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Episode 6 : Le créationnisme monétaire

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

 

4)  La création monétaire

         Monsieur, dans le livre ils disent qu’on peut créer de la monnaie à partir de rien, c’est vrai ?

         C’est pas faux, mais dit ainsi c’est trompeur. Si vous commandez un meuble à un ébéniste, il ne le fabriquera pas à partir de rien, mais à partir de planches de clous, vernis etc… (ce sont les consommations intermédiaires). En revanche, un banquier n’a pas besoin d’avoir, a priori, quelque chose pour créer de la monnaie. En fait, il la crée en accordant un crédit. Vous lui empruntez 1000€, il crée 1000€  de monnaie scripturale.

         Mais c’est très dangereux alors, on peut faire n’importe quoi.

         En réalité, il y a au moins deux garde-fous.

L’expression semblait amuser les élèves, mais leur prof se disait qu’il n’en avait cure. Il n’insista pas se doutant que son jeu de mots ne serait pas compris.

         Il faut bien préciser qu’un banquier n’est pas un irresponsable. Il ne crée pas de la monnaie pour le plaisir. S’il le fait, c’est qu’en contrepartie, il sait qu’il sera remboursé et que le service rendu aux prêteurs lui sera payé sous forme d’intérêts.

         C’est pour gagner de l’argent qu’il en prête ?

         Désolé de vous décevoir, mais les banquiers dans leur quotidien ne sont pas des philanthropes.

         Et s’ils sont très gourmands et qu’ils fassent plein de prêts pour gagner de l’argent ?

         Il y a la Banque Centrale pour veiller au grain. Elle contrôle le système, non pas en créant l’essentiel de la monnaie (bien au contraire) mais en émettant la monnaie centrale qui sert de dénominateur commun au système bancaire. Les banques ordinaires créent certes la monnaie scripturale, mais pour les relations entre banques qui garantissent le fonctionnement du système, elles ont un besoin impératif de monnaie centrale. On le voit bien avec les difficultés que rencontrent les banques en cet automne 2008. Il faut qu’elles se procurent (par emprunt le plus souvent) de la monnaie centrale qui leur coûte cher ; de ce fait elles doivent se montrer raisonnables et au pire la Banque Centrale pourrait leur retirer leur pouvoir d’exercer leur métier.

         Ca sonne !

         Je savais Laëtitia que j’entendrais au moins une fois dans l’heure votre voix. Cinq minutes de pause.

         Je vais faire un petit saut dans la salle des professeurs.

 

 

Tout en rangeant ses affaires, Bastien amateur des métaphores et des formules chocs regrettait à moitié de leur avoir proposé un titre bien sage « la création monétaire », alors qu’il était tenté par une formule plus rentre dedans : le créationnisme monétaire. Il pensait au parallèle avec les créationnistes américains qui croient que Dieu a tout inventé sur terre : hommes, animaux et flore, tout créé, et à partir de rien. Le banquier ne crée-t-il pas de la monnaie à partir de rien ?  Il décide d’accorder un crédit et de fait, il crée de la monnaie scripturale. N’est-ce pas à sa manière un Deus ex-machina ? La comparaison le tentait, histoire de faire un bon mot, mais Bastien savait que le parallèle avait ses limites. Si au moment, d’accorder un crédit, il crée bien de la monnaie à partir de rien, il le fait parce qu’il y a une contrepartie. C’est la créance de celui qui s’est vu accorder un crédit et s’engage à le rembourser avec des intérêts.. C’est justement parce que le banquier dispose de quelque chose (des créances) qu’il a une crédibilité qui fera qu’il obtiendra des liquidités sur le marché interbancaire. Les autres banques prêteront à ce banquier des liquidités parce qu’il inspire confiance et que donc ses créances ne sont pas douteuses. Si elles le deviennent, il ne bénéficiera pas des prêts de ses collègues banquiers, et si la défiance touche toutes les banques, c’est tout le marché de la liquidité entre banques qui se bloque comme durant l’automne 2008.

 

Désenchanté, Bastien avait fini de ranger ses affaires. Il savait que sa comparaison avec Dieu ne tenait pas la route puisque lui contrairement à une banque, n’était jamais déclaré en faillite. Un bref instant, il avait cru son idée géniale, mais il devait en convenir, c’était une mauvaise idée.

Il espérait que quelqu’un ou plutôt quelqu’une le réconforterait dans la salle des professeurs.

 

Ce qu’on peut retenir du chapitre  2 (et donc des épisodes 4 / 5 / 6):
 
Le troc a été utile, mais il a été logiquement supplanté par la monnaie qui permet de compter, d’échanger, et de mettre en réserve nos richesses, bref elle a fortement contribué au développement de nos économies.
La monnaie au sens strict (monnaie centrale: pièces et billets + la monnaie scripturale, celle de nos comptes bancaires) fait partie de la masse monétaire qui comprend aussi nos réserves sur des livrets comme le livret A (c’est de la quasi monnaie).
Les banques dites ordinaires créent principalement la monnaie. On a longtemps pensé que ce pouvoir esentiel était confié à des gens raisonnables, responsables. Les derniers soubresauts de la crise financière rendent plus circonspects.

Enfin, Bastien commence à sentir que cette journée  ne sera pas de tout repos, et il se demande pourquoi des élèves sont capables de fournir des réponses si précises.

Prochain épisode :  le 25 OCTOBRE 2008

 

 

 

 

 

 

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