Episode 23 Comment continuer à servir des retraites à tous ?
– Il paraît que vous voulez parler des retraites ?
– Bien sûr, tant qu’on te tient, on ne va pas te lâcher. Bien entendu, c’est pas bien ce qu’ a fait le gouvernement Raffarin en 2003, et que Fillon et Sarkozy veulent entreprendre en 2010 ?
– Raffarin a eu au moins le mérite de faire quelque chose alors que depuis une quinzaine d’années, les gouvernements se contentaient de retarder les échéances.
– Sauf en 1993, avec Balladur. Il faut bien la droite pour agir.
– Il y a quand même une différence entre reconnaître du mérite à ceux qui décident de réformer et affirmer que leur réforme est juste et inévitable.
– Attends, on sait bien qu’il n’y avait pas d’autres alternatives.
– Il y a toujours des alternatives…
– Crédibles ?
– Plus ou moins.
– Arrête ! Tous les experts et même des gens de gauche, ainsi que la CFDT ont approuvé cette réforme en 2003.
– Certes, mais le zèle mis par certains m’a surpris. C’est quand même une forte régression sociale. Pourquoi cette centrale a-t-elle brisé l’unité syndicale qui était apparue ? Pourquoi des hommes politiques sur le déclin ont-ils soutenu des projets réclamés par le MEDEF ?
– Peut-être parce que ce sont des personnes responsables, et même s’il y a eu des arrière-pensées, cela est anecdotique au regard des évolutions démographiques bien connues.
– C’est vrai qu’on a donné beaucoup d’informations aux français. Ceci dit, à partir de constats assez proches par exemple sur le vieillissement de la population, les analyses divergeaient. Il est vrai que certains voulaient défendre coûte que coûte leurs acquis sociaux, alors que d’autres voulaient des mesures satisfaisant leur électorat.
– Soyons concret Bastien. Par exemple, fallait-il augmenter la durée de cotisations des fonctionnaires ?
– Beaucoup dans la rue, dans les manifs, affirmaient que ce n’était pas une fatalité.
– Mouille-toi et réponds. Allez réponds.
– D’accord, mais ne me parle pas sur ce ton, cela me rappelle quelqu’un qui m’a agacé à midi. Et puis, avant de répondre je veux qu’on situe bien le problème.
– Ok, comme tu dis. Par quoi vas-tu commencer ?
– Vous savez tous que nous sommes dans un système par répartition.
– Oui, il y a ceux qui cotisent…
– Les actifs. Ils cotisent pour payer la pension de retraite des anciens actifs. En espérant que le jour venu quand ils seront à la retraite, il y aura assez d’actifs pour financer leur propre retraite.
– Donc si la population vieillit, il y aura moins de ressources pour financer plus de retraités. Que fait-on alors Bastien, à part descendre dans la rue ?
– D’abord, il y a un levier en partie sous-estimé. Je fais allusion à la croissance créatrice d’emplois. Si on sait redynamiser l’économie, si elle est plus prospère, il y aura plus de cotisants et moins de problèmes de financement. La gauche estime qu’une autre politique économique est possible pour soutenir la croissance et l’emploi.
– Je suis pas très convaincu,et les français n’ont plus qui ont redonné les pleins pouvoirs à la droite en 2007. La droite elle-même me semble faire des prévisions assez optimistes dans ce domaine. Pas de nouveaux efforts , alors ?
– C’est vrai que ce n’est pas la solution miracle. On peut demander davantage aux actifs.
– On l’a souvent fait.
– Exact, il paraît donc difficile d’aller beaucoup plus loin dans cette voie., tout bonnement parce que les actifs refuseraient de consentir de gros efforts financiers pour payer les retraites. Il faut chercher d’autres pistes. On peut donner moins aux retraités. C’est d’ailleurs ce qu’on a commencé à faire avec Balladur en 93 ; le mode de calcul des pensions est moins avantageux que par le passé. On peut aussi coupler les deux : demander un peu plus et donner un peu moins.
– J’aurai dû m’en douter, mais explique moi.
– En faisant passer la durée de cotisations de 37,5 annuités à 40, puis à 41 en 2008 et ensuite à 42 ou plus, on conduit les actifs à le rester plus longtemps, à cotiser plus longtemps, d’autant que s’il leur manque des annuités, ils seront pénalisés par un système de décote plus contraignant qu’avant.
– C’est le secteur privé qui jusqu’à présent a été plus pénalisé que le secteur public.
– Je ne le conteste pas Maurice. Avec ces nouvelles dispositions, on peut imaginer que pas mal d’actifs, usés par leur travail prendront leur retraite même sans avoir les annuités requises puisqu’on peut toujours partir à la retraite à partir de 60 ans. De ce fait, ils auront cotisé plus longtemps que leurs prédécesseurs, mais ils recevront moins. Et je ne parle pas de ceux qui pour différentes raisons seront loin des annuités demandées ; je pense aux chômeurs, aux femmes ayant élevé leurs enfants, etc.. Pour toutes ces personnes, les pensions seront bien faibles.
– N’empêche qu’ainsi, on sauve le système par répartition auquel tu dois être très attaché.
