0

Episode 20 Une petite place à table pour tout le monde ?

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

–          Coupe le !

–         Attends, c’est peut-être…

–          Qui ?

Bastien sans donner de précisions, quitta la table pour répondre. Il revint bien dépité à sa place. Il n’avait pas eu une prof d’anglais, mais un collègue de Maths qui lui rappelait qu’une réunion syndicale était prévue le lendemain, et qu’on comptait absolument sur lui.

Il s’était contenté d’un bien prudent « on verra ».  A voir les petits sourires autour de la table, il pensa qu’on avait dû gloser sur ce coup de fil. Mais peut-être imaginait-il des choses ? La première remarque de Ginette lui ôta ses faibles illusions.

–          Pauvre petit, reprend un peu de daube après ce dur week-end.

–          Non merci, se contenta-t-il de répondre, tout en jetant un regard furibard à sa mère.

Son père revint à la charge sans avoir l’air d’y toucher :

–          Qui nous a dérangé durant le repas ?

–          Un collègue pour une réunion.

La brièveté du coup de fil, rendait la réponse crédible. Ginette enchaîna en revenant au sujet initial :

–          Je vais me faire l’avocate du diable.

–          C’est Maurice le diable ?

–          Non, c’est un gentil diablotin. Je reprends donc, tu nous proposes le statu quo. Il n’y a rien à faire, rien à changer ?

–          Je n’ai pas dit cela.

–          Et tous les abus qu’on connaît ?

–          Le diablotin sort de sa boîte, mais précise Maurice.

–          Tous les gaspillages…

–          Tu penses aux immigrés ?

–          Pas du tout, et tu m’énerves avec les immigrés. Non, je pense par exemple à un « bon français » connu comme le loup blanc dans le quartier et qui affirme qu’il ne travaillera pas. Il lui suffit de faire des enfants à sa femme pour toucher les « allocs » comme il dit. Il a déjà 8 ou 9 enfants.

–          Si je comprends bien, il vide ses bourses pour la remplir.

–          Oh Bastien ! Tu n’as pas honte, dit sa mère visiblement réprobatrice.

–          J’avoue que non. Bien sûr qu’il y a des abus. On connaît tous des « « pondeurs ». On trouvera bien ici ou là un Rmiste qui roule dans une belle voiture ; un paresseux qui ne veut pas travailler…

–          Un, c’est un minimum. J’aime t’entendre le reconnaître, car les belles âmes, souvent de gauche, faut bien le dire, ont du mal à admettre ce genre d’évidence.

–          C’est vrai, mais là n’est pas l’essentiel. C’est souvent un prétexte pour culpabiliser les pauvres, les malchanceux de la vie et leur donner le minimum. Cela me fait penser à un célèbre libéral R. Malthus qui au début du XIX ème  disait en utilisant la métaphore du banquet de la nature, que seuls ceux qui pouvaient nourrir leurs enfants pouvaient en avoir, et donc s’attabler (a). Les autres ne devaient pas compter sur des aides. Tant pis si pour retrouver un équilibre entre croissance démographique et croissance des ressources alimentaires, il fallait en passer par des famines et l’élévation de la mortalité d’enfants mal nourris par des parents trop pauvres.

–          Tu nous prends pour des gens sans cœur ? Tu sais pourtant que Maurice et moi savons tendre la main aux plus démunis y compris dans la rue.

–          Je ne vous fais pas de procès d’intention. Toutefois vous qui pouvez aider des personnes plus ou moins anonymes, vous avez l’impression qu’il y a une masse de profiteurs qui détroussent légalement les honnêtes gens comme vous.

–          Il y a de ça.

–          Encore une fois, je ne nie pas les abus mais il ne faut pas s’arrêter à eux. C’est comme « les gens comme il faut » qui pensent que les aides servent à acheter de quoi picoler. On se donne bonne conscience pour pas cher. C’est plus compliqué et plus coûteux quand on est bien intégré dans la société de faire le pari de la générosité et chercher à construire une société plus juste plus égalitaire.

–          Comme dans les pays communistes ?

–          Surtout pas, ne me caricature pas. Il est normal et probablement assez efficace économiquement qu’il y ait des différences et même importantes, mais il est choquant que les inégalités soient si considérables et que la naissance conditionne si fortement l’avenir social des individus.

–          Hou là ! Tu vas nous proposer la révolution.

–          Ce genre de constat a pu surtout dans le passé, mais peut-être encore aujourd’hui  conduire certains à penser que cette extrémité était souhaitable. Personnellement, je ne suis qu’un réformiste ; Chercher à améliorer la société, tel est mon credo.

–          C’est commode pour s’attirer la sympathie des élèves, dit avec perfidie, Maurice.

–          Tu sais pour un élève, un prof réformiste, c’est avant tout un prof. Quant aux autres, ils te taxent à droite de doux rêveur, et la gauche qui flirte avec l’extrême-gauche te qualifie de mou ou de collabo du capitalisme.

–          Mon pauvre chéri.

–          T’en fait pas Maman, j’ai le cuir bien tanné.

–          Tu devrais voter à droite, tu te ferais des amis moins compliqués que tes « gauchos ».

–          Merci Maurice ! C’est vrai qu’à droite on a moins d’états d’âme, mais je vais attendre.

(a) http://www.alternatives-economiques.fr/essai-sur-le-principe-de-population-thomas-robert-malthus_fr_art_222_25313.html

Laisser un commentaire

Copyright © 2008-2021 ECONOMIE et HUMOUR All rights reserved.
This site is using the Desk Mess Mirrored theme, v2.5, from BuyNowShop.com.