Déficits publics : le tonneau des Danaïdes(1) ?

La mythologie grecque a le vent en poupe. Au cinéma, « Percy Jackson, le voleur de foudre » fait découvrir ou redécouvrir aux spectateurs quelques uns des personnages et mythes grecs. Les observateurs du FMI ou de l’UE quant à eux, sont confrontés à une réalité (financière) grecque qui les surprend. La Grèce a des difficultés financières comme beaucoup de pays, mais alors qu’on pensait que le déficit public avoisinait les 3% du PIB, il a bondi spectaculairement à 12%, quand le gouvernement récemment élu de M. Papandréou a établi le véritable déficit.
L’expert du dessin découvre que la comptabilité grecque a dû garder le charme du temps jadis, où dans les contes et poèmes, on rencontre de drôles de créatures bien éloignées de la réalité. Les responsables cette fois-ci des… comptes, donc des finances publiques eux aussi ont pris des libertés avec la réalité… économique.
Il ne faut pas encourager ces pratiques qui risquent si elles se généralisaient de fragiliser l’euro et l’Europe. Néanmoins, si Iturria s’amuse à représenter un centaure, un satyre, un minotaure, et même s’il est réprobateur, il n’ira pas jusqu’à assimiler ce pays à un porc, un « PIG », contrairement à des commentateurs anglo-saxons (cf post précédent [a]).
Revenons sur ces déficits publics qui touchent tous les pays, et la France en particulier. On pourrait être tenté de l’assimiler au tonneau des danaïdes (b). c’est-à-dire un tonneau sans fond que les contribuables seraient condamnés à remplir sans espoir d’y parvenir.
On peut considérer qu’il y a 4 moyens de lutter contre les déficits. Passons rapidement sur l’inflation qui allège les dettes, mais elle peut devenir une drogue nécessitant des doses de plus en plus fortes ; le remède risque d’être pire que le mal. Elle a pu séduire jusqu’au début des années 80, mais on sait qu’elle a été ensuite combattue énergiquement, et on voit mal les gouvernements y recourir à court ou moyen terme (c).
Si on revient à notre tonneau, la solution qui paraît la plus logique est de freiner l’écoulement de l’eau, donc de limiter les fuites. Autrement dit, il s’agit de réduire les dépenses publiques. Mais comment faire ? Va-t-on réduire le nombre de fonctionnaires, et lesquels ? Peut-on diminuer les aides et les actions de l’Etat surtout quand les effets de la crise se font encore durement sentir ?
Il semble également logique de remplir plus énergiquement le tonneau (en haussant impôts et taxes), mais le Président et son gouvernement ont débuté leur action en réduisant les impôts notamment des plus aisés en instaurant le fameux bouclier fiscal. Ils ne souhaitent pas revenir sur un dispositif auquel tient le cœur de leur électorat.
La 4ème voie à laquelle s’accroche le gouvernement, c’est la croissance économique. Si elle est plus forte, mécaniquement les rentrées fiscales augmentent puisque en ne modifiant pas les taux d’imposition, on voit les recettes fiscales s’accroître (on dit que l’assiette fiscale augmente [d]). Le problème, c’est que la croissance ne se décrète pas et dans le contexte mondial actuel, rien ne garantit qu’elle soit au rendez-vous, sans compter que croissance et développement durable ne sont pas aisément compatibles.
En résumé, au-delà des égarements grecs, on ne peut sous-estimer les difficultés d’autres pays de la zone euro, dont la France. Le problème c’est que nous n’avons aucune solution simple, et que des sacrifices seront certainement demandés au français fin 2010 et en 2011 rare période non électorale, reste à savoir s’ils seront équitablement répartis.
(1) Merci à Bastien GARCIA pour ses éclairages sur la mythologie.
(a) http://lewebpedagogique.com/maule64/2010/02/10/la-chasse-aux-cochons/
(c)http://lewebpedagogique.com/maule64/2008/10/30/episode-7-l%e2%80%99inflation-l%e2%80%99ennemie-numero-1-mise-a-prix/ et les autres épisodes du chapitre 3 du feuilleton.
(d) Si je prélève 40% sur 10 millions, cela rapporte 4 millions. Si la somme (ou assiette fiscale) sur laquelle je vais prélever toujours 40%, passe grâce à la croissance, à 11 millions, je vais récupérer cette fois 4, 4 millions sans modifier le taux de prélèvement.

2 Comments
Merci pour cet article
[…] En guise de hors d’oeuvre, deux dessins sur la Grèce. On voit bien le noeud du problème. La Grèce nous tend la main et nous voulons l’aider, mais faute d’un Etat digne d’un état moderne (fiscalité déplorable, mauvais choix économiques), les sommes prêtées ne suffisent pas. On a ici une autre version du tonneau des danaïdes célèbre dans la mythologie grecque (voir ici). […]