Episode 10 : Tous épris de la stabilité des prix
– Et la lutte contre l’inflation structurelle ?
– Est-ce la plus facile à mettre en œuvre ?
– Non, puisqu’il faut s’attaquer aux structures, au fonctionnement de l’économie.
– D’ailleurs, je compte passer assez rapidement sur ce point.
– Tant mieux !
– Je ne vous le fais pas dire, Sabrina. Dans les faits au début des années 80, il s’est agi surtout de s’attaquer aux revenus. On a frappé un coup psychologique en bloquant les augmentations de prix, de salaires et revenus en général pendant à peu près 6 mois.
– Et c’est efficace ?
– Si on ne prend pas de précaution, ce sera un échec. On a simplement cassé le thermomètre pour ne pas voir la fièvre de l’économie. Il faut donc quand on va reprendre la température, s’assurer que la guérison est en bonne voie. A près cette période de blocage, on encadre les prix pour qu’ils ne s’emballent pas, on impose des contraintes aux acteurs économiques, aux salariés en n’indexant pas automatiquement les hausses de salaire sur les prix.
– C’est mauvais ça pour le pouvoir d’achat.
– Oui
– Et ça a suffit ?
– C’est vrai que ça a bien marché en France. Le taux d’inflation qui semblait endémique
– Quoi ?
– Endémique, chronique si vous voulez, est passé d’une quinzaine de % au début des années 80 à une inflation rampante dès le milieu des années 80.
– Qu’est ce qui s’est passé ?
– Plusieurs facteurs expliquent ce remarquable succès. D’abord le contexte international : les grands pays occidentaux en 79/80, décidèrent de faire de la lutte contre l’inflation la priorité. La France ne les rejoindra que plus tard, pourquoi Arnaud ?
– A cause de l’élection de F. Mitterrand en 1981. Il avait promis une relance (keynésienne) de l’économie pour lutter contre le chômage quitte à voir les prix augmenter. Mais devant les mauvais résultats, la France en 82 et surtout 1983, a adopté une politique de rigueur misant aussi sur la désinflation.
– C’est bien !
– Mais ça veut dire quoi, un contexte international favorable ?
– Si les prix augmentent peu chez nos voisins nous n’importerons pas leur inflation. Du coup, pas besoin de hausses de salaires pour compenser ce qui pourrait alimenter la spirale inflationniste. Je pourrai évoquer aussi le prix du pétrole et le cours du dollar qui en baissant ont facilité la désinflation.
– C’est grâce à l’étranger que ça a marché ?
– Ne soyez pas déçue Jennifer. Les causes internes sont également importantes. La France a opté pour des mesures d’inspiration monétariste, c’est-à-dire ?
– Hausse des taux d’intérêt pour freiner les crédits et la création monétaire.
– Oui, et la gauche a su obtenir la coopération ou parfois simplement la neutralité des syndicats. Ceux-ci en acceptant que les salaires ne soient plus indexés sur les prix ont accepté (bon gré mal gré) que le pouvoir d’achat des salariés soit affecté. Quand les revenus stagnent, la demande s’essouffle ce qui limite les tensions inflationnistes.
– Je comprends pas. C’est la gauche qui a demandé des sacrifices aux salariés ?
– Ce n’est pas si surprenant. Ce sont souvent ceux qui sont censés protéger une catégorie ou un groupe d’intérêts qui, lorsque la situation est inextricable, obtiennent de lui le plus de concessions. On peut penser à De Gaulle appelé par les algérois pour garder l’Algérie française et qui a décolonisé l’Algérie.
– Ouais, mais ils ont voulu tuer de Gaulle.
– C’est vrai Antoine. Pour la désinflation, ça a été moins sanglant, mais la gauche a nettement perdu les élections législatives suivantes, en 1986.
– Mais alors cette désinflation, c’est un grand succès ?
– Bonne question qui nous sert de transition avec le point suivant.
