Qui a la plus haute?


Dans sa chronique du Monde (a) P-A Delhommais évoque les travaux d’un économiste qui a semble-t-il établi une corrélation entre la hauteur des tours et l’éclatement des bulles financières. Dubaî et la « Burj tower, la tour la plus haute du monde », confirmerait une longue série de coïncidences entre projets immobiliers frisant pour le moins le déraisonnable et crise financière et boursière; l’exemple le plus emblématique étant « la flèche du Chrysler Building [qui aurait été] posée la veille du Jeudi noir d’Octobre 1929 ».
Rapprelons qu’il y a corrélation quand deux variables ici, hauteur d’immeubles et crises économiques et boursières, sont statistiquement liées. Corrélation ne signifie pas simple causalité. C’est en raisonnant ainsi qu’on verserait dans « l’éco…nnerie ». On ne peut se contenter de dire que les pays veulent avoir la tour la plus haute comme d’autres voudrait avoir la plus grosse…bourse. En même temps ne négligeons pas que ces projets pharaoniques contribuaient aussi à attirer de nouveaux investisseurs.
Il faut en général dépasser ce lien statistique et chercher les variables plus ou moins cachées qui influencent la relation étudiée. Dans le cas présent, l’auteur de l’article met en avant la faiblesse des taux d’intérêt et plus généralement le laxisme monétaire. S’il devient trop facile d’emprunter des projets de plus en plus coûteux et donc de moins en moins rentables verront le jour.
De la même manière, je crois avoir lu qu’une enquête pour des assurances avait établi une corrélation entre la couleur des voitures et le taux d’accident. Les voitures rouges étaient proportionnellement beauoup plus impliquées dans les accidents que les autres. Si on confond corrélation et causalité, on en conclura qu’il suffit d’interdire la couleur rouge pour les voitures, pour que le nombre d’accidents diminue.
On se doute qu’il faut chercher une variable cachée plus convaincante pour expliquer cete régularité statistique. On se rendit compte alors que dans la population étudiée les conducteurs des véhicules rouges étaient souvent de jeunes conducteurs. La variable explicative était donc l’âge des conducteurs et pas la couleur des voitures.
Je ne doute pas qu’à Matignon et l’Elysée, on sache faire la différence entre causalité et corrélation. Sinon, on verrait les conseillers de nos dirigeants, convaincus que puisque la hauteur des édifices est synonyme de problèmes, il faut alors proposer des projets visant à creuser au maximum le sol. Les mines redeviendraient séduisantes, et les parkings souterrains fleuriraient.
Je persifle moins qu’il n’y paraît, puisque nos dirigeants depuis quelques mois creusent consciencieusement de phénoménaux déficits.
(a) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/05/la-tour-de-babel-des-subprimes_1276586_3232.html
