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Episode 24 La réforme amère des retraites

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

–          T’emballe pas. D’abord, si théoriquement la retraite à 60 ans est maintenue, pour beaucoup elle ne sera pas une réalité ou bien elle se traduira par une sévère amputation des pensions versées. Je n’ai pas la même considération pour le chirurgien qui guérit de la gangrène en coupant le pied que pour celui qui soigne en amputant les deux jambes.

La comparaison choqua les deux cousins.

–          Tu pousses un peu loin là.

–          Je l’admets, mais je suis agacé parce que sans le dire clairement, car ce serait impopulaire, on fait la part belle à la capitalisation.

–          C’est-à-dire ?

–          C’est un système dans lequel chacun prépare en quelque sorte sa retraite.

–          Ca  m’a l’air bien puisque les fourmis seront récompensées.

–          Je comprends ta réaction, car présenté ainsi, cela signifie que chacun recevrait en fonction des efforts consentis.

Encouragé par sa femme, Maurice affirma avec autorité:

–          Je suis preneur.

–          Je m’en doutais, mais c’est plus compliqué. D’abord, on tourne le dos au principe de la solidarité qui caractérise la redistribution, la répartition. C’est un des ciments de notre société. Ensuite, ce sont les plus aisés, ceux qui ont les plus hauts revenus, et donc l’épargne la plus forte qui pourront se préparer une confortable retraite.

–          C’est toujours pareil avec les « gauchos » comme toi. Il faut toujours mal voir, suspecter ceux qui ont réussi. C’est pas la culture américaine.

–          Pas de procès d’intention. Je veux simplement dire que ceux qui ont de faibles revenus, et ce n’est pas toujours de leur faute, auront probablement des retraites encore plus faibles. En effet, pourront-ils continuer à cotiser face à des aléas de la vie, tels que le chômage,un divorce, une maladie, etc ?

–          Tu vas nous refaire le coup de la société d’exclusion.

–          N’empêche que c’est un risque qu’on ne peut écarter a priori.

–          Tu noircis le tableau. Il ne s’agit pas de tourner complètement le dos à notre système basé sur la répartition, mais de le compléter par de la capitalisation.

–          C’est vrai Ginette que depuis l’éclatement de ce qu’on a appelé la bulle boursière de la nouvelle économie (internet, etc…) au début des années 2000, les promoteurs de la capitalisation sont plus prudents. N’empêche que beaucoup pensent qu’il faut garantir une retraite minimale par répartition, et qu’ensuite c’est à chacune de se constituer son complément de retraite. Par conséquent, les craintes que j’ai évoquées tout à l’heure restent d’actualité.

–          Retour de la société duale, fit ironique Maurice.

Bastien, irrité, décida de montrer au cher cousin qu’il était capable de fournir une argumentation plus subtile, en prenant de la hauteur.

–          J’insiste sur le fait que la capitalisation généralisée, pénaliserait les moins favorisés. Accrochez-vous !

–          Ne nous sous-estime pas, on t‘écoute.

–          Imaginez un futur retraité qui place son épargne sous forme d’actions ou même qu’il la confie à des fonds de pension spécialisés dans ce type d’épargne. Quand il voudra toucher sa retraite, il faudra qu’il liquide (vende) ses titres. Il faut des épargnants qui accepteront ces titres à un prix intéressant pour le retraité (et on sait qu’avec la Bourse, ce n’est pas si évident). Ceux qui pourront acheter ces titres pour que le retraité ait sa pension le peuvent parce que leurs revenus sont élevés en particulier grâce à un partage des richesses créées (on parle de la Valeur ajoutée) favorable au capital.

–          Ca y est le grand capital revient.

–          Non, pas forcément car ceux qui détiennent ce capital sont souvent des salariés aisés (cadres supérieurs, « bobos ») qui se soucient peu de ceux qu’on appelle parfois « les soutiers de la croissance ».

–          De qui tu parles, interrogea incrédule Ginette ?

–          Des smicards, des travailleurs pauvres, de tous ceux qui connaissent la précarité.

–          La droite ne va pas les mettre sur la paille, encore une fois, tu exagères.

–          C’est vrai qu’en France nous sommes attachés à la répartition. Elle ne va pas disparaître du jour au lendemain. Mais en durcissant les conditions pour  toucher une retraite pleine, elle ouvre plus qu’une brèche pour la capitalisation qui augmentera les inégalités. Les salariés à faibles revenus sont doublement pénalisés. Ils n’ont pas les moyens de se constituer ce complément de revenus faute d’épargne et pour que le système fonctionne on a tendance à freiner la hausse des salaires.

–          Vilaine droite, mais que fait la gentille gauche ?

Après quelques secondes d’hésitation Bastien répondit :

–          Pas grand-chose, je dois le reconnaître. Depuis Rocard (Premier Ministre de 1988 à 1991), elle est convaincue que si elle aborde trop frontalement le sujet, ces électeurs le lui feront payer. Comme elle a été peu en situation d’agir sauf quand même entre 1997 et 2002, elle a dû considérer qu’il était urgent d’attendre. Durant la campagne de 2007, elle  est restée bien évasive. Et on sent bien qu’elle est très prudente. Certains pensent qu’il faudra rehausser l’âge de la retraite, mais après hésitation, elle dit que la retraite a 60 ans est une ligne rouge ou blanche…

–          Plutôt rouge…

–          Bien vu, une ligne à ne pas franchir. En revanche plusieurs leaders comme Valls et Hollande disent qu’on n’échappera pas à l’augmentation de la durée de cotisations.

 

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