Episode 3 : On ne peut pas faire l’économie des hommes politiques
– D’accord, mais vous nous avez dit qu’ils (les hommes politiques) ne font pas l’économie.
– Je veux surtout réagir contre ceux qui affirment que le gouvernement a fait 3 % d’inflation ou contre le Maire qui affirme avoir créé 2000 emplois. Leur rôle est loin d’être nul. Leurs décisions contribuent à créer ou non un contexte favorable, mais l’économie réelle est le résultat de multiples microdécisions (consommateurs, entreprises, partenaires étrangers etc … ) qui ne se soumettent pas miraculeusement à la volonté du politique. Or, celui-ci met en avant sans vergogne son bilan économique (positif) personnel, mais imputera toujours aux centres éloignés de décision (Paris,Bruxelles, Wall Street, marchés financiers) ou carrément à l’étranger (ennemi de la Nation ?) les difficultés économiques.
– – Ce sont tous des menteurs !
– – Je ne peux pas laisser dire ça. C’est vrai qu’il y a un décalage entre le discours économique des hommes politiques, et les politiques économiques menées effectivement. De multiples contraintes font que politiques de gauche et de droite sont moins éloignées que ne le laissent entendre les campagnes électorales. La droite qui critique l’excès d’Etat a, avec Balladur, Juppé, Raffarin ou encore de Villepin et Fillon, dû cautionner de gros déficits budgétaires. La gauche a adopté une politique de rigueur dans les années 80 alors qu’elle combattait la politique d’austérité de Barre. En matière de privatisation (partielle souvent), le gouvernement Jospin a-t-il mené une politique très différente des gouvernements de Droite ?
– – Tous dans le même sac !
– – Attention ! Vous réagissez comme ceux qui ont été séduits par les discours démagogiques d’extrême gauche et surtout d’extrême droite. Les politiques se sont rapprochées, mais objectivement, il y a de réelles différences entre ceux qui font surtout confiance au marché, et ceux qui croient encore aux vertus de la régulation de l’Etat pour résoudre les difficultés économiques.
– Pas tous pourris alors, Monsieur ?
– Non. L’anti-parlementarisme primaire sert les démagogues, pas la Démocratie. Critiquons les hommes politiques, mais rappelons nous aussi, qu’on a la classe politique qu’on mérite. Plus le citoyen sera informé, plus il aidera l’homme politique à se transcender.
– – Plus il fera d’économie, c’est ce que vous voulez dire ?
– – Disons simplement que ça ne peut pas faire de mal.
– – Moi ce qui me gêne, c’est que quand j’entends un homme politique parler, par exemple d’économie, je trouve qu’il a raison, puis un deuxième parle et…
– – Il a encore raison. Bonne remarque Julia. Qu’en pensez-vous les autres ?
– – M’en parlez pas, c’est la prise de tête.
– – En réalité, Julia pose le problème de l’objectivité. Un prof peut honnêtement éclairer les différents points de vue sur une même question (et encore, ce n’est pas toujours facile quand on ne croit pas du tout à une interprétation), mais si vous lui demandez que pensez-vous sur ce sujet, il ne pourra être totalement objectif. Etre objectif consiste ici à assumer sa subjectivité. Une analyse repose sur des postulats fondamentaux (suis je marxiste ? ai-je une grande confiance dans le marché ? etc … ) sur des hypothèses clés. Ce constat ne doit pas décourager le citoyen. Il doit, au contraire, le mettre en garde, contre les discours bien lisses, contre des propositions techniques qui ne sont jamais neutres socialement. On ne doit pas attendre de l’économie un discours unique, mais différents éclairages à partir desquels on doit essayer de deviner quelles seront les conséquences, souvent à moyen / long terme, des décisions prises, espérons le, en connaissance de cause. Puisque ça sonne, je vous laisse partir.
– – Monsieur, c’était dur ce cours.
– – J’en avais conscience quand je l’ai préparé.
On peut s’autoriser de petits mensonges quand ils servent de grandes causes.
– – Retenez que la science économique est utile aux hommes politiques et qu’il faudrait qu’elle devienne plus utile aux citoyens. Compris ?
– – En fait, il faut retenir que l’économie ça sert.
– – Tout à fait, c’est le message non subliminal que j’ai voulu faire passer.
J’ai droit à un peu d’autosatisfaction, je me suis bien sorti de cette impro. Finalement, cette journée s’annonce bien mieux que je l’imaginais. Une heure de cours et déjà la possibilité de faire une pause. Pas d’hésitation, je descends en salle des profs, histoire de faire avancer mes projets.
Ce qu’on peut retenir du chapitre 1 (et donc de ses 3 épisodes):
L’économie est bien une science rigoureuse, mais une science humaine, pas une science exacte.
Les avis des économistes sont utiles, mais pas incontestables. Il est donc sain que dans une démocratie, ce soient les hommes et femmes politiques choisis par les citoyens qui déterminent les politiques économiques qui ont toujours des conséquences sociales.
Encore faut-il que les citoyens soient suffisamment informés et par exemple, qu’ils aient un minimum de « culture » économique.
Enfin, on commence à deviner que la journée de Bastien sera bien plus compliquée qu’il ne l’espérait.
Prochain épisode : le 15 SEPTEMBRE 2008
