Episode 11 : La désinflation à n’importe quel prix ?
4) Utilité et limites de la désinflation
– La politique de désinflation a été sans conteste un grand succès puisqu’en peu d’années et de manière durable (c’était toujours le cas en 2008), on a réussi à guérir l’économie française d’un mal qu’on pensait difficilement curable…
Bastien laissa tomber sa voix, espérant créer un suspense amenant un élève à dire, on attend le mais, Monsieur. Celui-ci ne venant pas, il reprit
– Ceci dit, il y a un mais…….
Sentant que le public n’était toujours pas suspendu à ses lèvres, il poursuivit :
– La désinflation n’était qu’un objectif intermédiaire. Les gouvernements, y compris de gauche, ont accepté les préconisations des libéraux. Il fallait assainir l’économie dans un premier temps, pour espérer ensuite de la croissance économique qui devait faire baisser le chômage.
– On sait Monsieur que si on casse l’inflation en augmentant les taux d’intérêt ça va peser sur la consommation, l’investissement, la croissance et que donc le chômage augmentera.
– Oui, à court terme, mais à moyen terme, une dynamique positive peut s’enclencher créatrice d’emplois.
– Comme aux Etats-Unis.
– Exact, mais aussi au Royaume-Uni.
– Et pourquoi ça a pas marché chez nous ?
– C’était sûrement une condition nécessaire, mais pas suffisante pour lutter contre le chômage. Je ne peux pas en dire beaucoup plus en ce début de Première. C’est une question complexe, mais le hasard veut que cet après-midi en Terminale, je vais creuser ce point. S’il y a des impatients qui ne peuvent pas attendre l’an prochain…
Bastien ne put finir sa phrase.
– C’est pas grave si on ne vient pas, Monsieur ?
Bastien regarda un peu inquiet sa montre. Il avait terminé ce qu’il voulait dire. Comment combler les minutes qui restaient avant la sonnerie ? Rachid le sortit de ce mauvais pas.
– Alors, il fallait la mener ou pas cette politique de désinflation ?
– En fait Rachid, je pense que la France n’avait pas vraiment le choix pour des raisons politiques et économiques. D’abord, parce que la France soucieuse se son image, d’autres diraient hantée par son passé, a voulu continuer à jouer un rôle politique important, notamment dans la construction européenne. Le Président Mitterrand a dû trancher en 1983. Soit la France continuait à faire bande à part économiquement (politique de relance à contre courant) et alors elle se discréditait politiquement, ou elle adoptait une politique de rigueur coûteuse en termes de chômage mais qui permettait au « couple franco-allemand » de rester leader dans la CEE qui deviendra 10 ans plus tard, l’Union Européenne. On a frappé à la porte ?
– Non, Monsieur.
– J’en étais où ?
– Aux raisons économiques.
– Ah oui. Tout pays, en particulier en Europe, est soumis à la contrainte extérieure. Cela signifie que lorsqu ‘on commerce avec d’autres pays, il faut à peu près équilibrer ses échanges (importations à peu près égales aux importations), sinon….
– On s’endette.
– Exact Jérôme !
– D’autre part la monnaie nationale est attaquée. Si la demande de francs baisse, en vertu du sacro saint principe de la loi de l’offre et de la demande, la valeur du franc s’effritera et si ça continue, il faudra dévaluer la monnaie. Elle vaudra moins par rapport aux autres devises.
– Mais quel lien avec l’inflation ?
– Vous allez comprendre Rachid. Si un pays importe plus qu’il n’exporte, c’est qu’il n’est pas assez compétitif. C’est que les prix de ses produits sont supérieurs à ceux de la concurrence. Plusieurs causes peuvent expliquer cet écart dont …
– L’inflation !
– Il faut donc la maîtriser, c’est incontournable si on veut garder son rang, surtout si vos partenaires en ont fait leur priorité comme au sommet de Tokyo en 1979. Et puis la mise en place de l’Euro a imposé avec les traités de Maastricht, puis d’Amsterdam, une rigueur économique en matière d’endettement, de déficits publics, et bien sûr d’inflation.
– Avant ces traités, on a imité l’Allemagne ; on a joué le jeu du franc fort (Francfort).
