La grèce: tombeau ou à nouveau berceau de l’Europe?

Dessin tiré du blog de Michel ITURRIA (Sud-Ouest)
L’éco…nnerie régulièrement entendue est que la « Grèce est en faillite ». Sa situation financière est très mauvaise, mais ce pays n’est pas bien sûr en faillite. Elle n’était pas loin d’être en cessation de paiement, et si tel avait été le cas, on n’aurait pas liquidé la grèce comme on liquide une simple entreprise.
On ne peut vendre et déplacer le Parthénon au Texas. Tout au plus, un député allemand (provocation , mais surtout, illustration des sentiments ressentis par bon nombre de ses compatriotes) aurait voulu que la Grèce leur donne une île en échange. Les grecs eux-mêmes ne seront pas dissous. Les grecs et leur Etat continueront d’exister. Ceci dit, il ne faut pas sous-estimer les conséquences pour les grecs: très sévère plan d’austérité annoncé, risque de voir se multiplier des ventes à des étrangers, de richesses nationales (par exemple les chinois ont déjà acheté une part du port du Pirée [1]) et enfin humiliation d’être mis sous tutelle du FMI et de l’Union Européenne.
Sur le fond
, l’affaire grecque est un épisode bien douloureux pour l’Europe. On aurait tort de schématiser en s’érigeant en donneurs de leçons. D’un côté les tricheurs grecs et de l’autre les égoïstes allemands.
La gravité de la situation demande des analyses plus subtiles:
Heureusement le scénario catastrophe (2) : contagion au Portugal puis l’Espagne etc…avec l’implosion de l’Euro et l’échec du projet européen n’est pas le plus vraisemblable à court, moyen terme. La grèce ne devrait pas être le tombeau de l’
Europe.
Rêvons un peu, ou plutôt projetons nous de manière positive vers l’avenir.
Après tout , la Grèce est souvent considérée comme le berceau de notre civilisation. Plus tard,la civilisation antique a inspiré ce que l’on a appelé la renaissance. C’est bien une renaissance du projet politique européen dont nous avons besoin.
Le bon sens ne serait-ce que des citoyens a souvent été méprisé. Faire une monnaie unique est sûrement une bonne idée, mais peut-on intégrer presque tous les pays malgré des profils économiques si différents? Et surtout, il fallait doter l’Europe d’un véritable pouvoir politique capable de crédibiliser durablement cette monnaie et de calmer les marchés financiers et les spéculateurs quand ceux-ci plus qu’inquiets voient une possibilité de refaire de l’argent sur le dos des grecs, grâce au manque de réaction des décideurs politiques.
Ceci dit, si les allemands ont traîné les pieds, c’est parce qu’il y a des élections régionales. Les électeurs ne voulaient qu’on aide sans contrepartie les grecs alors qu’eux mêmes ont consenti de rudes efforts ces dernières années.
On n’attend pas que de bonnes fées se penchent sur le berceau de l’Union Européenne d’après 2010, mais il faudrait que les politiciens, aiguillonnés par des citoyens responsables, se décident enfin à faire progresser la coopération politique. Il faut un pouvoir politique capable de contrebalancer celui de la BCE. Il faudra aussi se demander si on n’a pas trop fait confiance à l’autorégulation des marchés, si on peut mener des politiques budgétaires actives pour financer de grands travaux, ainsi que la recherche etc…. pour que l’UE soit compétitive. On risque d’en rester aux intentions et aux beaux discours
Personne ne veut conduire au tombeau l’Euro et l’Europe et pourtant, on voit que la tâche pour aller de l’avant est si complexe qu’on ne peut écarter l’idée aujourd’hui, d’une lente agonie du beau projet européen.
Pour aller plus loin:
Et une présentation des agences de notation qui ont aussi une part de resposabilité dans les déboires de la Grèce et de toute la zone Euro
http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/04/rating.html


