Episode 22 Comment va-t-on digérer le RSA ?
– Honnêtement, je suis embarrassé pour répondre. D’un côté, on stimule les individus, on rassure les contribuables en leur montrant que les aidés doivent aussi faire des efforts, on aide les entreprises à trouver de la main d’œuvre pas trop chère et flexible…
– Mais comme c’est la droite qui prend une initiative heureuse, ça n’ira pas bien ; il y aura bien un mais.
– Bien sûr qu’il y a un mais. De la sorte ne crée-t-on pas des trappes à pauvreté ?
– Allons bon ! Encore une trappe. C’est une vraie chausse-trappe ton histoire.
– Je ne te le fais pas dire Maurice. A gauche, on craint de fournir une main d’œuvre trop bon marché aux entreprises. Ces personnes peu qualifiées seraient condamnées à terme à vivoter dans une société de plus en plus duale, ou coupée en deux si vous voulez. Et au-dessus d’elle celles qui sont un peu mieux armées verraient s’exercer sur elles une pression à la baisse de leurs salaires du fait de la concurrence de ces « nouveaux » salariés.
– Faut rien faire alors ? demanda une Ginette excédée.
– Disons que rien n’est simple. Il y a d’un côté la droite qui comme souvent propose des mesures simples et parfois simplistes comme pour la sécurité et qui peuvent donner d’assez bons résultats à court terme, et il y a la gauche qui craint que ces mesures qui semblent relever du bon sens n’aient des conséquences négatives à moyen terme…
– Comme quoi ?
– L’apparition d’une société à deux vitesses; on pourrait voir une société morcelée, d’exclusion, de ghettos y compris parfois de riches, comme on le voit dans certaines villes américaines ; je fais allusion aux quartiers pour les riches avec police privée.
– Efficacité de la droite contre bons sentiments de la gauche ! Dit avec solennité Maurice.
– C’est bien trop réducteur, mais pas totalement faux.
– Et tu arrives à expliquer tout ça à tes élèves ?
– J’essaye, et parfois j’aimerais y voir un peu plus clair moi-même.
– Tu ne regrettes pas d’avoir choisi l’éco ?
– Et j’aurai été prof de quoi ?
– D’anglais, peut-être ?
– Maman, arrête, dit lassé Bastien qui ne s’attendait pas à ce coup bas. Il ajouta : Ah le portable !
– Tiens, j’entends rien.
Sa mère avait compris le stratagème. En le rejoignant à la cuisine, elle lui demanda :
– C’est quoi ce coup de fil bidon ?
– J’avais besoin de souffler un peu.
– Ca se passe bien, sinon ?
Bastien se crut obligé de concéder un petit oui. Il ajouta :
– A ce rythme là, je n’aurai pas le temps de boire le café.
– Ce n’est pas grave. Le café est un excitant, tous les magazines te le diront, tu as besoin de sucres lents comme les…
– Patates.
– Exactement ! Dépêche-toi d’y retourner, je crois qu’ils veulent te parler des retraites.
– Rien que ça ! Soit, allons y.
Retour dans la salle à manger d’un prof d’éco qui commence à ressentir les effets d’une longue semaine qui n’a pourtant débuté que depuis quelques heures.
