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Episode 19 On charge….les charges

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

 

–          O.K

–          Pourquoi dis-tu toujours OK ou GO maintenant ?

–          Je t’expliquerai une autre fois Papa. Reprenons depuis le début. D’abord, je suis agacé quand on parle de charges sociales.

–          Pourtant, je t’ai souvent entendu utiliser cette expression.

–          Tu as raison Ginette, mais j’ai tort. Je me laisse aller. Les libéraux, les anti Etat, manoeuvrent habilement en présentant l’Etat comme un prédateur fiscal ; un acteur qui étoufferait notre dynamisme en nous imposant des charges déraisonnables. On finit par reprendre un vocabulaire largement diffusé par les medias, même si on n’adhère pas du tout aux idées qui s’y rattachent.

–          Mais tu te rends compte, 40 ou 42% de prélèvements obligatoires. Sur 100 francs, je parle encore en francs, il nous pique 42 francs.

–          C’est totalement faux ! On ne peut pas dire une telle chose. Le 42% correspond à l’ensemble des prélèvements que nous subissons…

–          C’est toi qui l’as dit, fit remarquer Maurice avec jubilation.

–          O.k passons. Je veux dire que pour obtenir ce chiffre, on ajoute les impôts directs, indirects, les prélèvements des collectivités territoriales (taxes foncières, d’habitation), mais aussi ce qu’on reverse à l’Union Européenne, et enfin ce que tu appelles comme beaucoup les charges sociales et qui sont en fait des cotisations sociales.

–          Admettons, mais ça fait beaucoup affirma son cousin qui n’entendait pas baisser pavillon.

–          Attention, l’Etat ne met pas cet argent dans une caisse secrète ou même il ne s’en sert pas juste pour payer des fonctionnaires privilégiés. Il réutilise cet argent pour assurer l’éducation, la sécurité, pour préparer l’avenir de notre pays. Les villes, les départements, les régions ont besoin de fonds pour améliorer notre environnement quotidien. Enfin, et je veux insister sur ce point, les cotisations sociales permettent de verser des allocations chômage, de rembourser les frais médicaux, de payer les retraites etc… C’est cette protection sociale qui crée du lien social, elle renforce la cohésion dans notre pays. Alors…. Fit Bastien satisfait de sa petite démonstration.

–          Tu ne m’as pas cloué le bec, petit. 42%, c’est trop dit avec autorité Maurice.

       Bastien qui guettait un regard approbateur de sa mère en fut pour ses frais ; elle était trop occupée à servir « sa recette ». Il comprit aussi que puisqu’il avait commencé à ferrailler, il ne pouvait se retirer de la joute sous prétexte que son interlocuteur était prêt à en découdre. Il lui fallait trouver un angle d’attaque pour faire vaciller un Maurice peu sujet au doute.

–          Qui te l’as dit ?

–          Tout le monde ou presque le dit, et souvent parmi eux, il y a des gens de gauche.

–          Il faut se méfier des chiffres qui circulent, des prétendues évidences. Je pourrais te montrer des tableaux comparatifs qui relativiseraient tes certitudes.

  Maurice ne se laissa pas impressionner.

–          On peut tout faire dire aux chiffres, tu me l’as souvent démontré.

–          C’est vrai, mais alors n’entrons pas dans la querelle de chiffres, et réfléchissons au mode de calcul. Supposons qu’on limite les cotisations obligatoires au niveau par exemple des Etats-Unis. Que vont faire les gens ?

–          Ils vont prendre des assurances privées…

–          Qui ne seront pas comptabilisées mon cher Maurice, dans les prélèvements obligatoires. Imagine de même qu’on réduise les impôts, il faudra réduire les dépenses par exemple d’éducation…

–          Je sens venir le piège dit Ginette, un peu désabusée.

–          N’aie crainte Ginette. Je veux simplement dire que si des cours hier gratuits deviennent payants, la richesse produite (le PIB) va augmenter, car certes les impôts de certains vont baisser, mais le français moyen verra-t-il son sort amélioré ? Inutile de préciser que j’en doute fortement.

–          Il a marqué un point mon fils, non ?

–          Je l’admets, lâcha Maurice dans un souffle. De manière plus autoritaire, il ajouta : Poursuis Bastien.

–          La baisse des prélèvements obligatoires risque de profiter surtout aux plus aisés, et conduire à une société moins solidaire qu’on qualifie souvent de type Nord-américain.

–          Il ne faut rien faire alors ?

–          J’ai pas dit ça Maurice. Je comprends qu’intellectuellement, au nom de théories économiques en l’occurrence libérales ou qu’au nom d’intérêts plus catégoriels, on veuille baisser les impôts, mais je combats l’idée que ce serait la panacée. Derrière le choix économique qui semble banal voire de simple bon sens, on sous-estime par habileté tactique pour les libéraux (Medef, partis et électeurs de droite) ou par naïveté, les conséquences sociales de ce qui est un pari économique qui peut marcher…

–          J’aime te l’entendre dire, dit avec ironie son cousin, qui s’empressa d’ajouter : Mais j’imagine que tu n’y crois pas trop.

Bastien voulut se montrer mesuré :

–          Les expériences du passé ne prouvent pas que ce soit si efficace, mais même si on admet que cela puisse stimuler la croissance, il faut toujours se demander quel type de société veut-on pour notre pays ? Doit-on faire confiance à l’économie ou faut-il essayer d’en dessiner les contours ?

–          Ah ! Un portable qui sonne. J’ai horreur de ça, surtout à table…

–          Excuse-moi, Papa.

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