après les choix que la vie nous impose. Et il n’y a pas de réponse dans ce livre, mais beaucoup de questions, et enfin nous avons l’opportunité de nous offrir la réponse qui nous plaira. C’est pourquoi ce livre m’a plu, comme si nous écrivions nous aussi avec l’auteur. Mais plusieurs points négatifs sont aussi présents comme : dans la construction de ce roman,j’ai trouvé les phrases longues. »Le reste du monde dira qu’elle assassine un futur soldat, ou future mère de soldat, tant de journaux, tant d’hommes proclament depuis 1940, depuis 1871, depuis tellement longtemps avant, que la cause de toutes les défaites gît dans l’utérus mort des femmes. »