PJRL : Carré 35

Après la projection de Carré 35 d’Eric Caravaca, les Terminales L prennent la parole et réagissent avec pudeur face à un film qui ne les a pas laissés insensibles. 

« Il était une fois » quand notre conte commence ….

 

Voici le conte collaboratif des secondes 1 et 4 ……

Chapitre 1

            Il était une fois Caroline, une magnifique jeune fille : blonde, les cheveux lisses aux reflets de soleil, à la taille élancée ; une déesse aurait pâli de sa beauté. Quand elle posait son regard émeraude sur le monde, il en devenait miraculeux. Elle était de nature calme et joyeuse ce qui lui permettait d’étudier le violon avec passion. Ses doigts agiles dansaient avec élégance sur les cordes de son instrument si bien que les entrechats et les pirouettes faisaient naître un monde mélodieux et merveilleux. Caroline vivait dans un joli quartier, non loin de Montmartre, dans un magnifique loft à la vue sidérale.  Elle y menait une vie que l’on pourrait qualifier de féerique…

Mais, un jour, une dispute hors du commun éclata entre ses parents. Son père avait un caractère complexe, tandis que sa mère était douce, bienveillante et posée ; L’alliance de ces deux personnes rendait la vie familiale houleuse. Les orages successifs la peinaient : Qu’allait devenir sa vie ? C’en était trop ! Supporter les crises quotidiennes du père, voir ce couple se détruire au fur et à mesure des mois terminé ! Après plusieurs échanges, ils décidèrent, donc, de divorcer. L’annonce tomba comme un couperet pour Caroline, le chaos envahit son cœur. Plus rien ne serait comme avant.

Pendant ce temps-là, du côté de Mantes La Jolie, un jeune homme prénommé Baptiste menait, dans un étroit T2, une vie de bohème. Il passait ses journées, assis devant son piano, comme Aznavour dans sa chanson, cherchant l’inspiration. Son regard bleu océan, dans lequel on aurait pu se noyer, était d’une douceur et d’une pureté sans nom. La régularité des traits de son visage invitait à la sérénité. Caroline et Baptiste ne se connaissaient pas, pourtant, ils avaient un point commun : Tous deux s’étaient inscrits au même conservatoire. Un nouveau professeur de musique venait, d’ailleurs, d’y être engagé : Madame Ciela. Elle enseignait, depuis des années, le violon et le piano de façon créative, joyeuse, dynamique et étonnante. La légende disait même qu’elle menait ses élèves à la baguette ! Elle avait le pouvoir de donner vie à la musique tant ses interprétations, parfaites, étaient enchantées. Mozart l’inspirait sans doute ; c’était ce petit écureuil qui ne la quittait jamais. Elle l’emmenait partout…

 

CHAPITRE 2

                 Quelques mois passèrent durant lesquels une amitié se forgea. La douce Célia était devenue une seconde mère pour la jeune fille. Caroline allait même jusqu’à se confier à propos du divorce de ses parents, chose dont elle ne parlait jamais.  En effet, cette séparation l’affectait tant qu’elle se refermait peu à peu sur elle-même. Son apparence se transformait, elle devenait plus morose. Même la musique ne l’égayait plus. Elle rompit alors progressivement ses contacts, notamment avec Baptiste qu’elle appréciait, pourtant !

Un jour, comme tant d’autres, alors que Caroline et Baptiste se rendaient à leur cours de musique, ils virent Mozart, seul, au milieu de la pièce. Il semblait affolé et portait une partition entre les pattes. Les entendant, le rongeur, se retourna et à la surprise générale se mit à parler. Il leur dit Madame Ciela a disparu après avoir joué une mystérieuse mélodie offerte par un inconnu. Les jeunes gens eurent un mouvement de recul, apeurés par cette créature magique ou maléfique. Le calme revenu,  il leur expliqua qu’autrefois, il avait été un homme, qu’il venait d’un temps reculé et d’un pays magique, aujourd’hui perdu sous un océan de bois, nommé Stranglebois. Il en avait été banni pour avoir commis une faute sur laquelle  il ne s’étendit pas. Il demanda aux jeunes musiciens de jouer prestement la partition mystérieuse afin de retrouver leur professeur. Après une longue hésitation et une concertation, ils s’y attelèrent avec soin et expressivité. Madame Ciela comptait beaucoup trop pour Caroline. Lorsqu’ils achevèrent l’étrange morceau, ils se retrouvèrent aspirés dans un tourbillon d’eau coloré. Ouvrant les yeux, ils découvrirent une majestueuse allée de platanes centenaires. Ils étaient arrivés à Stanglebois.

Mozart eut vite fait de reconnaître ce bosquet et averti les autres qu’il s’agissait de la forêt de la fée, un dédale magique, mais un chemin obligatoire. A ce moment, Caroline comprit que son destin allait changer et serait lié à Baptiste. L’écureuil n’avait que peu d’espoir, même lui n’avait jamais osé traverser cet océan de bois. Pourtant, les adolescents étaient déterminés et ils s’enfoncèrent dans ce grand labyrinthe. Pendant des heures, ils marchèrent perdus avec l’étrange impression que les arbres les observaient. Durant de longs moments, ils déambulèrent seuls face à l’obscurité. Peu à peu l’espoir les quitta et laissa place à la peur, celle de ne jamais retrouver la salle de classe, la peur de mourir, la peur du regret. Alors, Caroline se mit à pleurer et interpella Baptiste qui s’attendrit de ce moment intime. Une tendre affection commença à nouer ces deux cœurs là.

Le moment fut de courte durée car un bruit inconnu, comme une longue et sourde plainte se fit entendre. Les branches des arbres oscillèrent diaboliquement et, comme attristés par leur sort, indiquèrent un chemin. Les héros le suivirent et arrivèrent devant une petite maison habitée par une fée. Celle-ci vint à leur rencontre et leur proposa son aide, puis sembla hésiter dès qu’elle aperçut et reconnut Mozart. C’était lui, à n’en pas douter : le chasseur dont l’épouse fut assassinée par un vaurien en quête d’or. Perdu dans son chagrin, l’homme des Bois se vengea en massacrant l’assassin de sa compagne. Il devint aussitôt, selon les lois magiques de Stranglebois, maudit et fut contraint de vivre dans un temps inconnu sous l’apparence d’un écureuil et ce, par nul autre que la fée, elle-même. Les deux adolescents, surpris, ne savaient plus quoi penser de cette révélation et se demandèrent s’ils devaient passer outre ce surprenant aveu.                 Cependant, Caroline et Baptiste se rappelèrent que leur professeure de musique leur faisait confiance et ils décidèrent de poursuivre leur quête et de n’écouter que la voix de la confiance et de l’amitié. Ils interrogèrent donc la fée afin de récupérer de précieuses informations pour franchir cet endroit. Elle leur demanda de fermer les yeux ; quand ils les rouvrirent, une forêt naquit.

 

CHAPITRE 3

            Cette forêt à l’apparence banale cachait des surprises. En effet, le plus dur allait arriver. Devant eux, deux chemins. Mais lequel choisir ? Par un savant jeu de devinettes sur les compositeurs classiques, Caroline put élire le chemin de gauche. Baptiste, lui, prit l’autre. L’un et l’autre s’y engouffrèrent. L’écureuil qui les suivait de loin, choisit d’accompagner Caroline. Il la rattrapa Caroline tout en songeant à l’ultime phrase de Baptiste : « Ne m’oublie pas ». Que cela voulait-il bien dire ? L’écureuil écouta, alors, toutes les hypothèses de Caroline pour justifier ce message intime annonçant une relation que tout le monde, sauf elle, devinait.

Baptiste, voyageant seul, regardait cette forêt d’un œil méfiant. Il entendait des hurlements venant de loin. Les arbres devenaient flûte, tuba, cor, clarinette. Un orchestre maléfique se formait. Un vent fort se mit à souffler, imitant le cri des walkyries. La menace était partout. Les branches des arbres accompagnaient l’orchestre dans une chorégraphie macabre. Baptiste, la peur au ventre, commençait à se demander qui était le chef d’orchestre de cette musique funèbre. Il hésitait à rejoindre Caroline, mais sa fierté prit le dessus. C’est alors qu’un bruit sourd se fit entendre. Affaibli, il se sentit vaciller. Tandis que son esprit ne réagissait plus à la vue d’une ombre lointaine, il s’écroula au sol, n’ayant bientôt plus aucun souvenir de cet instant.

De son côté, Caroline, surprise par un bruit venant d’un buisson, accéléra le pas et pris de panique, finit par trébucher dans un ravin, suivie de l’écureuil qui voulut l’aider. La jeune fille reprit conscience au bout de quelques minutes. Elle se releva difficilement et lentement, tant la chute avait été vertigineuse et découvrit face à elle, une petite maison en bois, entourée de fleurs, qui semblait cependant trop convivial et accueillant. Il valait mieux se méfier. Le petit animal, affolé et inquiet, essaya tant bien que mal de dissuader cette dernière d’ pénétrer. Mais, ils y entrèrent pourtant. La porte se referma instantanément derrière eux. L’atmosphère étrange et pesante de cette pièce ne laissait rien présager de bon. Balayant la pièce d’un vif regard, ils virent la fameuse partition de Madame Ciela. Nous étions donc chez elle !

Une petite porte dissimulée sous une étagère intrigua Caroline. Le petit mammifère sachant ce que cachait celle-ci, prit d’angoisse, implora Caroline de ne pas y entrer. N’en faisant qu’à sa tête, elle la poussa et découvrit, placardées aux murs, des milliers de photos de Baptiste, sous tous les angles possibles. Obsédée, Célia était obsédée par Baptiste à s’en rendre folle. Voilà pourquoi elle passait tout ce temps avec moi !  En parcourant toutes ces illustrations, elle en entrevit une où sa figure était  biffée d’une croix rouge.  En colère, Caroline, seule, commença à se lamenter, elle s’est  moquée de moi ! Tous ces jours passés ensemble à discuter de mes problèmes, le divorce de mes parents, mon mal-être ! Mensonge, tout n’était mensonge et hypocrisie ! Quelle trahison, pour une amourette ! Comment vais-je pouvoir pardonner, oublier, faire confiance à nouveau ? Pourquoi sens-je monter en moi le goût de la vengeance ?

Le cœur de Mozart entendit ces paroles. Et poussé par un élan de vérité, de paix, il tenta de justifier le geste de Madame Célia.

– « Il faut que je t’explique ! Madame Ciela n’est pas celle que tu crois. Je la connais depuis bien longtemps. Elle est capable d’amitié et d’empathie, elle sait être douce et souriante. Mais ses pouvoirs l’aveuglent tant ils sont puissants. Lorsqu’elle en fait usage, rien ni personne ne lui résiste. Tous ses caprices, souhaits, volontés deviennent des ordres et de devoirs pour les êtres faibles que nous sommes.  La sincérité, la confiance s’envolent. En tombant sous le charme de Baptiste, son cœur et son esprits ses sont emballés, oubliant votre amitié et ne songeant plus qu’à ses désirs. A ses ordres, j’ai fait en sorte de vous éloigner lors de cette escapade en forêt pour qu’elle puisse l’enlever. Je m’en veux terriblement… Comment me racheter ?  Acceptes-tu mon aide ? »

Malgré le chagrin, la colère, l’incompréhension, Caroline accepta la proposition et les deux compagnons entreprirent de retrouver Baptiste pris au piège par Madame Ciela.

 

CHAPITRE 4

                Caroline et Mozart avaient repris la route depuis quelques heures quand soudain ils aperçurent quelque chose au sol, la jeune fille se pencha et découvrit la veste de Baptiste. Cette dernière semblait tâchée de sang et, surtout, contenait une odeur particulière. Ne parvenant pas à déterminer cette senteur mélangeant les arômes de rose, de jasmin et de gingembre, ils continuèrent leur chemin jusqu’à la tombée de la nuit. Caroline ayant froid, enfila la veste. Au même moment, Mozart vit un papier tomber de la poche.  C’était une partition de musique griffonnée d’un mot: “ Si tu veux me retrouver, rejoins-moi là où tout a commencé”. Les deux compagnons réfléchirent longuement à la signification de cette énigme, avant de se rendre compte que le lieu mentionné était la salle de musique ! Il fallait trouver, à présent, un moyen de retourner dans le monde réel.

 

Un bruit les fit sortir de leurs réminiscences. En effet, dans la nuit noire, un feu follet apparut, puis un deuxième, un troisième et un chemin se dessina peu à peu. Caroline et le petit écureuil l’arpentèrent et y trouvèrent un magnifique violon. Mais, celui-ci était clairement  différent de tous ceux qu’ils connaissaient. Chevilles, volutes, manche, table : tout se composait de verre et sa mentonnière semblait être faite pour Caroline. L’instrument était posé sur une mousse légère au pied d’un arbre majestueux, éclairé d’une raie de lumière venant du ciel étoilé. Caroline resta plusieurs minutes, silencieuse, admirant le tableau que la nature lui offrait, quand Mozart lui suggéra de jouer la partition laissée par Baptiste. Elle posa le violon sur son épaule, prit l’archet et joua comme jamais personne n’avait joué. Mozart et Caroline fermèrent les yeux sur cette mélodie mystique qui les laissa sans mots. A la fin de l’air, le petit animal rouvrit les yeux et reconnut le décor familier de la salle de musique.

 

Mozart et Caroline eurent à peine le temps de reprendre leurs esprits que soudain, Baptiste ouvrit la porte d’un pas sûr. Il ne fut pas surpris par l’arrivée des deux compagnons : “Je savais que vous réussiriez, je vous raconterai plus tard car je manque de temps. Madame Ciela est à ma poursuite, il faut que nous lui échappions. C’est une véritable sorcière qui a tenté de m’empoisonner en m’injectant un sérum d’amour. Fort heureusement, un bruit subi l’a déconcentrée si bien que le nectar s’est déversé sur ma veste. Caroline, n’as-tu pas senti ce doux parfum enivrant… ? ”.

L’écureuil interrompit cette explication et déclara que le seul moyen d’atteindre Madame Ciela, était de jouer une mélodie qui la rendrait mélancolique. Alors, l’adolescente et l’animal se comprirent en un regard. La jeune fille attrapa le violon de verre, ordonna à Baptiste de s’asseoir au piano pendant que Mozart déposait la partition sur le pupitre. L’union de ces deux merveilleux musiciens rendait le spectacle fabuleux. Madame Ciela ouvrit grand la porte et resta stupéfaite quelques secondes avant de fondre en larmes. Les deux élèves s’arrêtèrent alors de jouer : « la sorcière » faisait peine à voir, elle sanglotait, criait :

  • : “Je suis désolée ! L’amour m’a rendue stupide, ignoble. Je veux, je dois m’excuser auprès de vous tous. Baptiste, que j’ai kidnappé sous l’emprise de la folie, Caroline, que j’ai trahie par jalousie, Mozart, que j’ai métamorphosé, aveuglée par le pouvoir. Cette musique m’a rappelé mon enfance où je vivais si heureuse. Ma mère me la jouait souvent en m’expliquant que la jalousie était un poison pour soi-même et les autres. Aujourd’hui, je ne suis plus la même ! Je ne veux plus vous faire de mal. »

 

Les trois amis ébahis par cette révélation, étaient partagés entre soulagement et crainte. Baptiste resterait sans doute traumatisé par cette expérience.  Pour autant, Caroline se souvint à ce moment qu’il fallait être courageux et bienveillant comme le conseillait la mère de Cendrillon. Cette maxime du conte de fée, oubliée dans un coin de sa mémoire, lui rappela aussi sa mère. De ce fait, la jeune femme essaya de convaincre ses deux autres compagnons de la nécessité de pardonner. Ce qu’ils acceptèrent mais à une seule condition : rendre  à Mozart son apparence humaine. Ce fut fait, instantanément par Madame Ciela du bout de sa baguette magique : Bibbidi-Bobbidi-Boo !

 

Vous vous demandez peut-être à quoi ressemble désormais notre écureuil ? Mozart est un charmant sexagénaire, ému et heureux d’avoir retrouvé une apparence humaine. Dix ans se sont écoulés depuis cette histoire. Madame Ciela continue de donner des cours de musique avec toute sa bienveillance. Mozart quant à lui, fait désormais partie de la famille que Caroline et Baptiste ont construite en se mariant pour poursuivre leur passion ensemble : La musique. Ils ont eu beaucoup d’enfants, bercés par de douces mélodies.

 

Lecteur, apprenez de tout ceci que la haine est mauvaise conseillère

Que l’on ne s’accomplit que dans le pardon

Qu’il n’est pas d’épreuves insurmontables

Que tout n’est qu’une question de volonté et de courage

Car même si l’on fait des erreurs,

Ce sont elles qui nous forgent.

 

 

 

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