Episode 14 Avantage Euro
– Bon, ça va se corser un peu. Alors qu’on critique souvent l’Euro, il faut que je te présente les avantages.
– C’est exactement ça, va à l’essentiel. Fondamentalement, qu’est-ce qu’on attendait de l’Euro ?
– Tout simplement, si je puis dire, qu’on retrouve la prospérité économique.
– Comme durant les trente glorieuses de l’après guerre ?
– Peut-être pas aussi flamboyante qu’à cette époque. Mais s’il y a prospérité, cela signifie qu’il y a une forte croissance économique. Et si on produit beaucoup, il y aura peu de chômage, les entreprises feront des profits, investiront, embaucheront. Les salariés devraient voir leur niveau de vie s’améliorer tout comme les consommateurs. Enfin, l’Etat doit voir les rentrées fiscales croître ce qui lui permettra d’investir, de développer les services publics, ce qui doit être profitable à l’ensemble de la collectivité. La félicité quoi ….
– Bref la prospérité ? lâcha Julie un peu dubitative ; Elle ajouta, et c’est possible cet enchaînement si positif.
– Oui, on parle de cercle vertueux. Le meilleur exemple étant celui des trente glorieuses.
– Et l’Euro permettrait de renouer avec ce cercle vertueux ?
– Disons que c’est le scénario qu’ont martelé les promoteurs de la monnaie unique.
– Alors le simple fait de changer de monnaie, ça peut avoir de grandes incidences ?
– Attention, ce n’est pas quelque chose de banal. Créer un passeport européen, c’est surtout symbolique. En revanche renoncer à sa monnaie nationale, c’est renoncer à une partie de sa souveraineté puisqu’on ne peut plus pratiquer une politique monétaire indépendante.
– Je comprends mieux les réticences anglaises qui sont autant politiques qu’économiques.
– Absolument !
– Mais j’ai du mal à voir ce que ça implique concrètement de positif, comme changement.
– Le mieux, c’est de prendre un par un les principaux agents économiques. D‘abord les entreprises : l’Euro réduit les incertitudes liées aux conversions de monnaie.
– Comment ?
– Eh bien, si elles s’approvisionnent en Allemagne ou en Italie, elles savent désormais exactement ce que ça leur coûte. Il n’y aura pas de mauvaises surprises liées à des variations monétaires. Cela va faciliter les échanges, les investissements, d’autant que, plus le marché potentiel s’élargit, plus les investissements peuvent devenir rentables puisqu’en produisant en plus grande quantité, les coûts de production unitaires baissent.
– Je parie que ça a un nom en économie.
Bastien, content de pouvoir faire montre de ses connaissances, dit avec un petit sourire satisfait :
– On parle d’économie d’échelle.
– Quel manque de poésie ! fut la remarque de Julie.
– Je disais que des activités non rentables dans un marché national étroit, peuvent le devenir à l’échelle de l’Union Européenne.
– Un marché plus large, ça veut dire aussi plus de concurrence.
– C’est vrai, mais pour l’instant je laisse son côté négatif pour ne retenir que l’aspect dynamisant. On cherche à être plus compétitifs. Il faut gérer plus efficacement, mais il faut aussi être entreprenant, innover. On peut aussi chercher à être plus puissante en rachetant des entreprises concurrentes. On parle de concentration…
– Je sais, il y a les concentrations horizontales, verticales amont et aval. J’ai fait un texte sur ces opérations financières avec les BTS ; Qu’est-ce que je me suis ennuyée !
– Il y a aussi les concentrations conglomérales…
– N’en rajoute pas !
– Mais qui d’autre que les entreprises va y trouver son compte ?
– En principe, le consommateur. La concurrence étant plus vive, les prix plus transparents (car directement comparables), bien des produits doivent être accessibles à meilleur prix.
– Tu passes un peu vite sur les polémiques liées aux hausses de prix lors du passage à l’Euro.
– En fait, on entrerait sur des débats techniques pour savoir comment on mesure le coût de la vie, et comment il faudrait peut-être faire évoluer ces outils. Mais si j’ai bien compris, tu es pressée.
– Ok, on laisse tomber.
– N’oublie pas que les entreprises cherchent à séduire les clients en améliorant la qualité des produits, et en en proposant de nouveaux. Du coup, si les entreprises se développent, il y aura création d’emplois et normalement augmentations des salaires. Les salariés peuvent aussi être gagnants.
– Oui, dans le meilleur des cas.
– C’est vrai, on en dira un mot plus loin avec les inconvénients.
– On a fait le tour ?
– Il faudrait ajouter l’Etat.
