Episode 7 : L’inflation : l’ennemie numéro 1, mise à prix
Chap 3
11h 00 Cours de Première :
DE LA MONNAIE A LA LUTTE CONTRE L’INFLATION
(2ème partie)
Mon passage dans la salle des professeurs a été une réussite,se dit Bastien. Pas un prof d’anglais et cinq minutes de retard à cause du collègue expert en horaires SNCF et points pour les mutations. Il voulait qu’en quelques minutes on réorganise le Ministère de l’Education nationale, alors que je veux juste finir cette matinée. Pas de surprise, en sortant nous sommes passés devant le Proviseur qui a ostensiblement regardé sa montre.
II) La lutte contre l’inflation : objectifs / moyens et limites
– Inutile de faire preuve d’originalité, commençons par …
– La définition.
– Exact ! Disons simplement qu’elle se traduit par une hausse généralisée et cumulative des prix. Il ne s’agit pas de quelques hausses isolées mais d’un phénomène qui touche l’ensemble de prix de manière continue.
– Le dictionnaire dit qu’il ne faut pas confondre inflation rampante et galopante. Ca veut dire quoi Monsieur ?
– Bonne remarque Rachid. Insistons bien sur ce point. S’il y a inflation rampante, disons de 0 à à peu près 3%, ce n’est pas un problème économique. Il y a même des chances que ce soit le signe d’une économie saine ou en tout cas d’une économie dont plusieurs indicateurs sont satisfaisants.
– C’est pas le cas du chômage en France.
– C’est vrai, mais je poursuis mon propos. A l’opposé, si l’inflation est importante de plusieurs dizaines de % à pourquoi pas des centaines de % ou plus, on parlera d’inflation galopante qui peut dégénérer en hyper-inflation. L’économie est là au bord de l’effondrement (c’est l’exemple de l’Allemagne en 1923). Dans ce cas précis, c’est plus qu’un problème économique. Les difficultés économiques rejaillissent sur la situation sociale ce qui favorise l’arrivée au pouvoir des démagogues comme on l’a vu avec Hitler. Nous, dans les 70, nous avons connu l’inflation déclarée (dès qu’elle est supérieure à 4/ 5 %). En fait, au début des années 80 elle avoisinait les 14 %. Les gouvernements occidentaux décidèrent qu’il fallait lutter en priorité contre elle, d’où le premier point :
1) Les dangers de l’inflation
– Pourtant le prof d’histoire, il a dit qu’elle favorisait la croissance.
– Le prof d’éco va-t-il contredire celui d’histoire ? Je risque de vous décevoir. C’est vrai qu’on a dit que l’inflation peut avoir des vertus. D’abord, elle allège les dettes. En effet, l’inflation a permis des augmentations de salaires pour maintenir le pouvoir d’achat. Les revenus ont augmenté alors que le montant des remboursements était constant. De ce fait, l’endettement est devenu moins lourd et a permis, notamment dans les années 60, aux particuliers (même à des ménages assez modestes) et entreprises de pouvoir continuer à consommer et investir malgré des emprunts déjà contractés, ce qui a soutenu la croissance économique. D’autre part, elle a pu faciliter le partage des richesses créées entre salariés et entreprises. Pour qu’il y ait croissance il faut trouver un équilibre entre la part du gâteau distribué (le PIB) alimentant la consommation et celle finançant l’investissement. Dans les négociations, il était plus facile de lâcher du lest en particulier sur les augmentations des salaires, sachant que l’inflation grignoterait une partie des concessions acceptées.
– C’est donc une bonne chose l’inflation ?
– Attention, je n’ai pas dit cela. N’oublions pas que le contexte de l’époque (les 30 glorieuses) était favorable et que l’inflation était assez modérée. Certains sont plus sévères et disent que l’inflation dès le départ, a été une sorte de drogue, d’abord douce. Elle semblait donner des effets positifs au début (croissance et paix sociale), mais elle aurait conduit à une accoutumance bien préjudiciable pour l’économie. Il a fallu augmenter les doses sans que les résultats, surtout en matière de chômage, s’améliorent. Conclusion : une sévère cure de désintoxication dans les années 80.
– Mais que lui reprochait-on exactement ?
– Sur le plan interne, d’aboutir à une spirale inflationniste. Les prix augmentent donc les salaires, ce qui provoque une hausse des coûts de production compensée par une hausse des prix, puis des salaires pour maintenir le pouvoir d’achat. Ce cercle vicieux finit par pervertir le fonctionnement de l’économie de marché. D’autant que les hausses des prix handicapent les exportations et favorisent les importations. Le déficit de la balance commerciale se creuse entraînant généralement une dévaluation renchérissant le coût de la vie ce qui alimente encore l’inflation. On entre donc dans un processus cumulatif qui, pour être brisé, nécessite une politique économique énergique et coûteuse socialement. J’y reviendrai.
Prochain épisode : le 06 NOVEMBRE 2008
