Peut-on tout acheter?
L’idée de donner de l’argent à des élèves pour qu’ils ne soient pas absents va générer une belle polémique.
Ses promoteurs nous disent qu’eux au moins veulent dépasser les simples discours, et s’attaquent de manière concrète au problème de l’absentéisme. Ils ajoutent pour faire accepter leur idée que ces sommes ne seront pas versées individuellement, mais qu’elles serviront à financer des projets collectifs (permis de conduire, voyages..).
Passons sur les dérives possibles (comment va-t-on financer? comment va-t-on ramener à la raison les élèves récalcitrants, le groupe va-t-il les éliminer?) pour réfléchir à la vision que sous-tend cette initiative. Finalement, ce qu’on nous dit c’est que tout est achetable y compris la présence des élèves.
On sait que l’économie ne s’intéresse qu’aux besoins solvables autrement dit, qui pourront être satisfaits parce que la personne intéressée peut payer. Nos économies savent commercialiser de la nourriture pour animaux, sauront développer le clonage du toutou des mamies, mais ont du mal à financer des vaccins pour lutter contre la malaria. L’obésité gagne du terrain, mais une bonne partie de la population mondiale souffre de malnutrition.
Il serait regrettable que le système éducatif censé promouvoir des valeurs autres que marchandes, s’engage dans cette voie.
Et puis, dans cette période de creusement des déficits, est-il heureux de retenir ce principe? Les dépenses pourraient se multiplier. Quels seront les tarifs ou récompenses pour celui qui n’aura pas brûlé un feu rouge? Le non fraudeur fiscal aura-t-il un 10%, non pas de pénalité mais de ristourne fiscale? A combien aura droit l’assassin potentiel? Encore faudra-t-il qu’il convainque que son intention était de tuer; peut-être pourra-t-il commettre un petit assasinat pour crédibiliser sa requête?
La pédagogie a de réelles limites, mais « marchandiser » les relations scolaires n’est sûrement pas une bonne idée.
