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Présentation de la journée accablante

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

Prologue

«  Monsieur, quelqu’un frappe à la porte.
–  C’est agaçant d’être interrompu, surtout à coup sûr pour un motif futile, pensa Bastien. Il dit : « entrez ! »
–  Nous voudrions parler à Bastien Etchandy, c’est bien vous ?
–  Oui, mais qui êtes?vous ? Il me semble vous connaître, en tout cas, vous, le barbu.
–  Je suis Karl Marx, et voici Adam Smith.
–  C’est une blague, un poisson d’avril en automne !
–  Pas du tout, nous sommes très mécontents de la façon dont vous présentez nos théories, et nous sommes venus vous donner une leçon. Nous allons vous remettre les idées en place, nous avons une méthode infaillible. »

Il ne leur fallut que quelques secondes pour ouvrir la fenêtre, et suspendre par les pieds ce pauvre professeur dont les efforts de vulgarisation ne leur convenaient pas.  

–  Aidez?moi les élèves, au secours !

Le délégué devenu prudent depuis le dernier conseil de classe, quand il s’agissait de s’adresser à des adultes, résuma le sentiment général en se contentant de répondre :

–  Mais Monsieur, vous nous dîtes qu’il faut rester neutre en économie.
–  Ça suffit !  Lâchez moi ! 
–  Tu plaisantes, je suppose ?
–  N’hésitez pas, lâchez le !  dit avec fermeté un nouvel arrivant. Son ton contrastait avec son délicieux accent anglais, et son flegme tout britannique.
–  Qui c’est celui?la  encore ? Que me veut?il ?
–  Je suis John Maynard Keynes.
–  Mais, Monsieur Keynes, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour vous, et j’insiste sur l’importance de vos travaux.
–  Pas de flagornerie, pas de sentimentalisme, trancha net Karl Marx.
–  Lâchez?moi !
–  Tu insistes petit  ?
–  Mais ce n’est pas possible. Vous n’appartenez pas aux mêmes siècles, et puis vos théories sont contradictoires.
–   Certes, mais nous sommes lassés de ces vulgarisations qui caricaturent la richesse, la profondeur de nos oeuvres, dit J.M. Keynes.
–  Tout à fait, enchaîna Smith. Nous ne supportons plus que de petits prétentieux de ton espèce nous attribuent, selon leur bon vouloir, des bons, et surtout de mauvais points.

Les deux britanniques se tournèrent vers Marx.

–  Que faisons-nous ?
–  Je suis pour un châtiment, disons… capital. Le verdict tomba, tout comme Bastien.
–  Je vais me tuer en tombant de 6 mètres, non 7 mètres, 7, 7… 7… . Il est 7 heures le journal de France Inter.
– Quel affreux cauchemar ! Décidément, je dors mal dans la nuit de Dimanche à Lundi. Déjà la semaine dernière, avant de me réveiller en sursaut, j’étais poursuivi par Friedman qui me reprochait de mal présenter le courant libéral et l’importance de la lutte contre l’inflation, et la semaine précédente, c’était Malthus qui voulait m’étriper au prétexte que je  brocardais les positions rigoristes du pasteur qu’il était.

Déjà 7 h 15. Une bonne douche puis un rasage pour être présentable. Ce sera aussi l’occasion de faire le point sur cette dure journée qui s’annonce. Et quelle journée ! 6 heures de cours un Lundi, c’est déraisonnable. Je ne vais pas tout de même, à 28 ans, sacrifier tout mon week-end, pour peaufiner des cours destinés à des élèves encore moins en forme que moi. N’empêche que sur la monnaie et l’inflation en Première, si j’ai des questions trop techniques, je risque d’être en difficulté. C’est pas grave, j’éluderai, Je dirai que la question est intéressante mais que je ne peux, en début de Première, y répondre complètement car cela nous conduirait dans des développements trop longs, trop ardus. Un Lundi, ce genre d’argument est très dissuasif.  Par contre, cet après-midi sur le chômage, ça devrait rouler. C’est un de mes dadas. Je pourrai briller et leur montrer l’intérêt des Sciences Economiques et Sociales. Les S.E.S. aident à mieux comprendre la société et l’économie dans lesquelles nous vivons. Elles contribuent également à former le citoyen, c’est sûrement pour cela qu’elles agacent les Ministres de l’Education Nationale. Notre discours est jugé trop critique. Il me tarde vraiment de faire ce cours, je ne crains rien sauf peut-être… le cassoulet de Maman.

C’est pas vrai, j’avais oublié que chaque Lundi, je mange chez mes parents. Ma mère croit que loin de chez elle je dépéris. Il est vrai dit-elle, que les filles qu’on côtoie aujourd’hui, ont remplacé la casserole par l’ouvre-boîte et les bonnes sauces par des plats surgelés « light ». Résultat, le Lundi c’est saucisse lentilles, couscous ou ragoût de mouton avec bien sûr des pommes de terre. Difficile dans ces conditions de rendre vivant un cours. En pensant aux cuisinières du troisième millénaire, je ne suis pas content de Julie, ma prof d’anglais préférée. On peut dire qu’on est proches et même très proches, mais aussi modernes. Je trouve normal qu’elle soit allée avec sa collègue Cécile à Paris, passer le week-end chez une autre copine. Mais elle exagère, elle aurait pu me téléphoner, même en rentrant tard. Je suis pourtant beau joueur. En cours, quand on aborde le statut de la femme, je me félicite de son évolution positive, de l’émancipation féminine. J’émaille même mes propos de termes anglais. Et comme récompense ? Pas un coup de fil et du surgelé tout le week-end… ce qui ne surprendrait pas ma mère. Ne baissons pas les bras, il faut que je nous organise une petite soirée sympa: Je ferai les courses à 17 h, non 17 h 30. Je reçois Mme Bourdon, qui… bien entendu n’a pas le moral à cause de son fils.

Quelle journée ! Heureusement que je commence par un cours de Seconde sur la population active, les taux d’activité par sexe et par âge etc… Autant de questions passionnantes qui vous endorment une classe pas vraiment réveillée. Ca me permettra d’arriver sans encombre au café de 10 heures et de voir Julie pour lui parler de notre soirée »

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