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Episode 18 Mise en bouche

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

 

Chap 5

 

12 h30

 

 

UN REPAS INDIGESTE :

AU MENU : DAUBE, PROTECTION SOCIALE…ET COUSINS

 

 

 

 

           Je sais, je suis en retard.

          On commence par dire bonjour à sa mère et par l’embrasser.

          Bonjour Maman.

          Tu es en retard !

          Ben oui.

          Et décoiffé…

          C’est parce que j’ai couru pour arriver à l’heure.

          Petit menteur. Si tu te négliges, comment vas-tu faire pour te trouver une chic fille ?

          Je n’ai pas envie d’en parler maintenant.

          D’accord ! j’ai deux surprises pour toi.

          Je me doute pour l’une.

          Qu’est-ce que je t’ai fait à manger ?

          Jambon blanc, pousses de soja, haricots vapeur ?

          Que tu es bête ! Une bonne daube avec des pommes de terre. Tu es jeune, il te faut des forces.

          Si tu le dis. Et la deuxième surprise ?

          J’ai invité Ginette et Maurice.

          Je repars… et puis ce sont tes cousins germains, pas les miens.

          Allez ne dis pas de bêtises, ils sont à table et tout le monde commençait à s’impatienter. Lave toi les mains et rejoins nous.

          Oui, M’man.

Bastien entra dans la salle à manger en traînant les pieds. Il lui fallut embrasser ses cousins si appréciés de ses parents. Il les avait catalogués une bonne fois pour toute, et probablement, en partie par mauvaise foi, comme réacs bien à droite. Il savait que comme d’habitude il serait mis sur le grill et qu’il n’échapperait ni à leur mauvaise humeur de contribuables qui s’estimaient trop taxés, ni bien sûr aux plaisanteries éculées sur les fonctionnaires.

          On a commencé sans toi, si tu veux un peu de pâté que nous a envoyé Tatie Paulette.

          Non, merci Papa.

          Tu as mauvaise mine petit.

          Merci Ginette. Ca fait toujours plaisir à entendre.

          Tu travailles trop. Ce n’est pas fréquent chez les fonctionnaires.

          Laisse mon petit tranquille, Maurice.

          Merci Maman.

          Au lieu de l’embêter, tu ne voulais pas lui poser une question ?

Tout en prenant son petit air satisfait et sentencieux, le cousin Maurice se lança :

          Franchement, on exagère avec les charges sociales. On est les plus taxés au monde, il faut inverser la vapeur. On va crever sous le poids des taxes. Quand on charge trop un bateau, il finit par couler. Pas vrai ?

      Après cette belle tirade, le cousin s’octroya une rasade du petit vin local qui relevait merveilleusement la daube, comme le disait le père de Bastien. Il voulait rester zen, ne pas se laisser prendre au jeu de ce qu’il considérait comme une provocation, et il fut étonné de s’entendre répondre, sans nuance :

          Tu as raison, il faut réduire les impôts, envoyer aux galères les gauchistes, interdire les syndicats, renvoyer les immigrés…

          Qui te parle des immigrés ?

          Pour l’instant personne, mais cela va sûrement venir.

          Bastien, pourquoi tu dis tout ça ? On sait bien que tu ne le penses pas.

          Je voulais faire plaisir, Maman.

          Je ne t’ai pas appris à être hypocrite.

          C’est vrai, Maman. Alors, je peux dire tout ce que je veux ? Interrogea Bastien en insistant sur le mot tout.

          Tu peux exprimer tes convictions mais avec modération, en respectant tes interlocuteurs, surtout quand ce sont mes invités, répondit sa mère sur le même ton.

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