De l’éthique en toc
Quand la crise est survenue, brutale, elle a fait vaciller les défenseurs du capitalisme. Il fallait donc le moraliser. Notre président, jamais avare de mots voulait carrément le refonder. Pour faire oublier les maux du capitalisme, il fallait lui opposer des mots. Ethique c’est chic, mais comme on s’en doutait l’éthique en matière économique, c’est surtout du toc.
Les banquiers, les grandes entreprises veulent bien parler d’éthique si on ne remet pas en cause leurs avantages. Florian Rouliès nous donne l’impression qu’ils s’assoient dessus, ou qu’avec un cigare symbolisant le commerce équitable on peut nourrir des discours fumeux .
Delhommais confirme dans un article du Monde du 14 Juin nos craintes (voir extrait ci-dessous), Obama comme les autres dirigeants est moins enclin à moraliser des activités qui ont contribué à financer sa campagne.
Le cigare de Clinton avait symbolisé ses frasques, espérons que le cigare de la puissance capitaliste ne résumera pas la présidence Obama. Puisqu’on a réussi à cadrer les fumeurs, espérons qu’on cadrera les excès du capitalisme. On se doute que l’éthique ne sera jamais un TOC (trouble obsessionnel compulsif) mais on attend d’elle qu’elle ne soit pas qu’un rideau de fumée.
« On a vu. « Je veux être clair sur ce que nous ne faisons pas, a expliqué cette semaine le secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner. Nous ne posons pas de limite sur les salaires (…) et nous n’imposons pas de règles sur la façon dont les entreprises doivent fixer leurs rémunérations. » Ouf, Wall Street peut respirer. Les traders de Goldman Sachs, de Morgan Stanley, les gérants de hedge funds avec leurs bonus de plusieurs millions de dollars aussi. Et les vendeurs de Porsche et de Rolex, les vendeurs de produits dérivés bling-bling peuvent reprendre espoir.
Bien sûr, on ne peut exclure que M. Obama, prévoyant, ait pris cette décision en songeant au financement de sa future réélection – les banquiers d’affaires de Wall Street ont été les principaux pourvoyeurs de fonds de sa campagne en 2008.
De façon moins soupçonneuse et plus recevable, la Maison Blanche a probablement souhaité ne pas mettre en danger la compétitivité des banques américaines et de sa place financière. A limiter unilatéralement les salaires, les institutions financières couraient le risque d’une hémorragie de talents et du départ de ces derniers vers des cieux plus cléments : quels footballeurs iraient jouer au Real Madrid si les salaires y étaient plafonnés et plus faibles qu’ailleurs ? Probablement pas Cristiano Ronaldo, dont le transfert record de 94 millions d’euros représente, selon les calculs de la presse espagnole, le versement pendant un an d’indemnités à 10 000 chômeurs. Tout change, rien ne change. »
Extrait d’un article paru le 14 Juin 2009 sur le site du Monde

