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Episode 12 : A-t-on mal appris des allemands?

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

         Et vous riez à cette astuce éculée de Jérôme ? Vous avez été moins indulgents avec ma blague de banquier.

         Mais ça veut dire quoi ?

         Eh bien, que la France devait sûrement s’inspirer de la politique économique allemande. L’Allemagne était prospère malgré un Mark puissant.

         Pourquoi malgré ?

         Parce qu’en général on dit que si une monnaie est forte, cela handicape les exportations. En effet quand on convertit le prix allemand en une monnaie plus faible, cela pourrait décourager les acheteurs étrangers. En fait, la compétitivité d’un pays dépend certes de ses prix (d’où l’intérêt d’avoir une faible inflation), mais aussi de la qualité de ses produits, de leur originalité (on parle de compétitivité hors prix ou structurelle). Tout ceci explique une certaine fascination pour le voisin allemand. Habituellement on pensait que la dévaluation artificiellement et provisoirement (car causée par l’inflation, elle en génère souvent à son tour) donnerait un peu de compétitivité à nos produits. La triple  dévaluation du franc entre Octobre 81 et Mars 83 a montré cruellement les limites de cette politique. La France, encouragée par ses partenaires européens dont l’Allemagne, a alors opté (et depuis aucun gouvernement n’a renié ce choix) pour la désinflation.

         Et ça a marché ?

         Même réponse que tout à l’heure. Il fallait certainement en passer par là, mais c’est loin d’être la panacée …

         Surtout, pour lutter contre le chômage.

         Oui Jérôme, lâcha Bastien, un peu lassé devant l’assurance dont faisait preuve cet élève qu’il connaissait bien. Il reprit.

         En fait, les gouvernements français n’ont pas seulement voulu maîtriser l’inflation, avec une faible inflation (dite rampante), ils ont voulu qu’elle soit plus faible que chez nos partenaires. C’est pourquoi on parle de désinflation compétitive. On espérait que nos prix contenus, favoriseraient les exportations ce qui créerait de la croissance et de l’emploi.

         Et ça marche Monsieur, suppliait presque Rachid qui aurait voulu des certitudes pour finir l’heure.

        Un peu gêné Bastien poursuivit.

      – Ben, dans ce contexte de désinflation, avec des taux d’intérêt élevés, une consommation faible, des entreprises prudentes, la croissance est faible et le chômage n’a pas reculé à court terme malgré les succès sur l’inflation.

         C’est pourquoi le gouvernement Jospin a cherché une autre solution avec les 35 heures….

         Justement cet après-midi, je vais..

         Monsieur, on peut pas venir, on vous l’a déjà dit.

         Monsieur, ça sonne.

         Merci Laëtitia ! Elle veillait à ce que le cours ne s’éternise pas.

          Vous pouvez sortir, sauf Jérôme à qui j’ai un mot à dire.

         Un problème M’sieur ?

         Je sais, vous savez, vos camarades savent que vous êtes un redoublant.

         Il n’y a pas de honte à ça.

         C’est vrai, mais vous m’aviez déjà comme prof l’an dernier. Vous avez donc mes cours de l’an passé. Je trouve normal que vous cherchiez à améliorer votre note de participation, mais je ne veux pas que vous jouiez le souffleur comme au théâtre, avec sous les yeux, le texte écrit.

         Mais si personne ne répond ?

         Soit, mais vous devez prendre le cours de cette année et ne pas vous contenter de celui de l’an dernier. On pourrait croire que c’est exactement le même, c’est fort déplaisant.

         C’est bon, je peux y aller ?

         Une chose encore, ne répondez qu’aux questions que je pose, pas à celles que je pourrais poser, ou à celles que j’ai posées l’an dernier. Pourquoi vous gigotez comme ça ?

         J’ai faim, et il va y avoir la queue à la cantine.

         C’est bon, allez y.

Décidément cette matinée a été plus compliquée que je ne le pensais, se dit Bastien. On va voir ce qui se passe dans la salle des profs.

 

Ce qu’on peut retenir du chapitre  3 (et donc des épisodes 7 à 12):

On a défini l’inflation, montré ses avantages et surtout les inconvénients d’une inflation déclarée (et pas rampante). On a insisté sur la politique de désinflation ou rigueur adoptée en 1983. La France s’est alignée sur la politique de ses partenaires. Ce consensus n’a pas été remis en cause en Europe jusqu’à la crise des subprime ; c’est pourquoi on a parlé de « pensée unique ».

ll fallait sûrement casser l’inflation des années 80, mais du coup on a opté pour des politiques libérales misant sur la compétition internationale, le recul de l’Etat avec des résultats présentés longtemps positifs avant qu’on paie les effets de la crise d’une économie ayant trop fait confiance à l’autorégulation des marchés.

 

De son côté, Bastien aime bien quand les élèves répondent à ses questions, mai c’est moins flatteur quand il s’agit de redoublants qui se contentent de reprendre le cours de l’année passée. Et puis parviendra-t-il à rencontrer sa prof préférée et à faire avancer ses projets ?

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