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Episode 2 : L’économiste : un bon médecin ?

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

–         – Vous pouvez préciser la relation entre les hommes politiques et les économistes ?

Je connais l’auteur de la question. Il se soucie peu de la réponse, mais il a compris que le prof a envie de parler. Il se dit alors, faisons le parler, le cours passera plus vite et ça fera ça de moins à réviser. Tu crois me berner, mais tu ne me pièges pas. C’est moi qui ai envie de gagner du temps. Et puis, si tu continues à afficher ce petit sourire satisfait, attention à l’interro surprise.

–         – La question ne manque pas d’intérêt. Elle peut nous permettre de tordre le cou a deux idées reçues : ce ne sont pas les économistes qui font la politique économique, et ce ne sont pas les hommes politiques qui font l’économie, vous me suivez ?

–         – Pas beaucoup.

–          – Et moi, ajouta Sandra, c’est entre vraiment pas beaucoup et pas du tout.

–          – Revenons au premier point. On prend souvent  l’image suivante. On dit l’économie est malade, il faut donc la soigner et avant…

–          – faire le diagnostic.

–          – Oui, mais cette image peut nous induire en erreur. En effet, quand un individu est malade, il va chez un médecin qui fait le diagnostic et propose une ordonnance et donc un traitement que va suivre le patient. Ce n’est que s’il est inefficace ou qu’il a des effets secondaires qu’on demandera à revoir l’ordonnance. En revanche, quand une économie est malade, ce sont les économistes qui recherchent les causes des difficultés et avancent des remèdes possibles, mais ce sont les hommes politiques qui vont arrêter le traitement sachant qu’il faudra compter avec un corps social très réticent surtout, si le traitement implique des purges (impôts etc … ).  Ce corps social ou une partie peut se mobiliser (ex. grandes grèves de 1995) et demander l’abandon de ce traitement, et menacer, ou carrément changer de « docteur » grâce aux élections qui peuvent faire tomber des gouvernements.

–         – Alors, c’est moins bien que si les économistes étaient de vrais docteurs?

–          – Il est vrai qu’on touche là, à une limite de la démocratie. On peut craindre que des gouvernements n’osent plus réformer, de peur d’être sanctionnés par les électeurs, mais ce ne serait pas mieux de n’avoir que des techniciens de l’économie pour arrêter la politique économique.

–          – Pourquoi, je ne comprends pas ?

–          – D’abord parce que l’économie n’est pas…

–          – Une science exacte !

–         – Merci Solène ! Donc les experts économiques peuvent se tromper, et il est plus sain que le peuple, grâce aux élections, choisisse ceux qui essaieront de faire les bons choix économiques. D’autre part, les économistes peuvent proposer des solutions techniquement valables sur le papier, mais inapplicables du fait des résistances sociales, des tensions au sein des majorités de gouvernement, voire entre différents pays amis etc… Enfin, leurs solutions, qualifiées simplement pudiquement de techniques, ont souvent des implications sociales importantes et peuvent induire des choix de société fondamentaux.

     – Des exemples Monsieur, s’il vous plaît.

–          – Je peux dire, pour relancer l’emploi on va réduire les impôts.

–          – Ah ça c’est bien.. 

            – Soit, Alexandre, mais si on réduit les recettes de l’Etat, on va réduire les dépenses. Faut-il moins de juges ? De policiers ? Diminuer le RMI ?

–         – Il faut pas baisser les impôts alors. Mon père, il dit que les fonctionnaires disent toujours ça.

–         – Alexandre, j’ai simplement dit que baisser les impôts n’était pas une mesure anodine. Cela aurait des implications sociales et politiques fortes. La preuve, la Gauche et la Droite ont beaucoup de mal depuis plus de 20 ans à réduire les prélèvements que nous payons. Autre exemple,  que je n’ai pas ici le temps de développer : le financement des retraites. Les choix apparemment techniques qu’on décide, nous font ou pas, glisser vers un modèle anglo-saxon qui a, bien sûr Alexandre, ses qualités mais aussi ses défauts.

–         – Donc, ils sont pas très utiles les économistes.

–          – Séverine ! si j’essaie de nuancer mon propos, ce n’est pas pour arriver à une conclusion si caricaturale. Ils sont utiles puisqu’ils évitent, en principe, de faire de gros contresens économiques, de grosses bêtises dans les politiques économiques menées. Ils sont également utiles puisqu’ils nous aident à comprendre ce qui s’est passé. Ceci dit, ils se trompent régulièrement, donc ne leur déléguons pas nos pouvoirs. Le citoyen doit être informé, et dans une démocratie représentative, désigner les hommes politiques qui se chargeront, entre autres, des dossiers économiques.

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