Bouclier fiscal boomerang électoral?

On se souvient que le bouclier fiscal était une promesse forte du candidat Sarkozy. Il a très tôt été critiqué par la gauche, mais il avait sa cohérence: beaucoup pensaient que le chômage tomberait à 5%, que la priorité était le pouvoir d’achat et donc qu’en travaillant plus on gagnerait plus et qu’il ne fallait pas prélever plus de 50% de leurs revenus à chaque contribuable.
Depuis la magie Sarkozy s’est émoussée, la crise débutée avec les subprimes n’en finit pas de peser sur notre économie et le moral des français qui ont sévèrement sanctionné l’UMP aux élections régionales.
Le Président a recherché à donner des gages à ses électeurs mécontents, par exemple en abandonnant la taxe carbone (a) et aussi en refaisant de la sécurité un thème majeur de son action.
Pourtant, alors que même dans son camp, beaucoup estiment que cette mesure est une erreur puisqu’elle indispose bien des français, le Président ne veut pas laisser tomber son bouclier qui risque de faire prendre l’eau à l’embarcation élyséenne.
D’un point de vue purement économique, elle n’est guère un succès puisque des grosses fortunes ont continué à quitter notre territoire fiscal (b) et bien peu l’ont réintégré [820 départs et moins de 320 retours de contribuables soumis à l’ISF].
On nous assène aussi que cette protection touche des français non asujettis à l’ISF. Soit, mais c’est un tout petit nombre qui bénéficie de substancielles ristournes du fisc [53% des bénéficaires ont reçu moins de 1% des 585 millions d’euros de ristourne, et les 4500 foyers aisés ont eu eux un chèque moyen de 117 000 euros]. On oublie aussi de dire qu’il protège peu les revenus du travail (les salaires ), mais qu’il protège surtout les revenus du capital (intérêts, dividendes perçus etc…, 48% des revenus des plus riches sont des revenus du capital contre 2,6% pour 90% de la population). Socialement, il n’est pas crédible.
Politiquement, il peut davantage se comprendre. Certes le président Sarkozy rame pour justifier sa volonté de le maintenir, mais y renoncer serait selon lui un mauvais signal adressé aux français. Il pense adresser ainsi un message fort à son électorat fortuné, mais il espère aussi convaincre d’autres électeurs moins aisés qu’il ne change pas de boussole face au mauvais temps et que son obstination à tenir ce cap confirme qu’il est le meilleur pour continuer à diriger la France. A moins que ce bouclier ne devienne un redoutable boomerang qui sera une contribution (..indirecte) à la tasse qu’il pourrait boire en 2012.
(a) Voir le post sur « la taxe carbone guillotinée » http://lewebpedagogique.com/maule64/2010/03/25/la-taxe-carbone-guillotinee/
(b) http://www.liberation.fr/economie/0101629058-bouclier-fiscal-une-tranche-d-intox
