Prime et déprime

Le marché automobile français a connu une année exceptionnelle malgré la crise. Il faut y voir là le résultat des offres promotionnelles des constructeurs cumulables bien sûr, avec la prime à la casse (1).
Cette prime en 2009 était certainement utile dans le contexte de crise que nous connaissions. Prime, mais petite déprime quand on constate que bien des voitures vendues sont de « petits »modèles fabriqués dans des pays à bas coûts de production. L’emploi français n’aura que très partiellement bénéficié de cette aide gouvernementale. Beaucoup d’experts avancent qu’il y a des capacités de surproduction automobile en Europe et que cette aide temporaire (la prime devient dégressive, désormais 700€) ne prépare guère l’évolution de notre production automobile qui devrait s’orienter vers des modèles moins incompatibles avec l’écologie.
La déprime est plus grande si on se souvient de ce qu’on nous disait de cette crise, « inadmissible », elle ne devait plus se reproduire; « les banques devaient être contrôlées » etc….. Iturria a pris nos gouvernants au pied de la lettre, en Décembre 2008, en montrant qu’il était temps non pas de mettre un terme au capitalisme, mais de se débarasser de ce capitalisme financier qui a provoqué le choc de la crise des subprimes. Que constate-t-on aujourd’hui? Les banques ont renoué avec les profits, mais grâce surtout à leurs activités sur les marchés financiers (140 sur 180milliards de profits), alors que leur activité normale (prêts aux particuliers et entreprises) leur rapporte peu, parce qu’il est vrai aussi qu’elles accordent avec parcimonie des crédits (ce que dénonce régulièrement l’AFUB 2).
La moralisation du capitalisme, fait sourire jaune, on n’ ycroyait guère (3), mais on espérait au moins qu’on avancerait dans l’encadrement de l’action des banques (cf règles prudentielles plus exigeantes) et que la lutte contre les paradis fiscaux serait plus énergique. Manifestement, si on avance, c’est à bien petits pas.
Le capitalisme financier est un véhicule fortement cabossé en 2008, mais qui a su faire payer ses réparations à la collectivité (via les fonds public), et qui ne supporte pas que les Etats se mettent au volant ou à côté pour lui indiquer une conduite moins risquée pour la collectivité. Ses chauds partisans doivent même penser que ce véhicule « extraordinaire » n’a pas besoin de conducteur et que la fameuse main invisible est plus souhaitable….ce qui nous conduira à de nouvelles embardées ou carrément à de sévères sorties de route.
