Le PIB excommunié?

On sait depuis longtemps que le PIB est critiquable, même si ces débats n’intéressent que depuis peu les medias. Par contre, il est savoureux de constater que l’apôtre des chiffres de la délinquance nous dise qu' »il ne faut pas avoir la religion du chiffre ».
Il y a donc consensus pour souligner les insuffisances et parfois aberrations du PIB. Il sous-estime la richesse créée dans le pays. Bien sûr, il ne peut évaluer l’économie souterraine et il oublie toutes ces activités qui créent du lien social (bénévolat) ou tout simplement qui permettent un certain épanouïssement personnel (cela va du jardinage au temps consacré à ses proches).
D’autre part, il ne tient absolument pas compte des nuisances liées à la production: pollution diverses. Un camion qui tombe dans une rivière et la pollue, un cancer à soigner, la tour Eiffel à détruire tout ça fait augmenter le PIB de l’année.
Nous avons compris le sermon du prêtre Sarko qui lui-même semble tourner le dos à son fameux « travailler plus pour…. » qui privilégiait le quantitatif. Nous sommes priés aujourd’hui de redécouvrir les charmes du qualitatif, du bonheur dans le respect de l’environnement.
Le problème, ce n’est plus le constat, mais les solutions qu’on propose . Quels indicateurs doit-on retenir? J Gadrey, membre de la commission Stiglitz chargée de plancher sur le sujet, nous livre son analyse sur son blog (1).
On a le sentiment que le PIB frise l’excommunication, mais on voit mal abandonné un dogme essentiel de l’église capitaliste. Il faudra en revanche, lui adjoindre d’autres indicateurs prenant en compte les objectifs sociaux et environnementaux. Le consensus n’est pas pour demain.
Tout en reconnaissant l’intérêt réel de ces réflexions sur la mesure de la richesse,on peut se demander aussi si ceux qui se sont fait élire en affirmant que produire plus était indispensable, ne cherchent pas l’absolution en critiquant le PIB, et en se faisant le chantre de valeurs plus spirituelles, post-matérialistes. C’est pratique de faire culpabiliser , les « pécheurs salariés » qui voudraient augmenter leur capacité de consommation; puisque tout le monde ne peut vivre de façon paradisiaque, que les plus faibles se serrent le ceinture et qu’on laisse tranquille les élus du capitalisme.
(1)http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2009/09/18/jean-paul-fitoussi-avocat-du-pib-vert/
